‹ Œuvres complètesChapitre 220 sur 323 · AUX COMMISSAIRES A PISTOJA · texte numérisé non relu

AUX COMMISSAIRES A PISTOJA

Le 26 octobre 1501.

MAGNIFIQUES SEIGNEURS

Ce qu'il y a de plus important dans les affaires que vous avez à traiter sur les lieux où vous êtes consiste , si nous en croyons ce que nous a exposé ce malin Macchiavelli, à faire rentrer également sous l'obéissance et les habitants de la ville et ceux de la campagne. D'après son rapport , vous attachez une extrême importance à disposer d'abord les paysans à la soumission et à leur faire restituer, en vertu des traités, les fermes, les grains et les autres objets qu'ils ont injustement retenus, comme gens habitués à ne se soumettre à aucune loi et à vivre d'une manière entièrement indépendante, ainsi que vous en avez eu plusieurs exemples lorsqu'ils ont refusé de laisser rentrer dans leurs maisons les propriétaires légitimes. Ce refus nous paraît extrêmement grave et de nature à devenir une source continuelle de désordres : nous pensons donc comme vous qu'il serait trèsessentiel de mettre en garnison chez les paysans les plus rebelles une centaine d'hommes d'armes. Mais, comme il nous est impossible en ce moment d'employer une semblable mesure, nous voudrions recourir à quelque autre expédient,

' Le Journal de Biagio Bonaccorsi, page 34, fait mention d'un grave désordre arrivé à Pistoja par suite des discordes qui régnaient entre les deux puissantes familles Panciatichi et Cancellieri, qui tenaient toule la ville divisée. Le 25 février 1500, les deux partis s'étant soulevés l'un contre l'autre, les Cancellieri parvinrent à chasser les Panciatichi D'après les documents qui existent dans les Archives délie riformazioni , les mesures que prit la république pour apaiser ces tumultes furent toujours insuffisantes; et Macchiavelli les qualifie aiusi en divers endroiis de ses ouvrages.

Il fut envoyé plusieurs fois auprès des commissaires que le gouvernement avait mandés sur les lieux, pour connaître l'état des choses et rendre compte des mesures prises par eux.

comme serait , par exemple , ésessayer si , sous prétexte d'aller au butin sur le territoire de Pise ou de tenter telle autre expédition du même genre qui vous paraîtrait convenable, on ne pourrait pas, pendant sept ou huit jours, tirer Francesco de la campagne avec deux cents hommes et Draguccio de la ville avec un pareil nombre. 11 nous semble que ce serait un moyen de les détourner de la guerre civile et de les maintenir momentanément dans leurs fonctions, jusqu'à ce que nous puissions ensuite les prendre à notre service. Nous confions entièrement ces mesures à votre sagesse, tant pour la marche qu'il conviendrait de suivre que pour la manière de s'y prendre ; il suffira que vous nous informiez de tout ce que vous aurez résolu de faire : nous serons toujours disposés, de notre côté, à vous seconder et à justifier les mesures que vous auriez ordonnées. Si vous pensiez qu'il y eût quelque chose à obtenir, soit de Francesco, soit de Draguccio, en engageant le premier avec ses cavaliers , l'autre avec ses fantassins , vous pouvez agir librement, parce que nous voulons vous faire honneur en tout ce que vous aurez ordoimé à cet égard.

Mais s'il était difficile d'employer cet expédient, le remède le plus efficace serait, à ceque nous croyons, de réorganiser entièrement la ville , d'y faire revenir le plus grand nombre possible de Panciatichi, de renouveler tous les emplois, et d'établir tout ce qui serait nécessaire pour que leur rentrée et^t lieu. Pour atteindre ce but il ne faudrait pas d'abord s'occuper des affaires particulières de la campagne, où vous croyez que notre intervention pourrait être compromise : il suffirait de faciliter le départ de tous ceux qui le désireraient et de s'occuper exclusivement des affaires du dedans, parce qu'une fuis les Panciatichi de retour en nombre suffisant, comme nous ne cessons d'y travailler, et tous les emplois remplis conformément aux règlements, nous sommes convaincus que la

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