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LA MAGISTRATURE DES DIX A LUGA DEGLI

ALBIZl.

Au camp, le 10 juillet 1500.

MAGINIFIQUE SEICÎXEUB ,

Autant nous avons été affligés hier en apprenant la nouvelle de ta détention par une lettre de Nicolas Macchiavelli, et par une dépêche de Giov. Batlista Bartolini , de laquelle il semblait qu'on dût conjecturer que tous nos concitoyens qui se trouvaient là avaient éprouvé le même sort , autant nous avons éprouvé de consolation

aujourd'hui lorsque nous avons su ta délivrance. Nous présumons qu'elle aura amené également la liberté et la sûreté de tous les autres. Quoique la défection de cette armée nous ait mis dans la position la plus fâcheuse où nous nou.s soyons trouvés depuis longtemps, par la honte et le danger qu'elle nous apporte , néanmoins les désagréments, le dommage et les périls qui te menaçaient ajoutaient encore à nos chagrins, et nous avons regardé comme un grand changement de mal en bien de vous savoir tous délivrés. Nous désirerions pouvoir réparer nos autres malheurs de la même manière; mais cela n'est pas possible : il faut se conformer au temps , et se borner pour le moment à consolider nos affaires de ce côté.

A cet effet il nous semble, si on le peut, qu'il serait bien à propos de faire revenir l'artillerie et les munitions, que nous avons envoyées sur les lieux, à Ponle-ad-Era, où elles se trouveraient plus en sûreté; de retirer, sans la moindre perte de temps , toute l'artillerie et les restes de munitions qui existent encore entre les mains des Français, et de prendre toutes les mesures pour pourvoir à la défense de cet endroit; ce que nous avons si fort à cœur, que nous ne serons tranquilles que lorsque nous aurons envoyé quelques troupes de ce côté. Nous l'eussions fait dès ce soir même, si le danger qui menace Pescia ne nous eût pressés davantage encore; car nous venons d'apprendre de plusieurs côtés que les Gascons se portent sur cette place avec plusieurs autres troupes, dont on fait monter le nombre à quatre mille, plus quelques centaines de chevaux : cela nous étonne d'autant plus que, jusqu'à ce moment, nous n'avions pas eu connaissance qu'aucun corps de gens d'armes eût quitté le camp. Tu dois concevoir l'embarras où cela nous jette. Nous soupçonnons fortement ici quelque intrigue des Lucquois; nous ne prêterions même pas tant de foi aux avis que nous recevons de tous côtés , sachant combien il est naturel que la crainte de ces mutins exagère tout, si nous n'avions appris qu'un Lucquois avait annoncé la même chose à Pescia , et en avait fait retirer tous les effets qu'il y avait déposés depuis quelques jours dans la crainte des Français. Nous y avons envoyé quelques colonels avec leurs compagnies, et 1 nous ne nous occupons que de pourvoir à la

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sûreté des deux points menacés, en commençant

toutefois par cel ui où le danger presse davantage. Il sera à propos que tu donnes connaissance de toutes ces dispositions à M. de Beaumont, et que tu tâches d'en obtenir une réponse relativement aux ordres que nous te donnons et que nous avons également donnés à Pierre Vespucci, particulièrement en ce qui concerne l'offre des troupes. Nous voudrions qu'il répondit par écrit sur cette affaire, et nous te chargeons de tout faire pour l'y décider. Tu lui renouvelleras l'offre d'engager les troupes nécessaires à la poursuite du siège, dans la vue de les obtenir avec son consentement et de nous en servir ensuite à notre convenance.

Si les troupes révoltées n'avaient à rester de ce. côté que quelques jours seulement, nous croyons que tu devrais rester à ton poste, pour ne pas achever de ruiner nos affaires sur ce point; si elles viennent à s'éloigner, tu pourras nous en donner avis, et recevoir notre réponse en peu d'heures.

N'ayant eu de ta part aucun détail sur les causes de ton arrestation , ni sur la manière dont tu as été arrêté et ensuite relâché, ni sur les circonstances qui ont accompagné cet événement , nous ne pouvons te prescrire spécialement ce que tu auras à faire au départ des troupes dans le cas où elles voudraient que tu les suivisses, soit par les motifs qui ont déjà déterminé leur conduite, soit par toute autre nouvelle cause : là-dessus nous nous en rapportons entièrement à toi. Comme nous sommes persuadés que tu ne feras rien sans en avoir bien pesé toutes les conséquences, nous ne pouvons qu'approuver dès à présent toutes les mesures que lu prendras.

Ta résolution d'appeler vers toi le seigneur de Piombino nous paraît extrêmement sage : nous lui écrirons ce soir de monter à cheval et de se transporter avec toutes ses troupes de ce côté; d'aller, s'il le peut, jusqu'à Cascina,ou de venir au moins à Ponte-ad-Era , et de s'efforcer à tout prix d'envoyer à Cascina le plus d'hommes qu'il pourra; enfin de se conformer en tout aux ordres que tu lui donneras.

Nous avons écrit partout pour obtenir des vivres, surtout aux vicaires de . . ., et nous leur avons fait espérer que cette charge et ces embarras ne dureraient pas longtemps.

Il ne nous paraît pas prudent de retirer aucun homme de Cascina avant que nous y ayons une garnison suffisante pour ne courir aucun risque, et regagner un peu de crédit.

Nous avions oublié de te dire que, dans le cas où Beaumont, partant avec ses troupes, voudrait emmener avec lui quelqu'un des nôtres, comme tu ne peux le suivre , il faudra faire en sorte d'y envoyer Pellegrino ou Francesco délia Casa.

Nous désirerions savoir, si tu peux nous en informer sans danger, soit pour toi, soit pour nous, la manière dont tu as été arrêté, et les causes et les circonstances de ta délivrance: que si tu crains de confier cette affaire à une lettre, envoie-nous quelque homme de confiance qui en soit bien au fait , ainsi que des autres événements qu'il nous serait important de connaître. Benè valè.

LETTRE VII

Copie de la lettre du roi Irès-chrétien Louis Xll à la Seigneurie de Florence, donnée à Rouen, le 27 juillet 1500 '

LoLis , roi , etc.

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