CHAPITRE PASTORAL
Tandis que , protégé par l'ombrage de ce laurier, je vois paître mon troupeau autour de moi, je veux commencer une plus haute entreprise.
Pipeaux harmonieux, si jamais vos accents ont pu attirer les rochers, faire marcher les arbres, arrêter les fleuves et imposer silence au souffle des vents ,
]\ionlrez aujourd'hui tout ce que vous valez; que la terre charmée reste dans l'admiration, et que le ciel se réjouisse de nos chants.
Une autre voix et d'autres vers que les miens seraient sans doute nécessaires; car pour louer dignement une beauté au.ssi éclatante, il faut un esprit plus élevé que re mien.
Il convient en effet , pour célébrer les louanges d'un jeune homme divin et qui n'a rien de terrestre, dont toutes les actions .sont élevées et les mœurs célestes, il convient d'être plus qu'un mortel.
0 Phébus , éclaire-moi de tes rayons ; et ,si jamais tu fus sensible aux prières d'un mortel, viens dissiper aujourd'hui les ténèbres de mbn esprit.
Je vois ton front divin qui brille aujourd'hui d'une splendeur plus éclatante que de coutume; aucun souffle , aucun nuage ne dérobe l'éclat du jour.
0 divin Apollon, soutenu par ta céleste influence et la force sacrée , je veux pa.sser tout ce jou;- à faire honneur à ton Hyacinthe.
Hyacinthe, c'est ton nom que j'ai coutume de célébrer; et pour le faire vivre dans la mémoire de tous les mortels , je me plais à le graver sur chaque tronc , sur chaque rocher.
J'y grave également les charu)es de ta beauté divine, et tes actions, capables de combler de gloire quiconque seulement ies raconte ou les écrit.
Le ciel voulut signaler sa puissance quand il
CHAPITRES ou POÉSIES MORALES. — CHAPITRE PASTORAL. Ilù
Je vois toutes les vertus réunies en toi. Faut-
nous fît in don aussi merveilleux, quand il nous fitei trer ainsi en partage de ses plus rares beaulés.
Quel e ,t l'éclat qui ne s'éclipse devant le tien, lorsque d'abord on regarde cette chevelure digne de toutes les couronnes et de tous les diadèmes.^
Lorsque Ion contemple ensuite attentivement la splendeur qui règne sur ce front, nous y voyons éclater toute la puissance de la nature.
Voyez comme chez lui tout répond à ces dons précieux; écoutez ensuite cette douce voix, dont les accents éloquents peuvent donner la vie au marbre et à la pierre.
La terre sourit partout où tu portes tes pas , et l'air se réjouit partout où il est frappé des sons harmonieux de ta parole.
T'éloignes-tu : l'herbequi fleurissait se sèche; elle semble s'affliger de ton départ; et l'écho se plaint de ne plus entendre tes accents.
Il ne manque pas même à tant de vertus dignes d'être célébrées une vertu qui les met en relief: c'est ce désir naturel d'acquérir la renommée, qui sera pour toi la source d'une gloire certaine.
Aussi, {jrand Jupiter, puissé-je, au milieu de toutes les trompettes de la Renommée qui vont le célébrer, faire entendre à mon tour les sons de mes pipeaux rustiques.
Tous les pasteurs qui habitent au sein de ces forêts , sans faire attention à ton âge si tendre encore , ont remis en tes mains tous leurs différends.
Usant avec art de ton esprit et de ton influence, tu sais, par divers moyens et d'innocents artifices , les renvoyer joyeux au sein de leurs bergeries.
Entends-tu parler d'un berger que la fortune ennemie ou que l'amour ait rendu malheureux : tu sais par tes douces paroles lui rendre le bonheur.
Tu ne te contentes pas d'être la gloire des pasteurs; mais, semblable aux dieux qui les habitent , tu es l'ornement de nos bois.
Ne vous affligez donc plus si Diane fixe son séjour dans le ciel , ô forêts ; ne vous inquiétez plus si Apollon va de nouveau garder les troupeaux d'Admète ;
N'appelez [)!u.s ni le fils d'Hercule, ni Géphale ni Atalante : car vous êtes avec Hyacinthe bien plus contentes et plus heureuses.
il s'en étonner, puisque ta naissance n'a pu être l'ouvrage d'un .seul dieu?
Lorsque le ciel voulut te créer, le premie^' soin en fut confié à Vulcain, afin que tu fusses plus beau, p!us agréable et plus riant.
A peine Jupiter t'eut-il vu naître, que Ganimède craignit un moment pour lui eu apercevant la joie qui éclata sur son front divin.
Alors Minerve renferma dans cette argile mêlée d'eau un esprit tel que ni le temps ni l'étude ne pourraient en former un semblable.
Vénus ensuite réunit autour de ton visage ses grâces immortelles; et elle prononça ces paroles : «Tu vivras pour être chéri des pasteurs oet pour les rendre heureux.»
Les Heures, toutes joyeuses, s'empressèrent de cueillir de blanches violettes, et répandirent sur toi leurs sucs colorés et leurs parfums embaumés.
L'indomptable Mars, pour ajouter encore à l'éclat de ta gloire, mit dans ton sein généreux un cœur pareil à celui de César et des plus illustres guerriers.
Mercure te doua de la prévoyance ; et ce don te permet douvrir ou de fermer à ton gré la porte à la bonne fortune et aux chagrins soucieux.
Junon, sous les dépouilles d'un simple mortel , plaça une âme digne de commander aux plus puissants empires, et Saturne t'accorda les ans de Nestor.
Céleste produit des dons de tant de divinités , daigne me recevoir parmi tes sujets les plus fidèles , si tu ne rougis pas d'avoir un pareil serviteur.
Si je puis croire que mes chants te plaisent, ces vallons et ces collines ne cesseront de retentir de tes glorieuses louanges.
Toutes les pensées de mon âme sont tendues avec tant de force vers le désir de te plaire que mon seul besoin est de t'obéir ; tout ton soin doit être de commander.
Quoique je sois né au milieu de ces pasteurs grossiers, je sais élever mon vol bien plus haut que de coutume lorsque je parle de toi.
Tes yeux me verront encore prendre un essor plus hardi , si je puis penser que lu me voies avec plaisir venir réciter tes louanges.
Mais ce n'est pas là le seul don que j'ose t'of-
POESIES DIVERSES
frir : vois-tu ce troupeau? il est ù toi ; ces pauvres brebis t'appartiennent encore
Mais voici déjà presque l'heure où les aninnaux demandent à prendre du repos; la seule chauve-souris se montre dans les airs.
Je renfermerai donc l'amour que je porte dans mon cœur, et j'irai avec mon troupeau retrouver mon humble chaumière, espérant revenir un jour, plus [glorieux et surtout plus satisfait, pour chanter tes louaDges.