‹ Œuvres complètesChapitre 99 sur 323 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CATTERINA, AMERIGO, MARGHERITA, FRÈRE ALBERIGO.

CATTERINA. Voycz la belle conduite! Vieux fou! vous courez donc après des maîtresses!

MARGHERITA, à frère Alberigo. Écoutez un peu : qu'est-ce que j'entends?

FRÈRE ALBERIGO, à Margherita. Diantre! sauveloi vite, afin qu'ils ne nous voient pas.

CATTERINA. Et c'cst la commèrc encore qu'il vous faut ! Vous devriez vous aller cacher.

FRÈRE ALBERIGO, à Marglierita. Toi, va à la maison. Cependant je vais faire un petit défour, et je surviendrai quand il sera temps.

CATTERINA. AI!ez-vous-en à tous les diables ! J'ai si bien fait pourtant que je l'ai surpris la main au plat!

AMERIGO. Puisse-t-il t'en advenir malheur femme du diable !

CATTERINA. Quoi doiic ! VOUS VOUS imaginiez peut-être que je dormais?

AMERIGO. La bonne affaire, si tu pouvais l'endormir pour toujours !

CATTERINA. SI VOUS avîcz VU comme il se montrait bien disposé! Voilà donc le beau motif qui faisait que vous ne pouviez plus me souffrir!

AMERIGO. Tu as toujours été et tu seras toujours importune, méprisante, envieuse, désagréable, et ennemie de mon bonheur.

CATTERINA. Ah ! à peine avez-vous entendu de moi une parole de mauvaise humeur. Mais, par la croix de Jésus-Christ ! on devrait bien vous faire ce que vous méritez.

AMERIGO. Voyez : la voilà encore qui se fâche.

CATTERINA. Oui ccrtcs, je me fâche; il ne vous semble pas que j'en aie d'assez bonnes raisons ?

AMERIGO. C'est à moi de me plaindre, moi qui comptais sur la plus belle journée que j'aie eue dans toute ma vie, et qui n'en ai jamais eu de plus infortunée.

CATTERINA. Il a cncope le front de le dire tout haut !

AMERIGO. Je le dis tout haut, assurément.

CATTERINA. Voycz l'honnêfe homme ! Et savez-vous avec quelle tendresse, avec quels transports, cavalier tout frais, il venait à la joute? Beau champion, mais seulement dans le champ des paroles et des trêves; et quanta cette autre chose, la plus essentielle de toutes, il lui faut des frictions pour qu'il en puisse faire usage; et, à la vérité, il peut bien y trouver à dire, puisqu'il a fait un double service.

AMERIGO. Voyez un peu où j'en suis, et ce qu'elle me dit, et ce qu'elle m'a fait, cette maudite femme!

CATTERINA. Tout ccci n'cst cncorc que sucre : attendez un peu que j'avertisse le mari de la commère ainsi que mes oncles, et vous verrez certes un autre jeu!

AMERIGO. Hélas ! ma femme, veux-tu donc me perdre et me déshonorer tout à fait ?

CATTERINA. Hélas! mon mari, voulez -vous donc me désoler, et me faire vivre ainsi dans le déscspoir?Dieu sait s'il y a dans tout Florence une femme plus fidèle et plus indignement traitée!

AMERIGO. Comment as-tu fait pour ra'attraper dans ce filet? Dis-le-moi, je t'en prie.

CATTERINA. Jc jurc Dicu quc cette misérable Margherita en portera la peine!

56 OUVRAGES DRAMATIQUES

AMERiGO. Je te demande et je suis curieux de savoir comment tu as fait pour me prendre à ce piège. N'aurais- tu pas été sorcière ou conjîiralrice des diables?

CATTERiiVA. J'ai été, s'il faut vous le dire, ce que je suis.

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