‹ Œuvres complètesChapitre 243 sur 323 · EC0NDE LÉGATION A SIENNE · texte numérisé non relu

EC0NDE LÉGATION A SIENNE

qu'il mendiait des soldats auprès de Jean- Paul -.aujourd'hui le pape comptait entièrement sur lui ; le lendemain il paraissait tout en craindre ; tantôt ce n'était qu'un même esprit avec Tétat de Sienne , tantôt on accusait ses soldats de piller les Siennois; qu'en conséquence je désirais que sa seigneurie m'expliquât toutes ces contradictions. Pandolfo m'a répondu : «Je te «dirai ce que disait le roi Frédéric à un de mes «envoyés qui lui adressait une semblable ques- «tion : c'était de me conduire au jour le jour «et déjuger les événements heure par heure, si «je voulais me tromper moins souvent , parce «que les temps actuels sont plus puissants que «les projets des hommes; et ces temps-là », a-t-il ajouté, «étaient aussi sous l'influence d'Al- «viano, qui est un homme à produire chez tous «ses voisins un sentiment mêlé de crainte et «d'espérance, tant qu'on le verra ainsi sous les «armes.» Là-dessus je lui ai fait connaître les mesures que vous avez prises à l'égard de Mantoue et de Milan , pour que les autres puissent encore moins y compter.

11 n'a pas été autrement question des Vitelli , parce qu'il n'a point encore reçu de réponse à sa lettre d'hier dans laquelle il s'explique un peu plus clairement sur ses intentions , et que , de mon côté, il n'a pas été possible non plus à vos seigneuries de me répondre sur ce que je leur ai écrit. On n'a point de nouvelles des troupes d'Alviano. Je me recommande à vos seigneuries.

Sienne, le 21 juillet, à la vingt-unième heure.

P. S. Pandolfo m'a de nouveau recommandé son homme de Cortone : il offre de le faire comparaître devant vous si l'on fait sur son compte quelque fâcheux rapport.

LETTRE VI

MAGNIFIQUES SEIGI^iEDBS,

La dernière lettre de vos seigneuries, en date du 21 , me parvint le même jour à la vingtdeuxième heure. Ayant lu ce qu'elles m'écrivaient touchant l'ouverture faite par Michèle de' Ricci, je me rendis chez Pandolfo, et je m'acquittai comme il me parut à propos de

la commission qui m"était donnée. Pandolfo liio dit qu'il n'avait point raisonné précisément sur ce sujet avec Michèle, et que si celui-ci avait proposé cette idée, c'était sans doute parce qu'il désirait qu'on conclût un traité et que celte manière de s'y prendre lui avait paru bonne. Lui ayant demandé ce qu'il en pensait, il me répondit qu'il fallait qu'il en parlât avec les principaux citoyens de Sienne; mais que, s'il devait dire sur-le-champ son opinion, il ne voyait là aucune sûreté pour les Siennois. Nous entrâmes là-dessus en quelque discussion et je vis bien quel était son sentiment : cependant je ne crus pas devoir en écrire aussitôt à vos seigneuries , parce que je pensai qu'en ruminant l'idée proposée il pourrait en venir à y adhérer en quelque partie. Hier non plus je ne pus écrire , parce qu'il me fut impossible d'avoir une autre réponse de Pandolfo , qui fut occupé toute la journée avec ses concitoyens par une fête solennelle qui a lieu ici pour célébrer le retour de Tordre des Neuf : aussi m'en fit-il ses excuses, me renvoyant à ce matin pour la réponse qu'il devait me donner.

Ce matin donc , m'étant rendu à l'église du Dôme à l'heure convenable , j'y ai trouvé Pandolfo accompagné de quatre des principaux personnages du pays, et l'ayant abordé, il m'a dit , après quelques courts propos , qu'il allait me laisser avec Antonio da Venafro qui m'instruirait de ce que l'on pensait. Demeuré seul en effet avec Antonio, celui-ci m'a dit que dans le moyen proposé par Michèle on ne voyait aucune sûreté pour les Siennois, car on y trouvait pour eux deux dangers à courir : l'un que, pour quelque motif particulier, le roi ne jugeât point ou ne pût pas même juger; l'autre, qu'en jugeant il n'attribuât Montepulciano à vos seigneuries; qu'on croyait bien, à la vérité, que vous remettriez cette ville entre les mains du roi , dans l'idée qu'il l'adjugerait aux Siennois aussitôt que Pise serait retournée sous votre pouvoir; mais qu'enfin il était possible que l'une de ces deux choses n'arrivât pas, , et, qu'en conséquence on aurait toujours ici fi demeurer dans le doute; que pour qu'on con- .sentît à ce qui était proposé il fallait absolniftei.t que ce doute fût dissipé, et qu'il n'en voyait pas d'autre moyen que celui de traiter de la manière dont il avait d'abord été question; car s'ihallail

LEGATIONS ET MISSIONS.

•chercher à obtenir du roi quelque acte qui rassurât les Siennois, cela traînerait en longueur; et cependant on avait à peine le temps de prendre les mesures nécessaires pour résister à ceux qui veulent déchirer la Toscane. C'est là ce que m'a dit Antonio, mais bien plus au long et avec beaucoup plus de paroles que je ne vous le dis. De mon côté, je n'ai rien omis de ce que je pouvais alléguer pour la défense des intérêts de vos seigneuries; tout comme, du sien, il n'a rien négligé de ce qui pouvait me convaincre que Pandolfo désirait effectivement conclure son traité et que , comme il s'y portait de bon cœur, il exécuterait de meilleur cœur encore. Il a ajouté que, du reste, il voyait dans un tel traité tant d'avantages pour vous que , connaissant votre sagesse, il était étonné des difficultés que vous faisiez et ne pouvait en comprendre la source.

Puisqu'il était allé si loin sur ce sujet, je n'ai pu m'erapêcher de lui faire entendre que l'obstacle venait moins de vos seigneuries que d'un autre côté, et surtout de ceux qui voulaient prendre aux choses plus de part qu'il ne leur en appartenait; que, bien qu'à détacher Montepulciano de la république de Florence il y eût à perdre et quant à l'honneur et quant à l'intérêt, la difficulté ne venait pas autant de là que des manières d'agir de divers particuliers, qui avaient fait naître chez nous dans la plupart des esprits une si grande défiance que l'on pensait qu'il ne résulterait aucun profit de la cession même de Montepulciano; car il paraissait que certaines gens voulaient nous entraîner par les injures et par la force à condescendre à leurs désirs; qu'on alléguait en preuve , entre plusieurs faits antérieurs que je ne voulais point rappeler, la rupture de l'accord avec les Lucquois, celle de rengagement de Jean-Paul , et au moment même la marche de Bartolommeo d'Alviano, pour raison de laquelle nous étions tout à la fois priés et menacés ; que lui , Antonio , savait bien que les inimitiés naissent des injures et les amitiés des bienfaits; que c'est une grande erreur de vouloir faire de quelqu'un son ami en commençant par l'injurier; qu'aussi j'avais dit pluiseurs fois à Pandolfo, à lui-même et à divers autres de ses concitoyens que, pour conclure aisément un accord , il allait d'abord détruire cette difficulté que Ton avait fait naître, et que

1 ceux qui devaient le plus y travailler étaient ceux qui avaient le plus de reproches à se faire; qu'il convenait aux Siennois de se montrer disposés à agir promptement et de concert pour résister à Bartolommeo, et qu'un tel service, un tel gage de bienveillance produirait bientôt l'amitié et mettrait certainement fin à toute défiance; que si l'on agissait différemment, le temps manquant pour former cette amitié d'une autre manière, je voyais les choses retomber dans une confusion capable d'effrayer tout le monde; que depuis peu j'avais vu bien des gens rire l'été et pleurer l'hiver; enfin que, connue je l'avais déjà dit et comme je le répétais, les corps les plus faibles sont pour l'ordinaire ceux qui ont le plus à craindre et le moins à espérer des désordres.

Cependant Antonio n'a point cessé de soutenir sa thèse, et il ne lui a manqué ni paroles ni raisonnements pour me faire entendre que cette ville-ci n'ayant aucun traité avec vos seigneuries, elle ne pouvait raisonnablement en désirer ni en exiger quelque service; que c'est vie là qu'est venue la rupture de l'accord avec les Lucquois, ainsi que celle de l'engagement de Jean-Paul ; et que c'est pour cela aussi qu'elle ne fait rien pour remédier au mal présent , car si vous ne lui servez de bouclier il n'est pas possible qu'elle tire l'épée contre un tel ennemi; mais que vous n'avez qu'à conclure le traité, et que vous deviendrez les maîtres de la Toscane. 11 s'est étendu de nouveau sur les grands avantages qui en résulteraient pour vous, me disant à plusieurs reprises : «Crois-moi, Nicolas, celui «qui blâme Pandolfo avance beaucoup de rai- «soiis, mais il ne dit pas toutes celles qu'il a «dans le cœur. » Je l'ai combattu de mon mieux, mais sans pouvoir en tirer autre chose.

Pandolfo m'a dit qu'il n'avait reçu aucune nouvelle des troupes d'Alviano : il présume que , puisque Cornelio ne lui a pas écrit , c'est qu'elles ne sont point parties hier matin comme il le lui avait annoncé. Il a promis de me le faire savoir aussitôt qu'il en serait informé. Cela dépend entièrement de lui , car il m'est impossible d'en être instruit d'ailleurs.

Sienne, le 23 juillet 1505.

F. S. Jevousnri'derembourseràFrancescodel

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