CHANT III
Au milieu de ce troupeau épais d'animaux je marchais donc, les épaules tournées vers le ciel, et je suivais les pas de ma conductrice.
Tantôt une chaleur subite, tantôt une sueur froide courait par tout mon corps: tantôt je tâtais en tremblant tous mes membres , pour voir s'ils n'avaient pas changé ou de poil ou de peau.
Je regardais à la dérobée mes mains et mes genoux. 0 vous ([ui marchez quelquefois à quatre pâlies, songez, je vous en prie, à la position dans laquelle je me trouvais.
11 y avait à peu près une heure que je cheminais de la sorte au milieu de ces bêles féroces , lorsque nous arrivâmes sur les bords d'un fossé qui se trouvait entre deux grands vallons.
Nous ne pouvions rien voir au-devant de nous, parce que nous étions éblouis par la lueur du flambeau que portait notre conductrice ; Quand soudain nous entendîmes un sifflement qui ressemblait au bruit que fait une porte qui s'ouvre, et dont les deux battants crient en tournant sur leurs gonds.
Alors s'offrit à nos regards l'aspect d'un vaste et superbe palais d'une hauteur admirable.
L'espace qu'il embrassait était immense et magnifique, mais pour y arriver il fallait passer à gué l'eau du fossé sur le bord duquel nous étions.
Une poutre formait un petit pont , que traversa celle qui nous escortait; mais les animaux ne pouvaient y passer.
Lorsque nous fûmes arrivés auprès du seuil de l'autre porte j'entrai, le cœur dévoré d'angoisses , confondu avec ce troupeau plus malheureux que s'il eût élé mort.
Une circonstance diminua cependant mon épouvante : ma conductrice , en entrant dans ce lieu, avait éteint son flambeau afin que j'eusse moins à craindre.
C'est pour cela que je n'avais pu voir d'où était venu le sifflement que j'avais entendu , ni qui nous avait ouvert la porte à notre arrivée.
C'est ainsi qu'inconnu au milieu de ces nombreux animaux, je me trouvai dans une cour