SCÈNE IV
CATILLUS, DROMOS.
CATiLLus. Combien sont aveugles les mortels qui, dans l'espoir de goûter le bonheur, recherchent le commerce des femmes ! Et pour comble de malheur, chacun met son plaisir à posséder la plus belle. Telle est aujourd'hui la cause de mes chagrins.
DROMOS. Et pourquoi ?
CATILLUS. Je vais te le dire : j'ai eu aussi la sottise de vouloir une épouse aimable et belle, qui brillât entre toules les femmes comme le soleil au milieu des autres astres, et je m'en suis repenti déjà mille fois.
DROMOS. Qui vous forçait à prendre une femme semblable ?
CATILLUS. C'est que je n'en avais jamais vu qui me plût davantage.
DROMOS. De quoi vous plaignez-vous donc?
CATILLUS. Je me plains dece qu'elle est si belle qu'on ne peut la voir sans en être charmé, et de ce qu'elle me préfère le premier venu, qu'il soit aimable ou non, ignorant ou savant.
DROMOS. Ce n'est pas d'elle mais de vous que vous devez vous plaindre : une belle ordinairement recherche ce qui lui ressemble.
CATILLUS. Je ne suis cependant ni décrépit , ni aveugle, ni boiteux, et j'ai comme les autres tous mes membres en bon état.
DROMOS. Vous n'êtes pas repoussant, mais j'en ai vu de plus beaux que vous.
CATILLUS. 11 est vrai. Cependant que me manque-t-il?
DUOMOS. Cette épaule gauche est un peu pins grosse que l'autre; mais qu'importe? un habii aujourd'hui couvre tous les défauts.
CATILLUS. C'est bien peu de chose ; et elle a tant baissé que quand j'irai me baigner on r.e s'en apercevra pas.
DROMOS. Elle s'en ira donc bientôt tout à fait ?