PREMIERE DECENNALE
pants, c'est à ce royaume qu'il faut en adresser le premier reproche.
Vous-mêmes vous n'en fûtes pas exempts; car le Français, pour couvrir sa bonté, rejeta sa défaite sur votre lâcheté.
Votre gouvernement ne savait lui-même quel parti prendre; et tandis qu'il demeurait indécis entre deux princes mécontents du roi ,
Le duc de Valentinois, livrant de nouveau ses voiles au souffle des vents, tourna la proue de son vaisseau vers la haute mer,
Et conduisit son armée à des triomphes dignes d'admiration, emportant en peu de jours la ville de Faenza, et renversant de fond en comble toute la Romagne.
S'étant élevé ensuite contre Bologne avec de grands efforts, la Scie soutint sans s'ébranler la violence et le choc de ses troupes.
11 s'éloigna alors de cette contrée, pénétra sur le territoire de la Toscane, et se revêtit de vos dépouilles durant tout le temps que son armée y prolongea son séjour.
Alors , pour échapper à cette triste nécessité , et semblables à ceux qui ne peuvent agir autrement, vous cédâtes à une partie de ses prétentions.
C'est par ce moyen que vous parvîntes à éloigner ses troupes ; mais dans ce passage, celui qui gouvernait dans Sienne eut la fantaisie de donner un nouveau maître à Piombinp.
Après eux, une nouvelle horde d'animaux féroces mit le pied sur votre terruoire , et ne fut retenue par aucun frein ni par aucune loi.
C'était le roi qui les envoyait pour combattre l'héritier de Ferdinand; et pour l'obliger à fuir il donna à l'Espagne la moitié de ce royaume.
Frédéric, ayant vu quelle preuve de courage les siens avaient donnée dans les champs de Capoue, fut obligé de s'éloigner et de venir se jeter entre les mains des Français.
Comme en ce moment le cardinal de Rouen se trouvait en Lombardie, vous crûtes devoir entrer avec lui en négociations pour conclure un nouveau traité avec son souverain.
Vous étiez sans armes, pleins d'épouvante à la vue de la corne qui était restée au Veau; et vous n'aviez compté ni sur l'Ours ni sur le pape.
Il vous semblait que vous ne viviez qu'au gré du hasard, et vous craigniez alors de ne pouvoir
être défendus s'il vous arrivait quelque nouveau désastre.
Après la révolution d'un grand nombre de jours et de mois , la France vous prit encore sous sa protection , non sans vous avoir entraînés dans d'énormes dépenses.
Sous cette nouvelle enseigne, vous crûtes alors pouvoir enlever aux Pisans leur blé en herbe et faire flotter encore vos drapeaux aux vents.
Mais Vitellozzo, avec sa troupe orgueilleuse, profondément irrité contre vous du coup funeste porté à son frère ,
Brisa par trahison le frein qui retenait le coursier indompté, vous ravit avec la promptitude de l'éclair tout le Val-di-Chiana et une foule de villes.
La guerre, cause de la ruine de Florence , et la discorde qui régnait parmi vos citoyens, voilà ce qui vous frappa au cœur d'un coup si funeste.
Pour vous délivrer des nombreuses insultes de ces voisins acharnés et d'une attaque aussi cruelle, vous appelâtes sur vos frontières les Français à votre secours.
Et comme le duc de Valentinois , après s'être arrêté à Nocera avec son armée, s'était emparé de là en un saut de tout le duché d'Urbin,
Toutes les facultés de votre âme restaient en suspens , dans la crainte qu'il ne se réunît avec Vitello et qu'il ne descendit avec lui pour se venger de vo us- Mais le roi que protège saint Denis, touché par vos prières, ordonna à l'un de s'arrêter dans sa marche ; et l'autre vit ainsi tous ses projets s'évanouir.
Vitello détourna ses pas des murs d'Arezzo, et le duc se présenta dans Asti pour se justifier auprès du roi Louis.
Ce formidable appui serait encore venu trop tard, sans l'habileté de celui qui tenait alors en main le timon de vos affaires.
Peut-être sans lui seriez- vous devenus la proie de vos envieux , car vous étiez atteints de quatre profondes blessures ; mais sa main sut en fermer trois.
11 avait vu Pistoja soulevée en grande partie, Florence remplie de confusion , Pise et le Valdi-Chiana échappés à vo're domination.
C'est lui qui posa les degrés du suprême gonfalou, et qui invita à y monter quiconque se
POESIES DIVERSES
sentait l'âme digne d'atteindre à ce liant ranj^;
C'est lui qui rétaljlit la paix dans le sein de Pistoja ; c'est lui qui remit sous le joug Arezzo et tout le Val-di-Chiana.
Mais il ne put guérir la quatrième plaie qui vous accablait; car le ciel ne voulut pas qu'une aussi heureuse main pût faire disparaître tous vos maux.
On vit enfin se lever le jour heureux et tranquille oij votre peuple, reprenant son courage , nomma celui qui devait porter sa bannière.
Mais le peu de force de ce peuple, aussi lâche qu'un cerf, ne permit pas d'élever l'édifice de votre tranquillité sur une pierre solide;
Et quiconque s'écarlerait de cet ordre par quelque raison pourrait fort bien être un mauvais géomètre.
Après que le duc de Valentinois se fut justifié et qu'il eut remis le pied dans la Romagne , il Corma le dessein d'attaquer soudain messer Giovanni.
Mais dès que le bruit de cette entreprise se fut répandu , ni l'Ours ni le Veau ne parurent disposés à s'unir à lui pour seconder ses projets.
Et ces serpents gonflés de noirs poisons , se tournant les uns contre les autres, commencèrent à se disputer leur proie et à se déchirer entre eux avec les ongles et les dents.
Le Valentinois se défendait difficilement de leur attaque; et pour éviter de succomber sous leurs coups , il fut obligé de se couvrir du bouclier de la France.
Et pour prendre ses ennemis dans ses gluaux ce cruel basilique se mit à siffler doucement, afin de les attirer dans son repaire.
11 ne fut pas longtemps sans les voir tomber dans le piège ; car le traître de Fermo et Vitellozzo, et ces Orsini, qui avaient été liés avec lui d'une si grande amitié,
Se précipitèrent pour ainsi dire d'eux-mêmes flans les embûches qu'il tendait. L'Ours y perdit plus d'une de ses griffes et le Veau eut son autre corne brisée.
Pérouse et Sienne sentirent aussi les atteintes des ongles de cette hydre , et les tyrans de ces deux villes prirent la fuite pour échapper à sa fureur.
Le cardinal Orsini lui-même ne put éviter les
désastres de sa propre maison , et il perdit la vifc, victime de mille trahisons.
Dans ce même temps les Français, pleins d'une nouvelle ardeur, tournèrent contre les Espagnols la pointe de leur lance , dans le dessein de partager ù leur gré le royaume.
Ils auraient anéanti leurs ennemis , et le royaume serait tombé tout entier sous leur domination, s'il n'était arrivé d'autres forces à son secours.
Mais le parli de l'Espagne, devenant plus fort et plus redoutable, fil rougir du sang de ses adversaires et la Pouille et la Calabre.
Alors le Français irrité se tourna plein de fureur du côté de l'Italie , semblable à un homme qui veut recouvrer et ses étals et son honneur perdus.
Et le seigneur de la Trémouille, guerrier d'une haute renommée , pour venger du moins ses compatriotes dans les contrées qui avaient vu leur honte, courut secourir Gaëte qui implorait son appui.
Mais lui et ses troupes ne purent continuer longtemps leur marche; car Valentinois et son père, pleins de fourberie, le mirent en doute qu'ils voulussent le seconder.
lis cherchaient alors de nouveaux compagnons qui leur donnassent d'autres états à dévorer ; car ils ne voyaient plus ce qu'ils pouvaient gagner avec les Français.
Et vous, pour ne point devenir la proie du Valentinois, comme vous l'aviez été jusqu'alors chaque jour, et qu'il n'héritât pas du Lion de Florence,
Vous prîtes à votre service le bailli d'Occam, avec cent lances et une infinité d'autres troupes, vous croyant plus en sûreté en embrassant ce parti.
C'est avec ces nouvelles troupes que, pour la seconde fois . vous enlevâtes au Pisan l'espoir de jouir en paix des récoltes de ses champs.
Tandis que la Trémouille s'approchait, et que les transports d'une colère secrète commençaient à bouillonner entre le pape et les Français,
Le Valentinois tomba malade, et l'esprit du glorieux Alexandre fut porté parmi le chœur des âmes bienheureuses, pour qu'il pût enfin goûter le repos.
Trois de ses suivantes fidèles, et chères à son
PREiMIERE
cœwr, s'empressèrent aussitôt de suivre ses saintes traces : la Luxure, la Simonie et la Cruauté.
jMais à peine ces nouvelles parvinrent-elles en France que ce malin renard d'Ascanio Sforza, avec des paroles mielleuses et ornées de toutes les fleurs de la rhétorique ,
Persuada au cardinal d'Amboise l'expédition d'Italie, lui promettant le manteau qui aide les chrétiens à monter dans le ciel.
Cependant les Français s'étaient arrêtés à Rome, et ils ne voulurent point dépasser le fleuve glorieux tant que le saint-siége resterait vide.
C est ainsi que fut créé le pape Pie ; mais il ne supporta que pendant peu de jours le poids dont rÉternel avait chargé ses épaules.
C'est par un assentiment unanime que Jules second fut créé portier du paradis , afin de réparer les malhem'S du monde.
Mais après que le ciel eut ôté la vie à Alexandre , les états de son duc de Valentinois furent déchirés en plusieurs lambeaux.
Baglioue, les Viîelii.les Orsini et les enfants de Montefèltro s'en retournèrent dans leurs foyers , et Saint-Marc s'empara de Riraini et de Faenza.
Baglione et les Orsini suivirent le Valentinois jusqu'au sein de Rome pour lui faire éprouver de nouveaux revers , et ils se revêtirent de ses dépouilles.
Jules seul le nourrit de nombreuses espérances; et ce prince crut trouver dans un autre cette pitié qu'il ne connut jamais lui-même.
Mais après avoir demeuré quelques jours à Ostie, comme il se disposait à partir, le pape le fit revenir à Rome et le donna à garder à ses soldats.
Cependant les capitaines de l'orgueilleux Français, arrivés sur les bords du Garigliano, faisaient tous leurs efforts pour traverser le fleuve.
Ils avaient déjà , au prix des plus grandes souffrances , consumé en ces lieux un grand nombre de jours et de nuits , tourmentés par le froid et dévorés par la honte ;
Et n'ayant pu se réunir ensemble, disséminés en divers lieux et en plusieurs corps, ils furent dispersés par la rigueur du temps et par les ennemis.
Après avoir perdu son honneur et son argent