‹ Œuvres complètesChapitre 107 sur 323 · L'ENTREMETTEUSE MALADROITE. — ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

L'ENTREMETTEUSE MALADROITE. — ACTE I, SCENE V

CATiLLUS. Je m'afflige cependant, mon pauvre Dromos, de ce que ma femme me maltraite ainsi. Si elle ne m'aime pas. elle devrait du moins ne pas me montrer tant d'aversion.

DROMOS. C'est bien vrai.

CATILLUS. Ni faire ce qu'elle fait,

DROMOS. Avez-vous aperçu quelque chose?

CATiLLtis. Je ne veux pas parler.

DROMOS. Hélas! mon cher maître, vous le savez, il ne faut rien avoir de caché pour un fidèle serviteur; on doit lui découvrir et le doux et l'amer : le récit de nos maux nous soulage, et celui de notre joie ajoute encore à notre contentement. N'ayez donc pas de secrets pour moi.

CATILLUS. Elle fait la coquette avec tous ceux qui viennent céans, les uns sous prétexte qu'ils sont amis de la maison , et les autres qu'ils sont ses parents; et moi je ne sais plus à qui me fier,

DROMOS, Que voulez-vous? c'est l'usage. Avezvous autre chose à me raconter?

CATiLLi's. Elle a plus de cassolettes, de flacons, de vases, plus de chiffons rouges, blancs , bariolés , que n'en ont les apothicaires, plus de parfums que n'en renferme l'Arabie ou l'île de Chvpre.

DROMOS. Elle a donc besoin de ces odeurs?

CATILLUS. Pourquoi?

DROMOS. Parce que sans cela peut-être elle ne sentirait pas bon.

CATILLUS. 11 lui faut tous les jours au moins une robe et deux garnitures, avec la queue la plus longue qu'il soit possible ; elle veut avoir la tète toujours ornée d'or et de pierreries; elle me ruine en bijoux : mes revenus ne peuvent y suffire; et elle a déjà mangé toute sa dot, quoiqu'elle fût assez considérable,

DROMOS. Ne vous tourmentez pas : il existe une loi qui met un frein à tous ces excès.

CATILLUS. Que parles-tu de frein? Les femmes ont si peu de retenue , et nous si peu de raison, que nous passons par toutes leurs fantaisies.

DROMOS. Ne vous plaignez donc pas de la vôtre.

CATILLUS. Je dois donc me plaindre de moi? Elle sort de bonne heure du logis, rentre tard, et ne daigne pas m'adresser la parole. Est-ce la conduite d'une honnête femme ?

DROMOS. Demandez-lui d'où elle vient,

CATILLUS. Est-ce que la plus sotte ne sait pas

Irouver un mensonge? Elles ont toutes le talent de nous en faire accroire : elles sont allées chez leur père, chez la couturière, au temple, enfin dans tous les lieux qu'on ne peut leur reprocher de fréquenter.

DROMOS. 11 faut gagner la servante qui l'accompagne.

CATILLUS. A quoi bon ? elle Tamise la première dans ses intérêts.

DROMOS. 11 faut la renvoyer.

CATILLUS. Et qui la servira?

DROMOS. Une autre servante.

CATILLUS. J'en changerais mille fois qu'elles se gâteraient toutes. Cependant celle-ci m'a dit que ma femme voyait d'un doux œil un certain jeune homme dont elle n'a pas su, ou plutôt dont elle n'a pas voulu me dire le nom ; mais les femmes sont toujours femmes : je veux que tu la surveilles avec attention , et que tu me fasses part de ce que tu auras vu.

DROMOS. Je ferai tout ce qui peut vous être agréable.

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