CHAPITRE DE L'OCCASION
A FILIPPO JNERLI.
—Qui es-tu, toi qui ne parais pas une femme mortelle, tant le ciel t'a ornée et comblée de sesj^ràces? Pourquoi ne te reposes-tu point? pourquoi as-tu des ailes à tes pieds?
—«Je suis l'Occasion ; et bien peu me connais- « sent : la raison en est que je suis toujours en «mouvement et que je tiens un pied sur une itroue.
« 11 n'y a point de vol si rapide qui paisse c égaler ma course ,; et je ne garde des ailes à mes «pieds que pour éblouir ceux qui me regardent «courir.
«Je réunis sur le devant de mon front tous âmes cheveux épars et je m'en recouvre le sein «et la figure, pour qu'on ne puisse pas me re- « connaître lorsque j'arrive.
«Derrière la tète je n'ai pas un seul cheveu , «et celui qui m'aurait laissé passer, ou devant «lequel je me serais détournée, se fatiguerait en «vain à me saisir.»
— Dis-moi : Qui est celui qui marche sur tes pas? — «C'est le Repentir. Ainsi, fais-y bienat- « tcntion : celui qui ne peut me retenir ne saisit «que lui.
«Et toi , tandis que tu perds le temps à me «parler, livré tout entier à tes vaines pensées, «tu ne r aperçois pas, malheureux, et tu ne «sens pas que je suis déjà échappée de tes « mains. »