I LETTRE DE CRÉANCE
i AUX ILLUSTRES ET EXCELLENTS SEIG^IECRS. CATIIEKISF. SFCRZA, VICOMTESSE, ETC., ET OTTAVIANO DE P.l\- RIO, SEIGNEURS d'IMOLA ET DE FORLI , NOS TRES- CHERS AMIS.
I Illustres et excellents seigneurs et très-chirs ■ amis, nous envoyons auprès de Vo^ Excellences i Nicolas Macchiavelli, notre collègue et noire sc- ' crétaire, et nous lui avons prescrit d'exposer plu- ; sieurs choses en votre présence. Nous vous prions j d'avoir la même confiance en ses paroles que si nous I les prononcions nous-mêmes. Benè valete. i De notre palais, le 12 juillet 1499.
1 Les Prieurs de la liberté et le Gonfalonier de justice I du peuple florentin, Mabcellw
LEGATIONS ET MISSIONS.
CORRESPONDANCE
LETTRE PREMIÈRE
MAerriFici et excelsi domiwi , domini mei
SmCULARISSlMI ,
Je suis arrivé ici hier , vers la vingt-deuxième heure, et je me suis rendu immédiatement chez le capitaine général, pour lui faire connaître les intentions de vos seigneuries relativement à la poudre, aux boulets et au salpêtre. Il m'a répondu que les boulets de tout calibre qui s'y trouvaient y avaient été envoyésl'année dernière pour faire le siège de Vico; et que la poudre qu'y avaient laissée les Français, à la quantité de quinze ou vingt livres seulement, avait été détruite il y a deux ans par le tonnerre qui y mit le feu, et que son explosion avait renversé la partie de la citadelle oii elle avait été déposée. J'ai ensuite envoyé chercher Faragano pour avoir des renseignements sur le salpêtre, suivant la commission qui m'avait été donnée par l'intendant de vos seigneuries. Il m'a répondu qu'il n'en avait que cent livres ; mais qu'il connaissait dans le pays un de ses amis qui possédait environ six cents livres de poudre ; et quoique celte quantité soit bien peu de chose, j'ai cru toutefois devoir l'envoyer à vos seigneuries par le porteur de la présente , pour ne pas faire un voyage inutile. Je vous prie de vouloir bien lui en faire compter sur-le-champ la valeur, parce que je lui ai promis qu'on le payerait sur le pied de quarante florins le millier. On a ensuite pesé la poudre : il s'en est trouvé cinq cent quatre-vingt-sept livres. Le voiturier qui la transporte se nomme Tommaso di IMazolo. Vous en acquitterez sans délai la valeur, parce que je le lui ai promis; de mon côté, j'ai donné pour les frais de transport une somme de huit florins et trois sous.
Quant à ce qui s'est passé entre ser Guerrino del Bello et notre commandant, relativement aux tentatives de ce dernier pour arrêter Marcnionne Golferelli , ainsi qu'à tous les autres événements qui ont eu lieu ici, voici ce que j'ai pu recueillir de personnes de différentes conditions, et ce que je crois être la vérité. Les
prédécesseurs de vos seigneuries ayant écrit aq commandant d'ici que l'on avait quelque crainte que Dionigi Naldi ^ n'cntrùt pendant la nuit dans le pays pour insulter la famille de Corbizo, et qu'on soupçonnait un certain 'individu, nommé Marchionne Golferelli, de favoriser son complot, le commandant résolut de raeitre la main sur ce Marchionne. Déjù ses sergents l'avaient presque amené jusque dans la cour du palais, lorsqu'il fut enlevé par deux de ses parents qui se sont réfugiés avec lui à Forli ; et comme ils se sont mis dans l'idée que cette injure avait été suggérée par les membres de la famille de Corbizo, ils ont rompu la trêve qui existait depuis assez longtemps entre eux et ces derniers.
Quant à l'affaire de ser Guerrino, j'ai clé trouver le Rello son père : il ne cherche point à excuser la désobéissance de son fils ; mais il se plaint de la dureté avec laquelle le commandant avait exigé qu il renvoyât de chez lui, pendant la nuit , quatre de ses parents et amis auxquels il avait donné asile. Cette rigueur lui est d'autant plus pénible, qu'il croit avoir mérité assez de confiance pour qu'on ne puisse en aucune circonstance douter de sa fidélité. Il ajoute que pendant que l'ennemi se trouvait dans le voisinage, lui-même a plusieurs fois donné asile à plus de trente de ses amis à la fois, et que jamais aucun commissaire ne lui a fait le moindre reproche. En conséquence, il se recommande, lui et son fils, à vos seigneuries. Ce Bello, d'après ce que m'ont dit l'archiprêtre Faragano et plusieurs habitants de l'endroit, est un homme sage et pacifique qui n'a jamais favorisé aucun parti , et qui passe plutôt pour un médiateur de paix que pour un fauteur de troubles.
Si l'on examine les dispositions du pays en général, il me semble qu'il vit dans l'union, et qu'il n'existe entre ses habitants aucune cause apparente de discorde. Depuis que Corbizo est mort, il pourrait bien se trouver quelques personnes qui auraient envie d'obtenir la même influence; mais si ces prétentions ne sont point nourries par ceux qui y ont intérêt, il n'en résultera aucun inconvénient : seulement, il est à craindre que Dionisio Naldi, appuyé par madame Catherine, n'essaye de faire aux habitants quelque mauvais parti. Quoiq'ie la comtesse
* Dionigi di Naldi de Berz>guella était chef de la vallé?, de LamoDa.