‹ Œuvres complètesChapitre 192 sur 323 · DESCRIPTION DE LA · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA

lant d'années eussent dû me faire croire qu'il était presque impossible qu'elle s'accrùr. En second lieu, s'il est vrai que la nuiltiplicilé des occupations et leur variété donnent quelque distraction à l'esprit, j'avouerai que, privé aujourd'hui de la conversation d'un grand nombre d'amis, je ne sens que trop profondément le vide immense que laissent dans mon âme le souvenir et le regret d'un ami tel que vous, et le besoin que j'ai de votre société. Privé, comme je le suis , de mes autres amis, c'est maintenant que j'éprouve combien il est pénible d'avoir entièrement perdu un plaisir dont je n'avais regretté jusqu'à ce jour que la privation momentanée.

Non-seulement je vous ai perdu, ainsi que mes amis les plus chers, mais je ne retrouve même plus mes simples connaissances : i\ peine, lorsque je les rencontre, m'est-il permis de les saluer; et, en vérité, si le peu de personnes que j'aperçois ne me montraient pas le costume du pays, je me croirais étranger au milieu d'une autre cité.

Puisque le ciel, en nous envoyant le mortel fléau de la peste, ne nous permet plus, unique et cher compère, de repaître nos oreilles de ces agréables conversations et nos yeux de ces charmants objets qui savaient si bien autrefois adoucir tous nos chagrins , ne nous privons pas encore du plaisir de nous entretenir par lettres : ce n'est pas une médiocre consolation au milieu des misères humaines. Instruit par expérience du plaisir qu "éprouve celui qui est éloigné de son pays à en apprendre les nouvelles les plus minutieuses, j'ai voulu vous écrire tout ce que mes yeux infortunés et noyés encore dans les larmes ont vu dans notre illustre cité. Quoique la matière qui fait l'objet de ma lettre soit de nature à vous affliger profondément, ce doit être pour vous une grande consolation de vous voir éloigné d'un lieu qui offre tant de dangers; et j'espère en outre que l'assurance que je suis encore en vie, quoiqu'on vous ait peut-être dit que j'étais mort, adoucira votre mélancolie et ki autres chagrins qui peuvent vous assiéger.

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