INTRODUCTION
Si la Providence a donné à Thomme une intelligence supérieure, n'est-ce pas afin qu'il puisse s'en servir pour secourir et diriger les êtres moins privilégiés qui lui ser- Yeot d'instruments et de serviteurs ? Comment donc interpréter cette maxime de FAncien Testament qui nous dit : // faut employer le fouet avec le cheval^ le frein avec tâne, la verge avec V ignorant ? Ces paroles renferment assurément un sens caché, impénétrable pour nous, car, s'il fallait les prendre à la lettre, elles sont trop indignes de la sagesse divine pour que nous ne fussions pas en droit de les considérer comme apocryphes. Le cheval, 80 effet, ne serait donc qu'une machine sans mémoire, sans discernement, sans instinct? Mais en admettant qu'il en fût amsi, et que l'animal ne possédât aucune faculté intellectuelle, resterait encore un mécanisme dont les rouages, pour fonctionner avec ensemble et régularité, auraient besoin d'être parfaitement harmonies entre eux. Or, je le demande, est-ce avec le fouet
qu'on leur donnera cet accord indispensable à la justesse de leur jeu? Non, sans doute. Et si, dans ce cas, le cheval ne satisfait point à nos exigences, réservons le fouet pour le présomptueux qui veut diriger un mécanisme dont il ne connaît pas même les ressorts.
Et si, maintenant, nous rendons au cheval la part d'intelligence qui lui revient de droit ; si nous reconnaissons que cet animal est capable d'appréciation, de discernement, qu'il possède la sensation, la mémoire et la comparaison, nous devons nécessairement en déduire qu'il est soumis à toutes les règles communes aux êtres sensibles et intelligents ; ainsi donc, tout en s'efforçant d'éviter ce qui lui est pénible, on recherchera naturellement ce qui lui est agréable. Est-ce avec le fouet que vous parlerez alors à son intelligence, que vous lui ferez comprendre qu'il est de son intérêt de se livrer à votre discrétion, de soumettre ses instincts à votre volonté ? ^Celte conduite répugne au simple bon sens, et quiconque s'appuierait du sens apparent du texte sacré commettrait une grossière erreur; car, machine, automate ou être intelligent, c'est par l'art et la science du cava^er, et non par le fouet, que le cheval doit être et conduit et dressé. Ceci s'adresse principa* lement à ceux qui, d'après le principe ci-dessus, ou tout autre aussi dénué de logique, se figurent qu'il suffit de payer cher et de frapper fort pour posséder de bons chevaux et savoir les guider. Que de temps, au contraire, que d'études ne faut-il pas pour connaître à fond ce no-
ble animal et tirer parti des qualités dont Ta doué la nature l La vie entière n'y peut suffire pour celui qui pratique Téquilation avec conscience» avec discernement, avec amour enfin ; mais que de compensations ne puise-t-on pas dans le travail lui-même ! que de vives satisfactions, que d'instants délicieux pour Técuyerl quel noUe interprète il rencontre dans cet intéressant ami de Fhomme I quelle intimité pleine de charme I que de conversations vives» piquantes et instructives I Demandez à tous ceux qui ont goûté de pareilles jouissances s'il est vrai que le cheval ne soit qu'une macliine?
Poissé^je vulgariser ces jouissances dans le monde équestre, en publiant aujourd'hui les nouveaux principes contenus dans ce livre ! Je sais bien que plusieurs de mes rivaux ont prétendu que ma méthode, fruit de vingt-cinq années de recherches consciencieuses, était connue en Allemagne, en Russie, en Italie^ longtemps avant que je fusse au monde. La jalousie aveugle ces excellents patriotes. Au lieu de reconnaître qu'une réforme utile au point de vue générai est due à l'un de leurs concitoyens, ils préfèrent en attribuer l'honneur aux pays étrangers. Ds ont voulu me dénoncer comme plagiaire, mais l'opprobre retombe sur eux de tout le poids de leurs calomnies» car toutes leurs allégations sont mensongères.
Si ma méthode était connue avant moi, pourquoi donc ne la pratiquait-on pas dans toute son étendue? n n'est pas d'écuyer qui ne préférât obtenir eu un jour
les résultats d'un mois, en un mois ceux d'une année; il n'en est pas qui ne fût enchanté de pouvoir donner une éducation brillante à des sujets réputés indressables. L'hypothèse contraire serait une insulte gratuite à tous les écuyers mes devanciers. Ils n'ont laissé Fignorance et la routine entraver^ par leur lenteur, les progrès de l'équitation que parce que personne ne leur avait donné les moyens de mieux faire. Je défie tous les hommes compétents en équitation d'analyser la dixième partie des principes qui constituent mon système, ou d'en expliquer convenablement le plus simple détail, à moins qu'ils ne soient venus s'instruire à mon école. Je puis, au surplus, invoquer à l'appui de ce que j'avance le témoignage de MM. le comte de Brèves et le marquis de Miramont^ que je m'honore d'avoir eiis pour élèves. Après avoir étudié à fond mon système, ces messieurs sont allés parcourir TÂllemagne, la Hongrie, la Prusse, pour voir ce qui se pratique en équitation dans ces divers pays, et se mettre à même de publier leurs propres observations sur cet art. Qu'on leur demande si, parmi les nombreux écuyers qu'ils ont visités, ils en ont rencontré un seul dont les théories ou les moyens d'application eussent le moindre rapport avec ceux que je professe? ils répondront négativement, comme ils l'ont déjà fait à moi-même et à tous ceux qui les ont questionnés à ce sujet.
N'est-il pas déplorable qu'après avoir dépensé sa vie et son intelligence à la recherche d'une vérité utile, il
&iUe plus de temps pour déjouer les rivalités jalouses et faire prévaloir sod autorité, qu'il n'en a fallu, peut^ être, pour la trouver? Je le sens, un défaut capital de ma nature est de ne savoir mettre aucun mystère dans l'exposé de mes principes. J'ignorais qu'il fallût écrire d'une manière plus ou moins obscure, pour être apprécié et accepté comme maître. J'avais la bonhomie de ne pas omettre la moindre particularité dans l'explication de ma méthode. J'agissais ainsi dans la persuanon que la pratique, bien dirigée et appuyée d'explications claires et précises de théorie, ne laisse aucune prise aux fausses interprétations, et ramène ainsi l'équitation à l'unité de système nécessaire à son progrès. J'avais tort, à ce qu'il paraît, puisqu'à chacun de mes procédés on opposait de grands mots isolés de tel ou tel maître devenu célèbre, par cela seul qu'il était incompréhensible. Ainsi, lorsque j'ai parlé des attaques, et démontré leur utilité comme moyen d'éducation, on m'a répondu que M. de la Guérinière avait dit quelque chose du pincer délicat de V éperon. Si je demandais alors comment doit se pratiquer ce pincer délicat, dans quel moment, dans quel but, quel doit être Teffet de la main pour le seconder? on restait muet comme M. de la Guérinière lui-même. On prétendait que chacun devait in^ terpréter, de son mieux, un silence qu'il n'avait probablement pas gardé sans raison. Mais personne ne cherchait d'interprétation.
Quand j'ai indiqué les moyens de rendre élégante la
position disgracieuse d'un cheval mal conformé, on a prétendu que c'était le principe professé par M. de Vaudreuil, qui ne disait à ses élèves que : du brillant f du brillant ! du brillant! Le mot n'était donc pas nouveau, puisque ce brave écuyer le répétait quand même» tout en laissant la question à l'état de problème.
Quand j'ai parlé des assouplissements» de leur utilité, des moyens de les mettre en pratique» pour accô^ lérer de beaucoup l'éducation du cheval, on a trouvé que le mot était bien ancien, et que, dans tous les temps, on avait recommandé d'assouplir les chevaux. Oui, mais comment? Par des procédés aussi contraires à la nature du cheval qu'au sens commun le plus vul* gaire, par des moyens entièrement opposés à ceux que j'indiquais moi-même. N'importe, le mot assouplisse* ment est écrit en toutes lettres dans les auteurs : dono le mot n'est pas neuf. Ces mêmes auteurs ont dit aussi qu'il fallait mettre les chevaux dans la main, sans ex*^ pliquer davantage dans quel but et par quels procédés ; le ramener n'était donc pas non plus de moi, bien que j'aie suppléé à tout ce qui avait été omis.
Le rassembler n'était pas plus nouveau» tous les ou-* vrages en ont parlé : <c Rassemblez votre cheval, » dit-on à rélève qui prend sa première leçon» faisant ainsi de la chose la plus importante et la plus efficace» en équitation, un mouvement machinal, sans but &i effet. Voilà, cependant, où conduisent lee grands mots vides de sens que l'on accepte sans les comprendre* J'ai
défini le rassembler» j'ai grandi Téquitation , on en doute encore I
Tous les auteurs, aussi, ont parlé du départ au galop ; mais quel est celui qui a donné, sur ce sujet, des prin^ capes rationnels? Quant à Tinfluence de la conformation du cheval sur la disposition de ses forces, quant à ce que je disais et répétais sur la nécessité de combattre les forces instinctives > de les annuler, de les livrer à la disposition du cavalier, pour qu'il pût les répartir à son gré et suppléer aux effets des vices physiques de l'animal, comme il n'y avait pas, dans aucun ouvrage, de mots qui eussent rapport à ce travail, on ne me com»prenait pas, ou on feignait de ne pas me compren* 4re , etc., etc. Il faut donc du mystère, des mots sonores, pour frapper l'imagination de certaines gens ? plus on est obscur, plus on est profond, et ce qui n'est pas compris devient par cela même phénoménal. Dirai-je la véritable cause de cette mauvaise disposition d'esprit? Oui! la science.m'en fait une loi : c'est que Ton ii'est pas fâché d'abriter sa propre ignorance derrière le vague qui laisse planer, sur Tart, des prindpes faux et incertains.
Des amateurs m'ont souvent demandé si, à l'exemple de quelques célébrités équestres, on pourrait, avec ma méthode, exécuter de prime-abord, sur un cheval encore ignorant, quelques-unes des principales difficultés de réquitation. Ma réponse a toujours été négative. Ces étonnants tours de force sont particuliers à Thomme
qui les pratique; ils n'appartiennent à aucun système. Quels fruits, en efifet, peuvent en recueillir Fart et la science? Quels principes peut-on établir sur des procédés aussi peu rationnels? comment les enseigner» lorsqu'ils dépendent uniquement de Ténergie physique du cavalier et de la violence de ses effets? À quoi cela peut-il lui servir à lui-même» sinon à éblouir quelques curieux peu capables de juger et d'apprécier la véritable science équestre? Le cheval que l'on soumet à une pareille violence cède d'abord à des brusquerie» qui le surprennent, mais la réflexion vient ensuite : il combine ses résistances, et prévient bientôt, par des oppositions et des forces contraires, tous les mouvements pénibles auxquels l'avaient, dans le premier moment, assujetti de subits renversements d'encolure, de tête et de corps. On est alors surpris de voir ce cheval
qui semblait dressé , refuser d'exécuter, sous le même cavalier, les mouvements les plus simples et les plus faciles ; c'est qu'une fois revenu ^ lui-même, l'animal acquiert bien vite la mesure de ce qu'il peut faire, prend l'initiative et devient agresseur , peut-être pour toujours. Si quelques amateurs s'étonnent de cette conséquence, c'est une preuve que leurs connaissances en équitation sont bien bornées. Quant aux écuyers vraiment capables, ils ne voient dans ce dévergondage de l'art qu'un blasphème équestre , un avenir sans résultats pour l'éducation du cheval, et des dangers réels pour son organisation.
Le cbeyal» quelque favorisé qu'il soit de lanature, a besoin d'un exercice préalable pour disposer ses forces à se prêter un mutuel secours ; tout devient sans cela machinal et hasardeux, autant de sa part que de celle du cavalier.
Quel est le musicien qui pourrait tirer d'un instrument des accords mélodieux, sans avoir jamais exercé ses doigts au mécanisme de cet instrument 7 On ne produiràity sans nul doute, en pareil cas, que des sons discordants et faux. Le même résultat a lieu en équitation, lorsqu'on veut faire exécuter à un cheval des mouvements auxquels il n'a pas été préparé. S'il y a dans le cheval matière à produire un poème, ce n'est pas l'improvisation, mais la réflexion et le temps moral qui nous mettront à même d'acccnnplir dignement notre œuvre. G)rneille, Racine, tous nos grands poètes, n'écrivaient qu'après avoir mûrement étudié leur sujet ; leurs chefs-d'œuvre ont passé à la postérité. Nous avons TU et entendu des improvisateurs : que reste-t-il de leurs productions? Elles sont aussitôt oubliées qu'écloses.
Les écuyers à grande réputation étaient loin de supposer qu'on pût trouver, un jour, des procédés plus simples et plus naturels que ceux qu'ils pratiquaient, et qu'on pût arriver à faire beaucoup mieux. Je dois cependant le dire à leur louange : s'ils sont restés stationnaires, ils ont montré, d'autre part, une sagesse qui, bien que routinière, avait le grand avantage de ne pas
extrapacser les chevaux ; et, b'Us n'ont pas fiait progresser Fart;, ils ne l'ont pas du moins fait rétrograder. L'ouvrage que je livre aujourd'hui au public démontrera que, si ma méthode donne les moyens de faire vite, elle enseigne aussi à bien faire, puisque tout y est défini, gradué, raisonné. Tout se suit et s'enchaîne dans mon système : chaque mouvement est la .conséquence d'une position qui, elle**méme, est produite par une force transmise. Ce n'est donc jamais le cheval qui est fautif, c'est le cavalier, et dès lors plus de cravache, plus de chambrière pour châtier ce qu'on appelle la désobéissance ou la méchanceté de l'animal. J'explique, je fais comprendre pourquoi» dans certains cas, il refuse d'obéir, et j'indique les moyens de le disposer à bien faire. Je soutiens que le dieval n'a jamais tort, et je le prouve. S'il a le libre emploi de ses forces, il sera maître de ses mouvements, et fera ce qu'il voudra en dépit du cavalier, A quoi pourront servir, dans ce cas, les effets de force, les coups de cravadie appliqués sans discernement? Changeront-ils la disposition des forces du cheval pour leur donner la justesse, la direction qui leur manque? Non, sans doute 1 Pourquoi, dès lors, punir l'animal pour des résistances qui sont la conséquence naturelle de la position dans laquelle on le laisse ? Il faut donc Fen faire sortir d'abord, et cela devient facile au cavalier lorsqu'il a rendu le cheval assez souple pour être à même de dominer ses forces et de le placer toujours dans la position convenable.
Cest par plus de (vingt-quatre procédés nouveaux, concourant tous à la même fin, c*est-à-dire à ramener dans un équilibre parfait les constructions les plus dé-* fectueuses, que je suis arrivé à opérer, dans Téquitation» un changement qui rendra, je Tespère, les plus importants services à la cavalerie. Elle y trouvera écoiK>mie de temps, amélioration des clievaux> émulation pour les cavaliers, progrès dans l'instruction, précision dans les manœuvres, etc«
Une clameur, circonscrite, il est vrai, dans un cercle assez étroit, est cependant parvenue jusqu'à moi. Comment se fait-il, disaient certaines gens, qu'un professeur, un innovateur, qui a la prétention de faire école, vienne cependant se montrer en public? Ne serait-il pas plus convenable, qu'à l'exemple de ses confrères, il s'en tint à professer son art dans son manège 7 Les amateurs lui auraient tenu bon compte de ses efforts ; ils l'auraient entouré de [plus de considération ; car enfin son talent est de ceux qu'on va juger pour un franc, et cela firise de bien près le saltimbanque. Ce langage, s'il est spécieux, n'en est pas moins injuste. Il faut vivre avant tout, et faire honneur à ses affaires. Jp ne sache pas que la considération s'attache à un homme qui, par une sotte vanité, laisse péricliter son établissement, et se trouve forcé, par la suite, de frustrer ses fournisseurs qui ont eu foi en sa parole. Or, je le demande, depuis l'installation en France des écoles d'équitation, en est-il beaucoup, même parmi celles qui
étaient subventionnées par le gouvernement, qui aient pu atteindre une position financière satisfaisante? est-il un seul écuyer qui se soit assuré quelques ressources pour ses vieux jours?... C'est que, de tous les genres d'industrie, celui-ci est le plus ingrat. L'établissement et Tentretien d'un manège exigent des frais énormes ; et comme le véritable goût de Téquitation est très-peu répandu, comme cet art est tombé dans le domaine du caprice ou de la vanité, il est tout à fait impossible de soutenir un établissement de ce genre à moins de cumuler deux industries.
Voilà pour la question matérielle ; celle d'art vient ensuite. Je devais faire connaître ma méthode, lui donner la publicité, le retentissement dont je la croyais digne, convaincre enfin les incrédules. J'avais, dans un ouvrage précédent, exposé mes principes, persuadé qu'ils allaient faire une révolution équestre. Six ans s'étaient écoulés sans que je reçusse le moindre encouragement : les uns ne comprenaient pas, les autres ne voulaient pas comprendre. On eût préféré, sans doute, à des procédés efficaces, mais qui exigeaient une certaine étude, des mors capables d'arrêter un cheval sur place, des moyens mécaniques qu'il eût suffi d'acheter pour devenir un écuyer habile. Quoi qu'il en soit, une vingtaine d'amateurs venaient étudier mes principes et les prônaient bien haut; l'un d'eux, M. Rul, homme de conviction, de zèle, de courage et de probité équestre, c'est-à-dire incapable d'un plagiat, a fait de la propa-
gande en Belgique, en Prusse en Autriche ; il a l'intention d'aller porter la lumière en Russie, en Âméri* que^ etc. Doué d*une perséyérance à toute épreuve, aucun obstacle ne Tarréle ; il sait d'avance tout ce que doivent endurer Fauteur et le propagateur d'une science nouvelle; il répond à tout par le langage de la vérité et par de glorieux résultats. Mais mon but n'était pas ranpli : je voulais que ce qui restait enfermé entre quatre murs se répandît dans toute la France, et que l'armée; surtout, fût amenée à connaître et à pratiquer mes principes. Je voulais forcer les étrangers à convenir de notre supériorité équestre, en leur montrant les ressources que nous savons tirer môme des chevaux inférieurs. Voilà quels étaient mes rêves, mes espérances, et tout me fait présager qu'ils vont se réaliser bientôt. Ce résultat, s'il est atteint, sera certainement dû à la résolution *que j^ai prise de prouver l'efficacité de ma méthode, en rendant le public juge de ses résultats. Lorsque ce grand appréciateur a vu les difficultés que j'avais surmontées, lorsqu'il a su que ces chevaux, qui paraissaient devant lui si nobles et si brillants, étaient des animaux que j'avais choisis exprès dans les conditions les plus défavorables, et payés de cinq à six cents francs, il a déclaré hautement que ma méthode devait avoir du bon. Mes adversaires ont bien été forcés dès lors de dire comme tout le monde ; ils ont eu beau prétendre que ces résultats tenaient plutôt à 1 homme qu'à la méthode, le coup était porté, et les amateurs sont
arrîTés d'eux-mêmes pour sUnitier à mes prindpQS. D'adversaires quMls étaient, ils sont devenus mes chauds partisans et Font proclamé ouvertement. C'est mon travail au Cirque qui, seul, leur avait dessillé les yeux. Il est probable que sans ks exercices publics de mes chen vaux, tels que Partisan, Neptune, Capitaine, Géricault, Buridan, Topaze, Mamhoud, Haydée, Maiflay, Bloc, Stades, La Picarde, Hasting, Passetemps, Godolphin, Robert, La Béarnaise, Lebouffe, Turban, Sandor, Kleber, Blacknick, Nigel, Zamba, Cherkesse, Barbarina^ je serais encore enfoui, inconnu et sans écho, au fond de Tun des manèges de la capitale. Tous ces chevaux n'ont pas coûté plus de cinq cents francs en moyenne ; leurs défauts de perfection rendaient plus difficile encore le point d'éducation auquel ils ont été amenés* Mais, en vérité, je m'explique ici comme si j'avais besoin de me justifier de m'être montré en public. Quoique mon goût soit entièrement opposé au plaisir que peuvent éprouver certaines personnes à se donner en spectacle, je ne crois pas, en le faisant, manquer en rien à ma propre dignité : j'aime et j'honore toutes les professions respectables, celles surtout qui sont desti* nées à éclairer le public et à le distraire. Que m'impor-* tent lés sots propos de quelques envieux? Tout homme qui veut faire prévaloir un principe doit être prêt à tout braver, insolence, railleries, sarcasmes des uns, oubli, indifférence des autres. Il y a longtemps pour mon compte que j'y suis fait ; et je trouve dans Fappro-
batioû des gens sensés que j'affectionne, une large compensation à tous ces inconvénients passagers. A ceux donc qui prétendent que je ravale mon titre d'écuyer en le mettant en scène, je réponds que Molière et Shakspeare avaient aussi la bassesse de jouer leurs pièces en public, et qu'en imitant dans ma sphère obscure Texempie de ces grands génies, je ne fais qu'obéir à leurs voix, qui nous crient sans cesse : « Elea vez votre intelligence sur la ruine des préjugés I »