‹ Œuvres complètesChapitre 217 sur 323 · TRES-CHERS AMIS · texte numérisé non relu

TRES-CHERS AMIS

Nous avons été informé , depuis quelques jours seulement, des désordres fâcheux arrivés dans l'armée occupée au siège de Pise, et qui ont eu pour cause la mutinerie et le soulèvement de plusieurs corps d'infanterie mal disciplinés qui se trouvaient dans le camp, lesquels ont abandonné leur corps et le siège sans motif, et sans attendre l'ordre ou le consentement du sieur de Beaumont, notre lieutenant , ainsi que des chefs et autres personnes de marque faisant partie de l'armée. Cet événement nous a fait et nous fait autant de peine que tout ce qui pourrait nous arriver de plus fâcheux. Mais comme, outre le dommage qui en résulte pour vous, il y va de notre honneur et de notre réputation . nous avons délibéré et résolu de remédier et de pourvoir à ce qui vient d'arriver , de manière à maintenir intactes notre autorité et notre puissance. Dans celle vue, nous avons décidé de ne

* On n'a retrouvé dans les archives de Florence que la traduction italienne de celte lettre : elle est donc retraduite ici de l'italien, et non rapportée dans la langue originale.

LÉGATION A LA COUR DE FRANCE

rien né^^liger, comme vous le verrez bientôt par les effets. En conséquence , nous avons mandé sur les lieux le maître de notre hôtel, Corcou , auquel, parmi les instructions que nous lui avons données, nous avons enjoint de nous faire un rapport exact sur toute cette affaire, et de nous exposer d'où a pu naître ce désordre, à l'effet d'y pourvoir ensuite comme il appartiendra à notre honneur et à votre satisfaction, selon qu'il convient. Quant à présent, nous avons pensé et nous avons fait savoir à vos ambassadeurs qui se trouvent ici qu'il serait à propos, pour le bien de la chose et pour le rétablissement de notre armée, qu'on désif^nât sur le territoire de la république un lieu convenable où elle pût s'arrêter et camper, sans être obligée de rétrograder davantage. C'est pourquoi nous avons écrit et enjoint expressément au sieur de Beaumont , et ordonné en particulier à tous les capitaines, de ne bouger, de ne partir, et de n'abandonner l'armée , qu'après avoir reçu de nous de nouveaux ordres , s'ils font quelque cas de leur vie.

Nous avons pareillement écrit et mandé à vos voisins que l'affaire de Pise nous touche personnellement, et que ce serait se déclarer notre ennemi que de donner appui , faveur ou secours à ses habitants ; nous les en tenons pour avertis, afin que dorénavant ils ne s'avisent point de le faire ; sinon, nous y mettrons tel ordre que nous jugerons convenable.

En tout état de chose, ne négligez aucune mesure pour arranger cette affaire et la terminer à notre honneur, ainsi qu'au profit et à l'avantage de votre république. Nous vous engageons donc à montrer de la vigueur dans une entreprise où vous êtes particulièrement intéressés, et à y déployer toutes vos forces et toute votre puissance; et en agissant ainsi, nous ne faisons aucun doute que vous n'obligiez avant peu de temps la ville de Pise à rentrer dans les bornes de son devoir. Au surplus , nous avons dit et déclaré , fait dire et déclarer toutes ces choses à vos ambassadeurs, afin qu'ils vous en informent , etc.

Adieu, chers seigneurs et amis.

LEGATION

LÉGATION

De François deila Casa et de Nicoias Macchiavelu

à la cour de France.

COMMISSION

Leurs seigneuries de Florence, etc., etc., persuadées qu'il ne suffisait pas , pour beaucoup de raisons, de se justifier par lettres sur plusieurs inculpations dirigées contre la république et sur la levée du siège de Pise, mais qu'il fallait encore employer à cette justification ceux mêmes qui s'étaient trouvés au camp des Fran-

1 Louis Xll s'était emparé du Milanais, et il était sur le point départir pour reconquérir le royaume de Naple»;

çais, ont fait choix de François délia Casa et de Nicolas Macchiavelli, deux de leurs citoyens les plus distingués. Elles leur ont donné les pouvoirs mentionnés ci-dessous, avec un traitement

mais inquiet des mouvements qui se faisaient dans l'Empire, il se désista pour le moment de celle entreprise, et afin d'occuper ses troupes il en prêta aux Florentins pour faire le siège de Pise. Alors les Pisans ayant offert de l'argent à Louis , et corrompu quelques-uns de ses gé • néraux, la plupart des troupes françaises ou suisses que payaient les Florentins se débandèrent, et le siège fut levé. A cette occasion , François délia (^.asa et Macchiavelli sont envoyés en France pour excuser la république des torts qu'on ne manquerait pas de lui prêter, et salliciter de nouveaux secours. Us avaient été tous les deux au camp de Pise, et personne n'était- plus h même de rendre compte de ce qui s'y était passé. Le siège était commande par M. de Beaumont , que les Florentins paraissaient avoir

182 LÉGATIONS ET MISSIONS

de huit petits florins par jour pour François, et de vingt gros florins par mois pour Nicolas , outre son traitement ordinaire.

François revint le 6 mars 1500 , et Nicolas Macchiavelli le 14 janvier 1500 i.

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