LEGATION AUPRES DE JEAN-PAUL BAGLIONI
lièrement dévoué à notre république , qu'elle s'en apercevrait chaque jour davantap,e et que , si vous preniez ombrage de sa résolulioi! , il était disposé A envoyer sur-le-champ son fils ' à Florence pour vous servir dotajje, je lui ai demandé pourquoi il n'avait pas ratifié son engfagement, 11 m'a répondu sur-le-champ et sans y réfléchir que , pour peu que vos seigneuries en eussent le désir, il y consentirait bien volontiers. Je lui ai dit que vos seigneuries ne m'avaient donné aucune instruction sur ce point et qu'elles ne m'en avaient pas ouvert la bouche, mais qu'il pouvait leur en écrire deux mots pour connaître leurs intentions. Alors il a expédié à Pérouse un messager pour inviter Valerio à venir le trouver, et il ma dit qu'il voulait l'envoyer aussitôt auprès de vous avec cette commission. J'ai cru pouvoir donner les mains à cela sans nul inconvénient. En résumé, lorsque j'ai pris congé il ma recommandé de vous faire savoir que durant cette année il ne pouvait à au cun prix servir vos seigneuries ; que si vous formiez quelque attaque contre Pise il viendrait comme ami à la tète de quarante ou cinquante personnes; que vous pouviez être assurés que son intention n'était pas de vous faire le moindre tort ni de se lier avec ceux qui vous veulent du mal; que c'était la nécessité seule de rester chez lui qui lui faisait prendre ce parti, et non point un autre motif, et que, si vous le vouliez, il était prêt à vous donner son fils.
Je suis entré dans tous ces détails afin de mettre vos seigneuries à portée de voir si elles doivent croire à ce qu'il dit : j'abandonne ce jugement à votre prudence ordinaire. Contre mon habitude, je ne me suis nullement soucié d'être court, attendu que cet article me parait d'une si grande importance que je ne crois pas avoir tort de vous instruire de tout ce que j'ai vu et entendu. Quant au point de savoir quels sont les hommes d'armes qu'il a et en quel endroit ils se trouvent, j'ai été informé qu'il lui on manque une vingtaine des anciens, mais que dans peu de jours d'intervalle il en a soldé vingt-huit du préfet et du duc d'Urbiii. Ils sont !o;yés dans divers endroits de ses Étals. Sur le territoire de Gortone il a seulement trois hommes d'armes, et il dit à qui veut l'entendre que
' Malatesta.
UACCHIWFXLI. V
d'ici à un mois il aura cent hommes d'armes et cent chevau-légers *.
Je ne me suis point arrêté à Casliglione, attendu que je crois avoir obtenu tous les renseignements que je devais recueillir sur cet e affaire. D'ailleurs de cet endroit je n'aurais pu vous écrire que la moitié de ce que je vous ai écrit, et en outre je n'y aurais pas demeuré un jour de plus sans passer pour un espion , ce qui n'eût pas laissé d'être fâcheux et peu honorable pour vos seigneuries. J'ai donc pris le parti de m'en aller, regardant comme un moins grave inconvénient d'avoir à y revenir que d'y rester plus longtemps. Je m'arrêterai ce soir à Gortone: demain je parlerai au connnandant d'Arezzo, et le jour suivant, s'il plaît à Dieu, je serai auprès de vous. Je me recommande à vos seigneuries,
Nicolas Macchlavelli.
Le 11 avril 1505.
P. S. J'ai donné deux ducats au messager Carlo, qui part d'ici à la vingt-troisième heure, et qui m'a promis d'arriver à Florence avant que vos seigneuries rentrent chez elles. S'il manque à sa parole , il doit rendre les deux ducats.
* Dans un manuscrit de lettres originales adressées à Macchiavelli , appartenant à une maison patricienne de Florence, il s'en trouve une de Bosclierino, chef d'escadron de Jean-Paul, en date du 16 avril 1505, d'où l'on déduit les relations que Macchiavelli eut avec cet officier relativement à l'affaire qu'il allait traiter. On rapporte ici cette lettre , parce qu'elle jette quelque lumière sur cette matière.
«NOBILIS VIR, ET ME OBSERVANDISSIME , etC,
«Lorsque vous êtes parti J'étais convenu avec votre «noblesse que, si le sei^jneur Jean-Paul n'acceptait pas • l'engagement, vous m'en donneriez connaissance, ou « que vous feriez en sorte de me procurer , sous quelque «autre condottiere , un grade égal à celui que j'occupe. «Comme mon plus p,rai!d désir est de ne point rester «sans place, je vous prie de m'excuser si je suis « assez hardi pour vous donner tant d'embarras ; mais «votre bonté me rassure, et je suis certain que vous «n'épargnerez rien pour que mon désir reçoive son «accomplissement, ainsi que nous en sommes demeurés « d'accord. H est vrai que je n'ai ni le pouvoir ni la faculté, «soit en tout, soit en partie, de reconnaître vos services; «mais Dieu et votre bienveillance suppléeront à mon . impuissance , et je ne cesserai de me recommander à c vous. Et, s'il m'est permis de faire encore cette demande «à votre noblesse, je la prie de vouloir bien m'informer «du résultat de sesdémarches, si elle n'y voit pas d'indis- «crélion. Jen'ai plusrien à ajouter qu'à me recommander
«à vous de nouveau.
«Votre serviteur, . BoscHERiNO , chef d'escadroD du «seigneur Jean-Paul Baglioni.
« Gortone, le 16 avril 1505. »
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