SCÈNE m
FRERE TIMOTEO, UNE FEuar£.
TIMOTEO. Si vous voulez vous confesser, vous n'avez qu'à dire.
LA fem;>ie. Non , pas pour aujourd'hui : on m'attend, et il me suffit de m'être im peu soulagée tout en courant. Avez- vous dit ces messe de Notre-Dame?
TIMOTEO. Oui , ma chère sœur.
LA FEi>iME. Tenez , voilà un florin : vous direz tous les lundis, pendant deux mois, la messe des morts pour l'àme de mon mari. Encore qu'il ne fût pas trop bon, la chair est toujours faible, et quand parfois j'y pense , je ne puis faire que je ne sente là quelque chose. Mais croyez-vous qu'il soit en purgatoire?
TIMOTEO. Sans nul doute.
LA FEi>niE. Je ne voudrais pas en répondre : vous savez ce qu'il me faisait quelquefois. Oh 1
12 OUVRAGES DRAMATIQUES
combien je m'en suis plainte à vous ! Je m'éloignais autant que je pouvais, mais il était si importun, hélas! Seigneur, mon Dieu !
TiMOTEO. Tranquillisez-vous: la miséricorde de Dieu est grande, et quand la volonté de se repentir ne manque pas à l'homme, le temps ne lui manque jamais.
LA FEMME. Croycz-vous que le Turc passe cette année en Italie.^
TiMOTEO. Oui assurément , si vous ne faites pas dire des prières.
LA FEMME. Ah ! Ic bon Dieu nous assiste ! J'ai grand'peur de ces diables-là qui vous empalent les pauvres femmes. Mais j'aperçois dans l'église une fille qui a du lin à moi : je vais lui parler. Je vous souhaite le bonjour.
TIMOTEO. Allez , portez-vous bien.