DE LA NAISSANCE DE N. S. J H ESUS-CH RIST^ DIT A NOËL
D*ou vient l'çsjouissance Qui mon cœur a surpris?
Je n'ay pas la puissance D'arrester mes esprits .
Je n'aurois pas appris
De me veoir tel ; De chanter suis espris :
Noël ! noël !
Est-ce que je devine S'approcher la saison Que la bonté divine Nous osta de prison, Ouand Dieu prist la maison
D'homme mortel ' ?
De chanter ay raison :
Noël! noël!
Fuyez, sollicitude^ Pensemens et ennuys !
Je ne veux aultre estude Que d'esbats et deduicts.
A tous soit ouvert l'huis
De mon hostel, Chantans toutes ces nuicts :
Noël ! noël !
O nuict, plus reluysante Que jour qui ayt esté !
Qui fustes produisante L'éternelle clairté, gui nous mist en esté
Perpétuel, A droict vous est chanté :
Noël ! noël !
Bien fustes attendue Des siècles paravant, Et à peine entendue Du peuple lors vivant.
Or le nostre ensuyvant
Continuel^, Dit, la voix eslevant :
Noël ! noël !
Les clairs signes célestes Furent vos messagiers.
Que veirent manifestes Trois sages estrangiers ; Et les anges legiers
Du Superncr Viendrent dire aux bergiers :
Noël ! noël !
Lors cessa tout oracle, Et n'eust plus de crédit.
Le royal habitacle De Juda se perdit.
C'estoit le temps prédit
De Daniel.
Bien faict mal qui n'en dict :
Noël ! noël !
Autre oracle, autre sceptre, Autre bien promettant ; Et autre est le grand prestre* Pour nous s'entremettant^ Aultre offrande mettant
Sur aultre autel, Pour qui allons chantant :
Noël ! noël !
Nuict donc pleine de joye, D'où tout bien est venu, Quelque part que je soye, Franc ou serf détenu.
De moy sera tenu
Très-solennel Ce sainct temps revenu.
Noël ! noël !
1. La maison d'homme mortel signifie le corps humain. E. P.-B.
2. Continuel est pris ici adverbialement, à la mode des Latins. e. p.-b.
3. Lq Supernel, le Dieu d'en haut. Encore un latinisme. E. P.-B.
4. Je croirojs volontiers qu'on prononçoit : scètre pour sceptre j car Melin a l'habitude de rimer assez régulièrement. p- b.