‹ Œuvres complètesChapitre 122 sur 323 · L'ENTREMETTEUSE MALADROITE. — ACTE III, SCÈNE VL 73 ' SCÈNE YI · texte numérisé non relu

L'ENTREMETTEUSE MALADROITE. — ACTE III, SCÈNE VL 73 ' SCÈNE YI

SATDRIUS, DORIA.

SATDRii'S. Ne t'éloigne pas : j'ai deux mots à te dire.

DORIA. A qui en veut cet original.^

SATURiiis. Ne le vois-tu pas? c'est à toi.

DORU. Laisse -moi; tu te (rompes sans doute.

SATERius. Crois-tu que je sois fbu, aveugle ou pris de \'\n?

DORIA. Tes actions et ton visage le montrent assez clairement.

SATURiES. Ma chère amie, tu as tort de me dire des injures.

DORIA. Et toi de vouloir me retenir. Je nai jamais vu un pareil importun.

SATCRiLS. Demeure encore un instant ; à quoi bon tant te presser?

DORIA. J'ai affaire.

sATURius. Et moi je cherche à faire: de grâce, demeura un instant.

DORIA. Qui es-tu. ^

SATURHJS. Un de tes amis.

DORIA. Je ne t'ai jamais vu.

SATURits. Tu ne l'en souviens pas? cela est fâcheux pour moi. Mais lu feins de ne pas me reconnaître.

DORIA. En vérité je ne te connais pas.

SATURIUS. Comment! tu ne remets pas celui qui est ton serviteur, un infortuné qui brùie, qui transit, qui se meurt pour toi !

DORIA. Tu peux mourir pour quelque auirc que moi, car je ne suis pas aussi belle que tu veux bien le dire.

SATURIUS. Tout me plaît dans ta personne : tes manières, ton air, tes paroles gracieuses, tes yeux voleurs de cœurs.

DORIA. Cesse, je te prie, de te moquer de moi.

SATURIUS. Non , par ma foi ! Ne sais-tu pas fiuil n'y a de beau que ce qui plaît?

DORIA. Explique-toi donc sur ce que tu veux.

SATURIUS. Laisse-moi prendre celte main , et ne rebute pas ma tendresse, tout indigne que je sois de toi.

DORIA. Veux-tu quelque autre chose ?

SATURIUS. Je voudrais être entièrement satisfait.

DORîA. Parle donc.

SATURIUS. Sache que mon maître est amou-

reux fou de ta maîtresse; il l'aime plus que luimême et ne saurait vivre un instant sans elle.

DORIA. Ah ! ah ! voilà donc l'amour que tu me portes! J'avais bien raison de m'étonner des caresses dont tu m'accablais.

SATURIUS. Je t'en ferai davantage encore, car je prétends te remplir et la bourse et le corps.

DORIA. Prends garde de me mettre dans un état dont j'aie par la suite à me repentir : je perdrais l'honneur et Texistence , et tu serais cause de ma ruine.

SATURIUS. Ne crains rien.

DORIA. Najoutes-tu rien à ces paroles?

SATURIUS. Je veux y ajouter tout ce que j'ai de plus cher.

DORIA. Mon maître est extrêmement brave.

SATURIUS. Que peux-tu redouter? Lhomme jaloux n'est guère dangereux ; et si ta maîtresse est satisfaite , quel danger peut-il y avoir ?

DORIA. Je ne redoute rien de sa part; mais qui m'assurera que ce que tu me dis soit la vérité ?

SATURIUS. Le bon visage que ta maîtresse fait à mon maître.

DORIA. Quant à cela , je n'en sais rien.

SATURIUS. Je ferai en sorte que tu le voies bientôt toi-même.

DORIA. Mais qui me préservera du courroux deCatillus?

SATURIUS. Ma foi, que je veux te donner pour gage.

DORIA. On n'a pas aujourd'hui grande confiance en un pareil gage.

SATURIUS. Celui qui montre tant de défiance ne conduit jamais bien ses affaires. Consens à ce que je veux , et ne crois pas que tu en deviennes plus pauvre : argent, babils, tout ce que tu pourras désirer, tu l'auras avant d'ouvrir la bouche.

DORIA. Je suis toute disposée : or sus, que dois-je faire?

SATURIUS, à part. Maintenant elle se ferait tuer pour moi. (Haut.) Lorsque tu verras Virginia, seule et mécontente , se plaindre de son mari , comme cela arrive souvent à la plupart d'entre vous, dis-lui : «Madame, j'ai à vous faire part d'un secret que je ne voudrais pas , pour tout ce que j'ai de plus cher au monde, que vous répétassiez â votre mari.» Elle te dira aussitôt : «Apprends -moi ce que c'est ;» car toutes îes femmes sont avides de savoir du nouveai'. Alors tu lui diras que l'aim blc Caiiîiii'is soupire

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et meurl pour elle mille fois le jour; qu'il ne demande point ce que désirent fous les autres amants, mais qu'il ne veut que pouvoir lui exprimer l'amour excessif qu'il a pour elle et tous les vœux qu'il fait pour son bonheur.

DORiA. Cette demande me semble un avis du ciel. Désires-tu quelque autre chose?

SATURirs. Non, pour le moment.

DORIA. Je vais l'instruire de ce dont tu m'as charfjée, et je viendrai l'apprendre ce qu'elle m'aura répondu.

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