AUPRES DU MARQUIS DE MANTOUE
JEAN-FRAKCESCO DE GONZAGDE *
INSTRUCTIONS
Données à N. Macchuvelii , envoyé à Mantoue par les SEIGNEURS DIX, et délibérées le 4 mai 1505.
Nicolas , tu prendras la poste et tu te rendras en toute diligence auprès du seigneur de Mantoue pour conclure délînitivement avec lui son engagement, pour le compte duquel nous avons reçu ce matin un de ses hommes de confiance envoyé à cet effet. Pour l'instruire de ce que tu as à faire, nous te dirons en peu de mots queies articles que sa seigneurie doit ratifier sont les nj;' {Des que ceux qui ont été arrêtés dernièrenfa/nt dans le conseil des quatre-vingts, et dont tu 'Touveras la copie ci-jointe; articles auxquels il y a à faire ni changement ni modification. Gfo te conclusion doit être arrêtée de nouveau par toi , pour notre compte et pour celui du marquis , par sa seigneurie elle-iiiéme ; et dans ce cas, tu te serviras des pouvoirs que nous t avons donnés si cela est nécessaire ; ou bien sa seigneurie l'acceptera et la ratifiera dans la forme H teneur indiquées ci-dessus. Les difficultés ^ ft'il élevait étaient, P de vouloir, comme tu sais, cinq cents fantassins : on a entièrement rejeté celte proposition et tu la repousseras également; 2° sa lettre portait qu'il ne voulait nous donner que cent cinquante hommes d'armes et le reste en chevau-légers : on a écarté aussi
> Le refus que fit Jean-Paul Baglioni de continuer l'engagement qu'il avait contracté avec la république fit jeler les yeux sur le marquis de Manloue, et l'on convint de l'engager avec trois cents bommes d'armes et le titre de capitaine général. Avant de conclure il s'éleva quelques difficultés, dont la principale résultait d'un article demandé par le marquis, qui vouLiit, que tout dépendît entièrement du roi de France. Les Florentins ne voulaient pas donner à cet article une extension aussi grande , et Macchiavelli fut envoyé à Manloue pour ratifier le traité aux conditions qu'on jugea convenables. Cette ratification n'eut point lieu, à cause des difficultés sans cesse nouvelles que fit naître cet article. Voyez le Journal de Bonaccorsi, p. 103.
cette demande et lu la repousseras avec plus de force encore ; 3° enfin , il voulait une rédaction entièrement nouvelle de l'article 8 portant la manière dont il devait nous .servir : comme ce changement nous semblait anéantir en quelque sorte tout son engagement , ne 'voulant nullement nous opposer au roi très-chrétien ou à Sa Majesté Impériale , nous l'avons rejeté en entier et il est nécessaire que tu fasses de même , car nous ne vouions pas contracter à si grands frais un engagement , pour n'avoir pas la certitude de pouvoir nous en servir. C'est ainsi que, exclu de toutes ces prétentions, il est revenu à vouloir qu'on lui restituât tous les pays dont lui ou ses troupes s'empareraient et qui avaient momenlanément appartenu à lui ou à ses ancêtres. Enfin il voulait de plus que nous lui permissions de retourner de sa personne seulement dans ses États toutes les fois qu'une cause évidente y rendrait sa présence urgente et indispensable. De noire côté , ne voulant point élever de plus grandes difficultés que ne l'exige cette négociation ni porter atteinte à l'engagement déj:\ convenu , nous avons résolu de pi^endre un troisième parti , et par une lettre particulière nous lui avons promis ce que ti' verras dans la copie de ladite lettre , outre celle que le très-illustre gonfalonier lui écrit de son côté , et dont tu seras porteur pour te servir au besoin de l'une et de Tautre ; sinon , non. Tn sauras encore qu'à l'article où il était question du consentement et de la bonne grâce du roi , il avait ajouté quelques mots extrêmement impoitants , entre autres que rien ne se fit sans la volonté du roi : tels étaient ses propres termes. Nous ne voulons point adopter de telles expressions , nous en remetiant à l'engagement déjà conclu et aux clauses qu'il renfermait sur ce point. Toutefois , pour que cette négociation n'éprouve point de retard , dans le cas où sa
SECONDE LEGATION A SIENNE.
seigneurie aimerait qu'on y insérât quelque parole respectueuse pour l'honneur du roi , nous l'admettrons volontiers, pourvu qu'elle ne sij;nifie rien de plus que ce qui a élé dit dès le principe dans notre convention réciproque , c'est-à-dire que cet engagement aurait lieu avec le bon plaisir et la permission du roi. Et comme
une prompte expédition nous importe infiniment , tu tâcheras de conclure sur-le-champ ; et s'il s'élevait quelques difticultés lu reviendrais sans délai . Si au contraire tu réussis sans obstacles tu le presseras de partir , sinon avec toutes ses troupes, du moins avec une partie ; car tu sais combien le temps est précieux pour nous.
SECONDE LEGATION