SCÈNE III
APOLLONIA , seule.
Le bon jour commence le matin, et quand le commencement est bon, d'ordinaire la fin n'est pas mauvaise. Misis ne pouvait venir plus à propos. Si je ne suis pas une imbécile, j'espère bientôt conclure mon marché; car la bonne vieille ne pouvait me donner de meilleurs renseignements. Celui que le sort favorise, et qui a le sens commun, vient à bout de tout ce qu'il entreprend. Elle m'a appris tout ce que je voulais savoir. La seule chose qui me déplaise, c'est d'avoir affaire à une étourdie : c'est là ce qui plus que toute autre chose me donne à réfléchir; car avec les personnes de cette espèce on n'est jamais sûr de rien : elles sont si bavardes qu'elles ne peuvent garder un secret; elles sont bien jalouses, mais elles ne feraient pas un pas pour se venger. Ces coquettes finissent toujours mal , et sont cause que leurs amants finissent mal également : aussi, malheur à qui en devient amoureux ! Il est vrai que si elles avaient l'ombre de la raison, elles ne prêteraient ni l'oreille ni les yeux au premier venu comme elles le font; car la femme qui a un grain de cervelle ne saurait souffrir autour d'elle tous ces étourneaux. Ainsi il vaut bien mieux que celle-ci soit un peu légère si je veux l'amener à mes fins. Je vais aller la trouver, et pour
RAMATIQUES.
qu'elle me remarque davantage je lui porterai de la toile et du lin, avec une belle quenouille bien longue, parce que c'est un instrument qu'aiment beaucoup les dames et les demoiselles; j'irai ensuite retrouver Camillus. Mais que vient faire ici cet autre avec sa mine allongée? Qui que ce soit n'importe, je vais continuer mon chemin.