‹ Œuvres complètesChapitre 244 sur 323 · SECONDE LÉGATION A SIENNE · texte numérisé non relu

SECONDE LÉGATION A SIENNE

Nero quinze carlins pour le port de cette lettre , datée de la dix-septième heure.

LETTRE VIL

MAGNIFIQDES SEIGNEUBS,

Par ma dernière lettre , en date d'hier à la dix-septième heure, j'ai donné connaissance à vos seigneuries de la réponse qui m'avait d'abord été faite par Pandolfo et ensuite , en son nom , par Antonio da Venafro , sur la proposition de Michèle Ricci, en conformité de ce que vous avez écrit le 2L Vous aurez dû voir par ma lettre qu'il ne faut plus penser à cette négociation d'arrangement, ou la conclure de la manière dont je vous lai indiqué dans ma première dépêche. Hier soir, vers la vingt-quatrième heure , Pandolfo me fit appeler et m'informa qu'il avait reçu de Rome et de l'armée des lettres en date du 22. Il me lut la lettre de Rome , qui était écrite en chiffres; mais dans les interlignes on l'avait déchiffrée , ainsi que cela se pratique. L'agent qu'il a dans cette ville lui mandait que le cardinal Santa-Croce avait reçu de Naples une réponse aux éclaircissements qu'il avait demandés à Gonzalve pour savoir si Bartolommeo agissait ou non à son insu ; qu'on lui disait que c'était contre la volonté de ce général, qui venait d'envoyer à Bartolommeo une nouvelle défense d'exciter le moindre trouble en Toscane ou à Pise. 11 ajoutait que le cardinal de Médicis avait reçu le même renseignement de l'homme de confiance qu'il entretient auprès de Gonzalve.

Quant à la lettre qu'il a reçue de l'armée, Pandolfo ne me lut que l'article qui concerne les Vitelli, qui disent qu'ils ont reçu une réponse de Giulio et de Jean, leur frère, et qui ne demandent pas mieux que de faire ce que désire Pandolfo, lui offrant en outre d'agir comme il le jugera à propos, et lui témoignant dans les termes les plus vifs et les plus énergiques tout le désir quils auraient de lui être agréable. Il ajouta que cette lettre l'informait dé plus que les troupes n'avaient point encore quitté San-Giov;inni-clella-Selva comine on le lui avait écrit dernièrement; mais qu'elles devaient partir dans la matinée et se diriger sur

Capo-di-Monte, et peut-être même sur le chemin de la Maremme ; que Jean - Paul s'était abouché avec Bartolommeo, qui lui avait demandé son appui ; mais que Jean-Paul ne le lui avait ni promis ni refusé.

Je remerciai Pandolfo de ses nouvelles. Je glissai sur l'article des Vitelli , parce que vos seigneuries ne m'avaient pas encore répondu à ce que je leur en avais précédemment écrit, et que d'ailleurs je crus devoir en agir ainsi , Pandolfo ne m'en ayant également parlé qu'après la lecture de la lettre. Je lui dis que la conduite de Jean-Paul ne me plaisait nullement ; qu"il eût été bien plus convenable à ce dernier de refuser nettement ; qu'il fallait qu'il mît tout en usage pour l'engager à refuser , et que jetais persuadé qu'il y parviendrait sans peine puisqu'il avait toute confiance de Jean-Paul et qu'il le tenait à sa solde.

Il me répondit qu'il lui avait donné l'ordre de s'approcher assez près d'ici, en revenant à Pérouse, pour qu'il pût aller le trouver, ou de venir même jusqu'à Sienne, attendu qu'il ne veut traiter cette affaire que de vive voix.

Je lui demandai ce qu'il pensait réellement de Bartolommeo, et s'il croyait qu'il marchât en avant malgré la volonté de Gonzalve, si toutefois l'avis qu'il avait reçu de Rome était vrai. Il me répondit qu'il ne pouvait rien préjuger; que la raison conseillait à Alviano de ne point avancer malgré Gonzalve à la solde duquel il se trouvait jusqu'au mois d'octobre, mais qu'il n'avait aucune lumière sur ce point ; que toutefois il était près de croire qu'il avancerait s'il était vrai que l'abbé d' Alviano se fût rendu à Naples pour obtenir de l'argent ainsi qu'on le lui avait écrit; mais que dans ce cas, et quoique cette entreprise fût contraire à la raison, il pourrait n'écouter que le désespoir ; et alors tout ce qu'il pouvait faire était d'engager vos seigneuries ;i ne négliger aucune mesure de sûreté; que, quoique sur quatre personnes qui agissent par désespoir il yen a au moins trois qui succombent ordinairement, cependant il serait à désirer qu'on ne laissât point Bartolommeo s'abandonner à cet acte de désespoir, parce qu'on ne peut remuer une chose sans en émouvoir mille autres et que les événements sont incertains. Il s'étendit de nouveau sur ce qu'il m'avait déjà dit, que c'était à vos seigneuries à mettre le pied

LÉGATIONS ET MISSIONS

sur ce commencement d'incendie ; qu'elles pouvaient devenir les maîtresses de la Toscane en rétablissant l'union entre toutes les parties de cette contrée ; que cette union produirait des forces si imposantes qu'elle pourrait résister à quiconque tenterait de l'attaquer, et la rendrait l'objet de tous les égards; que si vous suspectiez les Orsini , vous pouviez fit'ilement détacher de leur parti les Vitelli et les Baj;lioni , qui se croiraient bien plus en sûreté sous le bouclier des confédérés toscans que sous la protection des Orsini; que quant à lui, il voyait tant de facilité et de st^reté dans ce proje* qu'il croyait qu'on ne le rejetait que parce que Dieu avait résolu la ruine de ce pays. Dans le cours de notre conversation, il me dit qu'il y avait un autre moyen de rabattre les prétentions d'Alviano, qui était de le rendre suspect aux Pisans , ce à

quoi on pouvait réussir de mille manières. I! ne voulut entrer dans aucun détail sur ce point ; mais sur le reste il me dit une foule de choses auxquelles je répondis de la manière la plus étendue; mais comme il serait sans fruit devons répéter toute notre conversation ; je n'en ennuierai pas davantage vos seigneuries.

Je vais envoyer cette lettre à la poste : on ia fera partir par le premier courrier. J'aurais bi(Mi dépêché une estafette, mais je n'ai qu'un écu à y dépenser et je n'ai point encore payé l'auberge. Je prie vos seigneuries de vouloir bien me donner congé ou de quoi me soutenir ici ; mais je préférerais le premier parti. Je me recommande à elles.

Nicolas MACcmAVELLi.

Sieaae, le 24 juillet 150â

SECONDE MISSION

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