NUICT D'AMOURS
ODOULCE nuit ! O nuict heureuse et belle, Digne que jour et clarté je t'appelle ! Nuict que j'ay peu en tout temps désirer, Mais non jamais entrepris d'espérer,
lOO ŒUVRES POÉTIQUES
Qui par pitié, à mon faict advisant,
Ma mie a mis eatre nuds bras gisant !
O bien heureux amant, qui as tenu
Ce corps parfait entre tes bras tout nud !
O bouche ! ô front ! ô yeux non terriens.
Mais de là sus ! qui touchastes les miens !
O blanches dents, vives perles encloses
En fin courail, parmy neiges et roses ! ,
Souëfve odeur de ce beau corps yssant,
D'ambre et de muscq tous mes sens emplissant !
O estomac d'albastre, de deux pommes
Armé pour vaincre et subjuguer les hommes !
O benoist lict, que benoîtes mains feirent,
Pour fin d'ennuy, auquel amours me meircnt !
Lict, place et camp du combat gratieux,
Où le vaincu reste victorieux " !
Lampe, qui feis du bien mon œil joyr
Que tant avoient le sentir et l'oyr.
Bien excédant tout comble et tout suffire,
Bien excédant tout penser et tout dire,
Par toy cogncus avec le sentement
Ce qui estoit à mon commandement.
O souvenir, qui ne sçais lequel croire
Ce fut des deux ou songe ou chose voire !
O payement, sallaire et recompense
De mon soufirir et longue patience, [griefve !
Nuict, où n'eus rien qui dcuillc, ennuyé ou
Parfaictc en tout, fors qu'elle fust trop bricfvc '
I . Celle pièce gracieuse cl vcritablcmcnl passionnée n'est, à vrai dire, qu'une imitaiion de beaucoup d'au-
DE MELIN DE S A I N C T- G E L A YS. lOI
très, parmi lesquelles on peut signaler d'abord ces jolis vers de Pétrone (ch. lxxix) :
Qiialis nox fuit illa, Dî, Deœque!
VEpithalamium de Jean Second et le Pervîgilium Veneris de Bonnefons. Gilles Durand, le gracieux traducteur de Bonnefons, a tiré de la même source, que je regrette de ne pouvoir indiquer, des stances bien supérieures aux vers de Sainct-Gelays ; François I" en a fait des tercets agréables. p. b.
1, Des mille passages analogues qu'un joyeux philologue pourrait citer ici, La Monnoye eût choisi sans doute ce court épithalame en vers à la Nostradamus, composé par le bon La Fontaine:
Après festin, rapt, puis guerre intestine, Rude combat en champ clos quoique à nu j Point d'assistans, blessure clandestine, Fille damée, et le vainqueur vaincu. e. p.-b.