MA MÉTHODE HORS DU MANÈGE
Quelques atûâteurs qui n'ont pratiqué ma méthode que superficiellement, bien que satisfaits des ré* soltats obtenus au manège, sont surpris de ne plus trouver m dehors la même légèreté et le même calme. Aus* sitôt ils s'écrient : « La méthode bonne pour le manège est inefficace quand le cheval est en plein air. Des résistances inattendues surgissent, l'animal a peur, il s'éloigne des objets qu'il rencontre, son action est plus considérable et sa gaîté devient inquiétante pour le cava- Ker. » De conséquence en conséquence, ils trouvent dans la méthode une lacune à Tabri de laquelle ils masquent leur peu d'habileté ou de sang-froid équestre.
Il est évident qu'au milieu de bruits et d'objets nouveaux, avec de l'espace devant eux, tous les chevaux, quel que soit d'ailleurs le fini de leur éducation de manège, seront surpris les premières fois qu'on les montera en plein air. Leurs sens , leurs instincts, surexcités par des sensations inconnues, seront en outre
soumis à Faction enivrante de Tair libre. Les résistances instinctives manifestées au conunencement de l'éducation, surgiront en partie de nouveau, et effraieront le cavalier pusillanime qui , dans le cheval qu'il croyait soumis, ne trouve plus qu^un animal fantasque et sans maintien, ce Méthode impuissante! s'écrie-t-il. n
Voyons donc si le reproche est fondé ; le raisonnement Taura bientôt réduit à sa juste valeur.
Disons d'abord, que nous avons vu des chevaux trèsfrancs d'allure dans les rues et sur les routes, devenir très-inquiets en entrant dans un manège et perdre subitement la grâce et la facilité de leurs mouvements, k plus forte raison, un cheval, dressé entre les quatre murs d'un manège, doit-il être impressionné désagréablement quand on le pousse, sans transition, au milieu de mille objets tout à fait inconnus. Mais , qu'est-ce à dire?
Croyez-vous qu'il soit plus facile de porter un cheval sur un objet quelconque, de modérer sa frayeur ou sa fougue, quand il dispose librement de ses forces instinctives, que lorsqu'une éducation bien dirigée a établi dans son organisme un équilibre plus ou moins parfait?
Dominerez-vous plus facilement le cheval qui n'a jamais été dompté que celui que l'exercice a déjà rendu souple et obéissant au manège? Cette hypothèse est inadmissible.
L'influence de l'éducation peut céder momentanément à un ébranlement moral, mais elle reprendra bien
vite son empire et fera disparaître ces résistances d'un jour pour les remplacer désormais par la légèreté.
Car, excepté quelques chevaux rares qui nécessitent nne attention continuelle de la part du cavalier pour réprimer leur impressionabilité excessive, tous reviennent à leur degré d'éducation méthodique. Si quelques chevaux extraordinaires sortent quelquefois de la règle générale , il faut reconnaître que sans les effets de l'éducation, ils seraient demeurés tout à fait impossibles à monter.
On le voit donc, le cheval dressé ne demande qu'une attention soutenue du cavalier pour retrouver son calme et sa soumission, tandis que dans le cas contraire il deviendrait non-seulement inutile, mais encore dangereux pour son maître. Rassurons donc les cavaliers timides, en leur certifiant qu'une éducation supplémentaire, mais très-courte, et fondée toujours sur les principes de la méthode, rendra au cheval monté soit dans les rues, soit dans les promenades, les qualités brillantes que Ton admirait au manège. A l'appui de mon assertion, je citerai pour exemple les chevaux d'artillerie qui, bien qu'impassibles au bruit du canon, s'effraient de la crépitation du feu de l'infanterie et du bruit des tambours la première fois qu'ils les entendent, et reprennent leur calme au bout de quelques instants. Je crois avoir détruit les objections que l'on m*avait opposées : me serat-il permis de donner quelques conseils à tous les amateurs de chevaux ?
Se signalerai à Messieurs les sportmen, dont je respecte iafinimeot les goûts» le danger d'une tendance malheureusement générale. On ne demande au cheval que d'avoir du sang. Toutes les qualités chevalines se résument dans ce mot : Vitesse. Sous prétexte d'obtenir cet idéal du beau, le physique du cheval est tout à fait sacrifié- On veut l'amener à la rapidité de la vapeur. Mais on ne remarque pas que la vapeur réclame une machine solide, et que la machine elle-même veut des freins. A votre cheval vapeur, donnez donc une macbioe solide en le douant d'un corps robuste, donnez des freins à votre machine en instruisant votre monture.
Que les personnes qui se trouvent si souvent exposées aux dangers de l'emportement des chevaux attelés, évitent donc ces malheurs journaliers, en dressant, par réquitation, leurs chevaux avant de les soumettre inconsidérément au harnais de la voiture. Par cette éducation préalable, non-seulement les chevaux deviendraient plus faciles à conduire, mais ils auraient sous le harnais la position et les allures brillantes qui conviennent à des animaux de luxe.
xxvn