LÉGATION AUPRÈS DK LA COMTESSE DE FORLL
quelques avantajjes pour son service passé , ou si elles consentent à auj^menler les conditions nouvelles , elle nous conservera son amitié ; car je vois chaque jour, par les preuves les plus évidentes, qu'on ne peut être plus affectionné qu'elle pour la république. J'ai cru devoir entrer dans tous ces détails avec vos seigneuries, afin qu'elles puissent mieux examiner ce dont je leur ai donné avis par ma lettre d'hier. Quœ féliciter valeant.
De vos très-hautes seigneuries, Le très-humule serviteur, N. -Macchiavelli.
De Forli, le 18 juillet 1499.
P. S. Les lettres pour Leonardo Strozzi , qui sont ci-jointes , sont celles que la comtesse Catherine fait écrire pour l'affaire du salpêtre.
P. S. Un secrétaire de la comtesse est venu me trouver et m'a dit, de la part de Son Excellence, qu'on peut lever deux sortes de troupes dans ses états. L'une est un corps de quinze cents hommes qu'elle a armés pour s'en servir selon le besoin. Elle ne pourrait mettre de ceuxlà à la disposition de vos seigneuries qu'autant qu'on leur donnerait la paye pour un mois entier : elle les payerait elle-même , et s obligerait à répondre de tous ceux qui ne serviraient pas durant tout le mois; elle demande dix-huit livres par homme. Si donc vos seigneuries désirent de ces troupes, elles n'ont qu'à envoyer quinze cents ducats pour cinq cents hommes, et la comtesse prend l'engagement de fournir dessoldats d'élite bien armés et de les envoyer sur-lechamp. Elle a encore dans ses états d'autres hommes accoutumés à aller servir partout, m;ns ils ne sont pas enrôlés par elle : elle vous laisse libres de vous en servir et de les payer suivant les prix dont ils conviendront avec vous. Vos seigneuries prendront, dans leur haute sagesse, le parti quelles jugeront le plus convenable ; et j'exécuterai leurs ordres avec tout le zèle possible. Heriim valeant ; die quâ in litteris.
LETTRE IV
MACniFIQUES ET TRÈS HADTS SEIGTCEURS,
Le 17 du courant j'ai écrit à vos seigneuries. par le messager Ârdingo, que l'illustre comtesse était indécise sur le parti qu'elle devait prendre,
parce que, d'un côté, vous vouliez diminuer son nouvel engagement, et que, de l'autre, le duc de Milan lui a offert de traiter avec elle aux conditions précédentes ; qu^elle avait exigé que je vous en donnasse connaissance, afin que vos seigneuries n'ignorent rien, qu'elles aient quelques égards pour son honneur, et qu'elles la traitent selon ses services, etc. On attend votre résolution avec la plus vive impatience. Comme elle ne m'est point encore parvenue, j'ai cru urgent de dépêcher le porteur de la présente pour vous prier de répondre prom.plement, si vous ne l'avez point fait encore , et de me faire parvenir vos ordres définitifs, afin que, concluwit d'une façon ou d'autre , je puisse retourner aux pieds de vos seigneuries. Pour contenter la comtesse il suffirait, je pense, premièrement, de lui donner l'assurance que ses anciens services seront récompensés, car c'est une des plus grandes causes de son mécontentement ; en second lieu , d'augmenter le traitement de cette année et de le porter à douze mille florins : tel est du moins mon avis. 11 est vrai que je puis me tromper ; car Son Excellence, en se retranchant toujours dans ce qu'elle regarde comme son honneur, n'a jamais dit positivement qu'elle renonçait aux ofires du duc de Milan ; et d'ailleurs il est extrêmement difficile de juger si ses affections la font pencher plutôt vers le duc de Milan que vers noire république.
D'abord , je vois sa cour remplie de Florentins , entre les mains desquels on peut dire que se trouvent presque toutes les afiaires de lE'.at; en second lieu , je la vois naturellement portée pour notre cité; elle montre un vif désir d'en être aimée, et j'en aperçois chaque jour des preuves irrécusables. D'ailleurs, ayant un fils de Jean de Médicis, des biens duquel elle espère obtenir l'usufruit, elle doit s'attendre chaque jour à en avoir la tutelle. Enfin , et c'est ici le point essentiel, elle voit le duc de Milan au moment d'être attaqué par le roi de France, et elle ne sait quelle sûreté elle pourrait trouver à s'attacher à lui dans les circonstances présentes : Son Excellence le sent parfaitement ; et c'est ce qui me fait croire qu'elle se décidera à accepter nos propositions même les plus restreintes. D'un autre côté , je vois auprès de la comtesse messer Giovanni da Casale , chargé d'affaires du duc de
LÉGATIONS ET MISSIONS
Milan , jouir ici d'un grand crédit et p;ouverner tout: ce qui est d'un j^rand poids , et peut aisément faire pencher l'esprit indécis de la comtesse du côté qu'il voudrait. Certainement si, comme je l'ai dit , la crainte du roi de France n'intercédait pour nous, je crois qu'elle ne balancerait pas à nous quitter, même à des conditions égales, d'autant plus qu'elle ne croirait pas rompre, à cause de la bonne amitié qui existe entre nous et le duc de Milan. Mon motif, en vous faisant cet exposé , a été de faire connaître à vos seigneuries ce qui rend Son Excellence indé'ise. et de vous mettre en état de prendre une V ésolution définitive dans le cas où vous ne l'aur/t . point fait encore. Son Excellence l'attend avec la îkis vive impatience , car chaque jour le duc ne i r>se de la tourmenter.
Hier on a passé la revue de cinq cents hommes d'infanlerif . que la comtesse envoie au duc de Milan, sous la conduite deDionigi Naldi; deux jours avant on avait également passé en revue cinquante arbalétriers A cheva! destinés pour le même prince. Ils doivent partir après demain, ou le jour suivant, avec un secrétaire du duc arrivé ici il y a trois jours pour les lever et les payer. Je crois que vos seigneuries ont changé d'idée relativement à l'infanterie que vous vouliez obtenir de Son Excellence; ce qui est le parti le plus sage, puisque vous avez pu la tirer d'ailleurs avec moins de peine. Toutefois, si vos seigneuries en avaient encore besoin , vous auriez des soldats fidèles et bien disciplinés et prêts à partir sur-le-champ ; mais il faut envoyer l'aqjent nécessaire pour la paye d'un mois entier, ainsi que je l'ai mandé par ma dernière à vos seigneuries , auxquelles je ne cesse de me recommander.
De vos très-hautes seigneuries, Le très-humble serviteur, N. Macchiavelli.
lîeForli, le 22 juillet 1499.
LETTRE V