‹ Œuvres complètesChapitre 205 sur 323 · LÉGATION AUPRÈS DE LA COMTESSE DE FORLL · texte numérisé non relu

LÉGATION AUPRÈS DE LA COMTESSE DE FORLL

•où en bonne iniolli^îenceavec vos seigneuries, on n'ose trop s'y fier, et les habitanls de la ville et des environs sont dans des alarmes toujours renaissantes. Hier, en effet, quinze ou vin^ît arbalétriers de ses troupes sont venus dans un endroit nommé SaUilare, éloigné d'ici d'environ un mille, et qui dépend de votre juridiction : ils ont blessé trois habitants, et en ont emmené un prisonnier après avoir pillé sa maison. Chaque jour ils commettent de semblables excès; et je puis certifier à vos seigneuries qu'hier plusieurs gens de la campagne m'ont dit en pleurant ces propres paroles : «Nos sei- « gneursont trop d'affaires sur les bras: ils nous « ont totalement abandonnés. »

Vos seigneuries, dans leur profonde sagesse, prendront sans doute en celte circonstance les mesures les plus propres à sauver l'honneur de la république et à donner satisfaction à des sujets aussi fidèles que le sont ces malheureux.

Voilà tout ce que jai à vous dire. Je pars à l'instant pour Forli, où je vais exécuter les ordres que j'ai reçus de vos seigneuries, auxquelles je me recommande trèb-humbleraent. Quœ féliciter valeant.

De vos seigneuries ,

Le très-humble serviteur, IN. INlACcniiVELii.

De Castrocaro , le 16 juillet 1499.

LETTRE II

H.VGmriQCES ET TRÈS-HAUTS SEIGI^ETJRS ,

J ai écrit hier matin de Castrocaro à vos très-hautes seigneuries ce que j'avais fait relativement à la poudre, aux boulets, au salpêtre et aux affaires de ce pays, etc. Je suis arrivé ensuite le même jour de bonne heure à Forli; et comme l'illustre comtesse était occupée à expédier quelques affaires, je n'ai pu obtenir mon audience que vers la vingt-deuxième heure. Il n'y avait de présents que sa seigneurie et messer Giovanni da Casale, chargé d'affaires du duc de Milan , attendu que le seigneur Oïlaviano, son fils, était allé en partie de plaisir à Fiirlimpiccolo. M'étant donc présenté devant Son Excellence, je lui exposai la commission de vos trèshautes seigneuries, usant de toutes les expres-

sions les plus convenables pour lui prouver d'abord h quel point vous désiriez qu'il vînt un temps où vous pussiez reconnaître autant qu'il dépend de vous, par des effets, combien vous attachez de prix à récompenser la conduite de ceux qui ont servi la république avec fidélité, et qui ont partagé sans licsiiaiion ses diverses fortunes, comme l'avait toujours fait Son Excellence; j'ajoutai que, si le refus d'accepter ses services pa? raissait contraire à cesasserlions; quesi en outre vous aviez contesté à ses agents que vous fussiez obligés et tenus aux conditions de son engagement annuel. Son Excellence pouvait être certaine, quant au premier point, que cela ne provenait, comme vos très-hautes seigneuries le lui avaient assuré plusieurs fois dans leurs lettres, que de l'impuissance où se trouvait la république de contracter un nouvel engagement au milieu des mesures onéreuses qu'exigeait voire propre sûreté. Quant à notre désir de prouver à sa seigneurie que nous n'étions point obligés d'ob^ server les conditions de rengagement, je lui exposai que votre intention n'avait jamais été de vous refuser à rien de ce qui pouvait lui élre agréable , et que l'importance que vous attachiez à la convaincre que vous n'aviez contracté aucune obligation envers elle n'avait d'autre objet que de lui faire comprendre que la nécessité même des temps ne pouvait vous contraindre à lui proposer un nouvel engagement , et que vous y étiez seulement déterminés par l'afieclion que vous lui portiez à cause des services qu'elle avait rendus à la réi)ublique. Je lui fis observer que vos seigneuries m'avaient envoyé vers Son Excellence pour lui signifier que, quoiqu'elles n'y fussent point obligées, cependant , dans l'intention de reconnaître sa bonne conduite envers leur cité, elles consentiraient volontiers à renouveler l'engagement du seigneur Ottaviano, son fils, mais qu'elles ne pouvaient, attendu le grand nombre de troupes qu'elles sont forcées d'avoir à leur solde, traiter avec lui que sur le pied de paix , ei lui accorder |)()ur cette année qu'un traitement de dix mille ducats. Je m'efforçai de faire sentir à Son Excellence, par toutes les raisons que je crus les plus convaincantes, que cet engagement lui était avantageux, et je la pressai de mettre par son acquiestemeni le comble à tout ce que nous lui devions déjà. Je terminai en lui disant que le temps ferait voir

LEGATIONS ET MISSIONS.

qu'ellen'av.Tîf pointobliffédes ingrats, et qu'elle n'aurait point à se repenlir d'avoir ajouté ce nouveau service ù ceux qu elle nous avait déjà rendus.

Son Excellence me répondit que vos trèshautes seigneuries Pavaient toujours satisfaite en paroles, mais qu'elle était bien loin d'avoir également à se louer des actions ; que jusqu'à ce moment elle n'avait eu en retour rien qui fût une compensation de ses services; que cependant , comme elle savait que la reconnaissance était une des venus les plus réelles de notre gouvernement, elle ne pouvait croire que vous commençassiez par elle à vous montrer ingrats envers une alliée qui , depuis bien longlemps, avait plus fait que tous vos autres adhérents en abandonnant, sans y être réduite, ses états en proie aux Vénitiens, ses voisins et ses plus redoutables ennemis; qu'elle voulait bien se contenter de l'espérance que vous lui donniez; que son intention n'était pas de disputer pour savoir si vos très-hautes seigneuries étaient tenues de lui accorder ou non l'engagement dont il s'agit ; mais qu'elle demandait du temps pour répoudre aux offres qui lui étaient faites , parce qu'il était imprudent de prendre une résolution subite à l'égard d'une proposition que vous aviez longtemps délibérée dans votre sagesse. Je lui répondis alors de la manière que je crus la plus convenable; et l'ayant priée d'expédier promptement mon affaire, je pris congé de Son Excellence.

Aujourd'hui, vers la seizième heure, messer Antonio Baldraccani, premier secrétaire de Son Excellence, est venu me trouver pour me dire de sa part que, quatre ou cinq jours auparavant, le duc de Milan lui avait écrit pour la prier de lui envoyer cinquante hommes d'armes et cinquante archers à cheval ; que Son Excellence avait écrit à ce sujet à vos très-hautes seigneuries, samedi passé, et qu'elle n'avait point encore reçu de réponse. 11 ajouta qu'aujourd'hui .nème elle avait reçu une nouvelle lettre du duc de Milan , dans laquelle il lui disait que , puisqu'elle n'avait pu s'arranger avec les Florentins pour l'année de son engagement , il lui convenait de consentir à entrer à son service, aux mêmes conditions et au même prix qu'elle avait traité l'année dernière avec vos très-hautes seigneuries. Le même secrétaire m'a rap-

porté encore que l'on avait reçu hier au soir des le! très du ctu'é de Cascina portant nue huit députés , membres du conseil des quatrevingts , lui avaient laissé entendre que l'on voulait réengager le seigneur Ottaviano sous deux conditions : la première, qui était celle que j'avais été chargé d'exposer à Son Excellence ; la seconde, qu'elle consentît à hypothéquer ses propres états : condition A laquelle le curé avait fait sentir A ces députés que jamais la comtesse n'adhérerait. Le secrétaire ajouta en outre que Son Excellence , hésitant sur le parti qu'elle devait prendre, ne pouvait par conséquent me donner une réponse définitive; que son indécision provenait de ce qu'il lui semblait que ce serait faire tort à elle-même , ainsi qu'à son fils, si elle acceptait les conditions que vous lui avez offertes; car. en voyant que vous augmentez les avantages de ceux qui vous ont rendu de moins grands services qu'elle , tandis que vous diminuez les siens, elle était forcée de croire que vos très-hautes seigneuries faisaient peu de cas d'elle , et ne voulaient jamais lui donner que des paroles ; que d'ailleurs elle ne savait comment s'excuser auprès du duc de Milan d'avoir accepté des conditions aussi peu honorables que les vôtres, et rejeté ses offres oii l'honneur et l'avantage se trouvaient réunis ; qu'elle se croyait engagée envers ce prince , auquel elle était liée par le sang et par les nombreux services qu'elle en avait reçus; que c'était ce qui la tenait en suspens; mais que je n'avais quà en écrire à vos très-hautes seigneuries, afin qu'elles pussent me donner les instructions convenables.

J'ai répondu à la première partie de cette communication, relative à la demande de troupes ei aux autres offres faites par le duc de Milan, que vos seigneuries n'ayant eu avant mon départ pour Forli nulle connaissance de cette demande, vous n'aviez pu me donner aucune instruction sur ce point; que par conséquent je n'avais pas le moindre pouvoir de mon côté pour y répondre; que tout ce queje pouvais faire était d'en écrire à vos seigneuries et d'en attendre la réponse. A l'égard de ce qu'avait écrit le curé de Cascina relativement à l'hypo-

i thèque sur ses Étals, je lui répondis que je n'en savais absolument rien , et qu'il serait bien éton-

! nant, si rpla avait été mis en délibération avant

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