‹ Œuvres complètesChapitre 164 sur 323 · MACCH1A>EI.LI. H · texte numérisé non relu

MACCH1A>EI.LI. H

troubler les contrées où cette fureur qui la dirige a plr.cé son enseigne.

Par un sort contraire , ce pays sera toujours esclave , toujours exi)osé aux mallieurs, toujours livré aux outrages , dans lequel habile un peuple ambitieux mais sans couras'e.

Si la Làclieté et le Désordre y siègent auprès de l'Ambition, les désastres et la ruine ne tar dent puS à fondre sur ce pays.

Et si l'on faisait un reproche à la nature de ce que notre Italie, si malheureuse, et fatiguée de ses maux , ne produit aucun peuple aussi courageux et aussi endurci ,

Je répondrais que cela n'excuse ni n'affranchit notre Italie , parce que l'éducalion peut toujours suppléer aux défauts de la nature.

C'est une forte éducation qui jadis rendit l'Italie si florissante; c'est elle qui lui donna l'audace d'étendre sa domination sur l univers entier.

Maintenant cette même nation vit ( si l'on peut appeler vivre, verser toujours des pleurs) accablée sous le sort et les désastres que lui a mérités sa longue oisiveté.

La LAcheîé, ainsi que les autres compagnes de l'Ambition, sont les plaies qui ont éteint tout germe de vie dans les diverses provinces de l'Italie.

Laisse là les querelles fraternelles de Sienne , ô Luigi, et tourne tes regards vers ces lieux et parmi ces nations étonnées et plongées dans l'affliction :

Tu verras l'Ambition se servir d'une double industrie; tu verras l'un dérober, et l'autre se plaindre de voir ses biens enlevés et dispersés.

Quiconque veut voir tous les maux des autres hommes n'a qu'à jeter les yeux sur ces contrées ; et qu'il regarde si le soleil a jamais éclairé tant de barbarie.

L'un pleure son père expiré, celle-ci son époux; l'autre, tout affligé, se voit arracher nu de son lit par la force, et accabler de coups.

Combien n'a-t-on pas vu de fois le père, qui pressait son fils entre ses bras, expirer avec lui , le sein percé tous deux du même coup !

Celui-ci abandonne le berceau paternel, accusant les dieux de cruauté et d'ingratitude, et traînant avec lui sa famille désolée.

0 exemples que jamais le monde n'avait offerts ! chaque jour voit naître des enfants arrachés par le fer du sein de leurs mères expirantes !

POESIES DIVERSES

La mère, noyée dans les larmes et marchanl dcrrièi-e sa fille, s'écrie : «A quel malheu- «reiix hymen, à quel cruel époux l'ai-je réaservée!»

Les ruisseaux, les fossés sont souillés de sang et remplis de lélos, de jambes, de mains et de membres déchirés et mutilés!

Les oiseaux de proie, les bêles féroces, les chiens avides sont maintenant devenus leurs tombeaux paternels. 0 tombeaux cruels, exécrables et étranfjes !

Tous les visasses portent l'empreinte de Tépoavanle et de la pâleur, et sont semblables à celui d'uu homme qui, tout effrayé, rej<îarde d'un œil immobile les nouveaux dangers qui le menacent, ou qu'une peur soudaine vient de saisir.

Partout où le regard s'arrête il voit la terre inondée de sang et de larmes; partout l'air retentit de hurlements, de sanglots et de gémissements !

Si quelqu'un dédaigne d'apprendre d'autrui comment il faut en agir avec l'Ambition , le triste exemple de ces infortunes le lui enseignera assez.

Pui.sque l'homme ne peut de lui-même la bannir, un esprit sage et sain doit voir qu'il faut lui donner pour compagnons à sa suite l'Ordre et le Courage.

Saint-Marc a connu à ses dépens, et peut-être trop lard, qu'il faut tenir en main l'épée et non le livre.

Auirement on .se fatigue en vain, la plupart du temps, pour conserver l'empire; et plus on acquiert, plus on perd vite et avec plus de honte.

Si donc un événement soudain et inattendu frappe tout à coup les yeux, et jette le trouble et la terreur dans tous les cœurs,

11 ne faut point s'en émerveiller, parce que la majeure partie de ce bas monde est gouvernée par la Fortune.

Hélas! tandis que mon esprit et mes paroles se plongent dans les malheurs d'auirui , je me sens oppressé par une crainte bien plus grande :

J'apprends que l'Ambiiion, avec cette escorte cruelle que le ciel lui donna en partage à la naissance du monde, a dirigé son vol vers les monts de laTo.scane,

Et qu'elle a déjà allumé tant d'étincelles par-

mi les habitants de cette malheureuse contrée, toujours si pleine d'envie, qu'elle brûlera et leurs villes et leurs campagnes , si la miséricorde du ciel , ou un meilleur ordre, ne parvient à étouffer cet incendie.

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