‹ Œuvres complètesChapitre 109 sur 323 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

SATDRIDS, CAMILias.

SATBRiiis. Mais si Virginia se montre aussi satisfaite que tu le dis , elle a donc dû recevoir quelque bonne nouvelle, et d'un autre que de

toi. De plus, les dames jouent volontiers de la prunelle.

CAMiLLUS. Et surtout elle : autant elle voit de galants, autant elle en flatte. Elle les regarde d'un œil si fixe qu'on dirait qu'elle se fond, qu'elle se consume, qu'elle est dans les flammes. Que fait maintenant ApoUonia?

SATLRius. Elle ne reste pas muette.

CAMiLLUs. Crois-tu qu'elle parle de moi?

SATURius. Oui , elle parle de toi.

CAMILLUS. Fera-t-elle pour moi quelque chose?

SATURIUS. Et elle ne s'oubliera pas.

CAMILLUS. Je voudrais qu'elle revînt plus promptement.

SATURIUS. Puisqu'elle ne revient pas, c'est que Virginia lui cède.

CAMILLUS. Et moi je crains qu'elle ne cède point, car une femme ne se rend point ainsi à la première attaque.

SATURIUS. Toutes les femmes aiment le chatouillement; mais elles feignent de ne pas vouloir ce qu'elles désirent le plus -.elle font d'abord les sauvages, se montrent fières, honnêtes et pleines de pudeur, ne s'arrêtent jamais que lorsqu'elles y sont forcées ; mais ont-elles une fois cédé à leur amant, elle ne font que se plaindre du temps qu'elles ont perdu.

CAMILLUS. Et d'où sais- tu toutes ces belles choses ?

SATURIUS. Je ne suis pas un imbécile, et je n'ignore point tout ce que les femmes ont coutume de faire.

CAMILLUS. Je n'en crois rien , car tu ne fréquentes pas beaucoup leur société. Elles sont fines , il est vrai , mais non aussi fausses que tu le dis.

SATURIUS. Fussent -elles toutes brûlées pour ce défaut!

CAMILLUS. Sans en excepter Virginia?

SATURIUS. Je veux bien l'épargner pour l'amour de toi , mais je ne fais qu'un seul fagot de toutes les autres.

CAMILLUS. Cette ApoUonia, comment entendelle le métier?

SATURIUS. Tout doucement : elle n'est bonne qu'à rester à la cuisine.

CAMILLUS. Le fait-elle pour de l'argent ou pour son plaisir?

SATURIUS. Non : c'est d'après un vœu qu'elle fit pendant une maladie.

L'ENTREMETTEUSE MALADR

CAiwiLLus. Elle sert donc tout le monde?

SATURius. Toute femme, quoique de bonne , maison, peut mal servir plus de deux amants à i la fois, si elle ne veut pas bientôt être chan- j sonnée par toute la ville. |

CAMiLLiis. Dis-moi : combien ta messagère j remplit-elle de rôles?

SATUiuiJS. Autant qu'en a ma voisine. A la faveur de son âge et de son habillement elle veut paraître grave, fidèle et discrète; elle affecte lair dévot, a la repartie piquante, la parole facile; elle est dissimulée, plaisante, pleine d'astuce; et moins on la connaît meilleure on la trouve.

CAMiiLus. Je suis étonné que mon valet ou Apollonia ne revienne point : cela commence à m'inquiéter,

SATDRiBS. Ton valet n'a pas encore cuvé son vin.

CAMiLLUs. Mais si fait bien toi?

SATiJRics. Est-ce que tu trouves que la cervelle me tourne? Je suis accoutumé dans nos repas à boire de manière qu'à peine ai-je le vin dans le corps qu'il se trouve cuvé ; et , à le dire vrai , j'ai toujours exercé avec plaisir le métier de boire et de manger. En effet, hors ce bel art, je n'ai trouvé, en ces temps de malheur, rien qui méritât d'être apprécié ; et ce n'est pas sans raison, car il a pour but toute notre existence : l'utile et l'agréable. Si tu t'alambiques le cerveau à chercher la fin de toutes les sciences et de toutes les doctrines, tu verras qu'elle est la même pour toutes. Or celui qui pratique bien la mienne possède toutes les autres; car le ventre seul,comraedit la .satire, est le maître de tous les arts; lui seul aiguise l'esprit. On se moque aujourd'hui des poètes; les historiens passent pour menteurs ; on ne comprend pas les philosophes ; , les astrologues sont plus menteurs qu'une pie; la musique est sans nulle valeur...

CAMILLUS, 1 iuierrompant. Yoici Dulippus qui revient : il me paraît tout joyeux. Tu nie rendras service de te taire.

Page 1