TRÈS-MAGNIFIQUES 2T TUÈS-HAUTS SEIGNEURS
Trouvant que votre réponse à ma lettre du 17 éprouvait un bien long relard, je venais hier de vous écrire et de vous dépêcher un messager lorsque Ardingo, courrier de vos seigneu-
ries, arriva avec vos dépèches du 19 et du 2v du courant. Après avoir pris connaissance de leur contenu . j'allai trouver la comtesse Catherine, et je lui exposai . dans les termes que je crus les plus convenables, ce que vos sei gneuries me prescrivaient à l'égard des propositions que lui a faites le duc de Milan,- Je l'informai ensuite des offres que vous lui faisie; pour la satisfaire ; je lâchai de lui fiùre entendre que certainement vous ne manqueriez jamais à ce qui peut tourner îi l'honneur , à l'avantage ei à la sûreté de Son Excellence, n'employant que les raisons que je crus nécessaires et les plus propres à la persuader. Elle me répondit qu'elle n'avait d'autre espoir que dans vos seigneuries; que la seule chose qui lui fit de !a pein>. dans cette affaire , c'était le déshonneur qu'elle craignait d'encourir , et les égards qu'elle croyait devoir témoi{jner envers son oncle h que, connaissant toutefois les dernières volontés de vos seigneuries, elle tâcherait de prendre une prompte résolution et d'écarler,, autant qu'il dépendrait d'elle, toutes les difficultés qui pourraient s'y opposer.
Après lui avoir répondu comme il convenait, et l'avoir entretenue quelque temps de la lettre de vos seigneuries, du 19, relative aux outrager conuTiis envers quelques citoyens de la repu blique, je quittai immédiatement la comtesse, en la priant de vouloir bien prendre une prompte détermination.
Dans le courant de la journée messer Baldraccani est venu me trouver; et après m'avoir présenté les excuses de la comtes.se sur ce qu'elle ne me faisait pas connaître de vive voix ses dernières volontés, ce qu'il a attribué à une indisposition de Son Excellence, et à l'inquiétude mortelle où l'avait plongée une maladie i .<;rave qui venait d'attaquer son fils Lodovico , qu'elle a eu de Giovanni de Médicis , il m'a ex-' posé de la part de la comtesse qu'elle ne se, repentait pas de s'être jetée, sans avoir plus égard à rien , entre les bras de vos seigneuries: . qu'elle voulait toujours mettre en vous ses espérances et son appui; qu'elle consentait •.; i accepter l'engagement sur le pied de paix aux I conditions offertes dans les dernières lettres de vos seigneuries , c'est-à-dire pour douze mille
! ' Louis le More, duc de Milan. '
LÉGATlOi^ AUPRÈS DE LA COMTESSE DE FORLl. 173
lucats. Mais, afin de justifier sa conduite aux eux de tout le monde , et sauver autant que ;Ossible rtionneur et la réputation de son gouernement, il ma dit que sa maîtresse désirait ue vos saigneuries contractassent l'obligation i ie défendre , protéger et maintenir Tintégra- i ité de ses états; qu'elle était bien persuadée i jue telle était l'intention de vos seigneuries, et [uïl n'était pas nécessaire d'exiger une sera- j îlable condition ; mais que cependant elle dési- j •ait vivement , pour sa propre satisfaction , vous j ievoir celte nouvelle faveur; qu'elle savait que | 'ous ne la lui refuseriez pas, puisqu'elle ne ! )0uvaiL vous causer aucun préjudice, tandis |u elle lui ferait le plus grand honneur.
«Son Excellence,» a-t-il ajouté, «demande len outre une indemnité quelconque, sinon •-pour la totalité, du moins pour une partie de ison ancien service. Elle en a besoin pour subi venir à plusieurs dépenses extrêmement urj génies; elle ne croit pas que les charges que «vous avez à supporter soient assez pesantes «pour vous empêcher de consentir à cette deamande, et elle me somme expressément d'en «écrire à vos seigneuries, et de les presser de oiui répondre.»
Sur le premier point , c'est-à-dire sur l'engajjement pour un an, j'ai répondu de la manière la plus amicale qu"il m'a été possible, et j'ai dit que l'opinion que la conaîesse avait de notre république ne ferait que s'affermir par Tespérience; ensuite, quant à l'obligation qu'elle exigeait, j'ai répondu que je la croyais superflue par I les motifs mêmes qu'alléguait Son Excellence; j que d'ailleurs , comme mes pouvoirs ne s'étenj (laient pas jusque-là , je lui conseillais de se bor- ! ner dans le moment à accepter l'engagement, I et de notifier ensuite son désir à son chargé I d'affaires à Florence, et que j'étais dans la per- I siiasion que vous y feriez droit.
j Messer Antonio m'a répondu que Son Excel- I lence voulait terminer toutes ces affaires à la fois: qu'il me priait en conséquence d'en écrire à vos seigneuries, afin que voire réponse m'inveslit des pouvoirs nécessaires pour conclure ; et il ma donné l'assurance qu'elle raiifierait toutes les conditions que je lui présenterais de votre part. Quelque chose que j'aie pu dire , il n'a pas voulu changer d'idée ; et je me vois obligé de vous donner connaissance de lout€«
les demandes de Son Excellence. Vos seigneuries voudront bien m'informer le plus tôt possible de ce qu'elles auront décidé dans leur haute sagesse , afin que je puisse revenir à Florence . ce que je désire vivement.
A l'égard de l indemnité relative à son ancien service, je lui ai dit que Son Excellence m'en avait parlé quelques jours auparavant ; que j'en avais écrit à vos seigneuries , qui m'avaient répondu ; qu'ainsi il me semblait superflu de répéter encore la même chose , surtout connaissant vos bonnes dispositions et les dilficuités qui vous embarrassent en ce moment ; j'ai ajouté toutefois que, pour satisfaire Son Excellence, je vous écrirais de nouveau d'une manière pressante.
Hier la comtesse m'a fait beaucoup d'excuses lorsque je me suis plaint , de la part de vos seigneuries, de l'insulte que ses arbalétriers avaient faite à vos habitants de Salutare. Elle m'a dii qu'elle les avait chargés d'aller ramasser la récolte d'un certain Carlo de' Buosi , dans une ferme qu'il possédait sur les terres de son domaine; que ce Carlo avait été tué, il y avait quelque temps , par Dionisio Naldi , pour venger le seigneur Ottaviano ; que les paysans , en voyant ces arbalétriers enlever la récolte ^ leur avaient crié qu'ils seraient taillés en pièces, et les avaient accablés d'une foule d'autres injures; que ceux-ci, irrités, s'étaient vus contraints de leur faire un mauvais parti. Elle ajouta qu'elle en était affligée jusqu'au fond de l'âme , et qu'elle le ferait bien voir. Elle ordonna aussitôt que l on ôtàt les armes à l'arbalétrier qui avait 1; premier commencé le tumulte, et qu'on le renvoyât du service : ce qui s'est fait sur-lechamp.
Je me recommande humblement à vos seigneuries ; Quœ benè valeant.
De vos très-hautes seigneuries, Le très-humble serviteur , N. Maccdiavelli.
De Forli, le 23 juillet 1499.
P. S. Demain matin il part d'ici pour Mila.. cinquante arbalétriers à cheval que le duc prend à sa solde.
LEGATIONS ET MISSIONS.
LETTRE VI
TRÈS-MAGNIFIQCES ET TRÈS-HAUTS SEieREURS ,
J'ai reçu hier par Ardingo, courrier de vos seigneuries, vos deux dépèches du 19 et du 20. Je compte conclure définitivement demain dans la journée l'engagement avec l'illustre comtesse, conformément à vos dernières instructions; j'espère même ensuite arranger l'affaire de vos sujets de Salutare, de manière à obtenir une ré[)aration dont vos seigneuries seront très-satislaites. Je n'ai pas le temps de vous en dire davantage, attendu que le courrier est extrêmement pressé de partir; je me contenterai d'ajouter, qu'aussitôt après avoir été expédié, je me hâterai de revenir auprès de vos seigneuries, auxquelles 'je me recommande humblement.
Forli, le 23 juillet 1499
LETTRE VIL