‹ Œuvres complètes ... Méthode d'équitationChapitre 36 sur 209 · D U PIAFFER · texte numérisé non relu

D U PIAFFER

Jusqu'à ce jonr^ les écuyers ont soutenu que la nature de ehaque cheval ne comporte qu'un nombre limité de WOQvements, et que s'il en est qu'on peut amener à exécuter un piaffer haut et brillant, ou bas et précipité, il s*en trouve un plus grand nombre auxquels ce travail 6»t à jamais interdit. Leur construction, disaient-ils, s'y oppose ; c'est donc la nature qui l'a voulu ; ne doit^on pas s'incliner devant cet arbitre suprême et respecter sas décrets? Cette opinion est commode, sansdoule, pour justifier sa propre ignorance, mais elle n'en est pas moins fausse. Oui, certes, il en serait ainsi si le cheval sortait directement des mains du Créateur ; ses propor-^ tîoQS seraient mathématiques, et l'art de Téquitation serait sans application ; mais Fhtimme, que son intelligencie porte naturellement à détruire, sous le prétexte fie p^rfeotioQoer, trouve tnoyen de modifier à s6n désavantage l'osuvre di^ la nature. La soîenoe ne doit donc

avoir d'autre but que celui de rapprocher le cheval de sa condition primitive, et lui donner des mouvements qui sont le propre des belles conformations.

On peut amener tous les chevaux à piaffer, et je vais prouver qu'ici surtout, sans réformer l'œuvre de la nanature, sans déranger la conformation des os ou celle des muscles de Tanimâl, on peut remédier aux conséquences de ses imperfections physiques, et changer la disposition vicieuse occasionnée par la mauvaise construction. Sans nul doute, le cheval dont les forces et le poids sont réunis sur Fune de ses extrémités, sera hors d'état d'exécuter la cadence élégante du piaffer. Mais un travail gradué, dont le rassembler est le complément, nous permet bientôt de remédier à un pareil inconvénient. Nous pouvons maintenant réunir toutes ces forces au milieu du corps, et ramener les jambes de derrière à un point plus ou moins rapproché du centre, ce qui constitue le rassembler ; et le cheval qui le supporte parfaitement réunit toutes les conditions voulues pour exécuter le piaffer régulier et tous les mouvements de la haute école, dans lesquels se trouvent compris les changements de pied en Fair, tous les deux temps et à chaque temps de galop.

Pour que le piaffer soit régulier et gracieux, il fout que les jambes du cheval, mues par la diagonalBi se lèvent ensemble et retombent de même sur le sol à des intervalles de temps aussi éloignés que possible. L'animal ne doit pas se porter davantage sur la main que

sur les jambes du cavalier, afin que son équilibre présente la perfection de cette balance dont j'ai parlé plus haut. Lorsque le centre des forces se trouve ainsi disposé au milieu du corps, et lorsque le rassembler est parfait, il suffît, pour amener un commencement de piaffer, de communiquer au cheval, avec les jambes, une yibration légère d'abord, mais souvent réitérée. J'entends par vibration une surexcitation de forces, dont le cavalier doit toujours être l'agent.

Une fois la mobilité des jambes obtenue et à laquelle le cheval a été disposé par le rassembler, on pourra commencer à en régler , à en distancer la cadence. Ici encore, je chercherais vainement à indiquer avec la plume le degré de délicatesse nécessaire dans les procédés du cavalier, puisque ses e£fets doivent se reproduire avec une justesse et un à-propos sans égal. C'est par l'appui alterné des deux jambes qu'il arrivera à prolonger les balancements latéraux du corps du cheval, de manière à le maintenir plus longtemps sur l'un ou l'autre côté. Il saisira le moment où le cheval se préparera à appuyer la jambe de devant sur le sol, pour faire sentir la pression de sa jambe du même côté et augmenter l'inclinaison de l'animal dans le même sens. Si ce temps est bien saisi, le cheval se balancera lentement, et la cadence acquerra cette élévation si propre à faire ressortir toute sa noblesse et toute sa majesté. Ces temps de jambes sont difficiles et demandent une grande pratique ; mais leurs résultats sont trop brillants

pour que le cavalier ne 8'efforce pas d'en saisir les nuances.

Le mouyement précipité des jambes du cavalier accélère aussi le piaffer. C'est donc lui qui règle à volonté le plus ou moins de vitesse de la cadence. Le travail du piaffer n'est brillant et complet que lorsque le cheval l'exécute sans répugnance, ce qui aura toujours lieu quand les forces conserveront leur ensemble, leur ëne^ gie, et que la position sera conforme aux exigences du mouvement. Il est donc urgent de bien connaître l'emploi de la force nécessaire pour l'exécution du piaffer, afin de ne pas la dépasser ; on veillera surtout au maintien du rassembler, qui, de lui-même, amènera le mou* vement à se reproduire sans efforts et, par la suite, avec descentes de main et de jambes.

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