‹ Œuvres complètesChapitre 245 sur 323 · A ANTONIO GIACOMINI, COMMISSAIRE DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

A ANTONIO GIACOMINI, COMMISSAIRE DE L'ARMÉE

Le 19 août 1505.

Hier, immédiatement après la réception de ta lettre et l'arrivée de Luca Cavalcanti , nous t'avons écrit ce qui se présentait à nous par suite de la nouvelle de la déroute de Bartolommeo ; nous te disions de lever le camp et de te porter sur la route de Pise ; de sorte que nous

* Après la victoire remportée sur Bartolommeo d'Alviano, dont il a été fait mention dans la note relative à la précédente mission, les Florentins crurent qu'il fallait profiter de l'ardeur qu'avait excitée cette victoire pour tenter d'emporter Pise; et, à cet effet, on prit des mesures immenses, et on donna les ordres les plus pressants à Antonio Giacomini, commissaire de l'armée, pour qu'il la conduisît sans retard devant les murs de la place. Macchiavelli fut envoyé au camp pour concerter sur les approvisionnements nécessaires pour celle entreprise , qui échoua toutefois par la lâcheté des soldats.

croyons qu'à l'arrivée du présent messager tu te seras mis en marche conformément à nos ordres. Par la présente nous avons à te dire qu'ayant entendu l'opinion du gouverneur sur l'avantage qu'il y aurait à profiter de la fortune et à ne pas laisser perdre l'occasion qui nous est offerte de recouvrer la ville de Pise et de nous venger des injures que nous avons reçues de nos voisins , nous sommes très-fortement disposés à suivre ses conseils ; et qu'ayant de plus obtenu ce malin dans le grand conseil une somme de cent mille ducats , nous avons résolu à tout prix d'effectuer notre entreprise contre Pise. Pour savoir mieux à quoi nous décider nous voulons que tu te rendes auprès du seigneur gouverneur , et que tu conviennes avec

On donne ici quelques-unes des lettres qui rendent compte des mesures prises par la république, des ordres qu'elle donna et de la mission de Maccbiavelli. Voyez le Journal d" BonacconLïi. 115.

lui de tous les objets qui pourraient être nécessaires pour l'attaque, sans rien négliger, à commencer par le plus petit jusqu'au plus grand; et tu nous enverras letat sur-le-champ. Comme la fourniture des objets dont on pourront avoir besoin entraînera nécessairement quelques jours de délai, nous ne voulons pas que ce temps soit inutilement perdu, et nous entendons en tirer le meilleur parti possible. La première chose à faire est de rapprocher les troupps le plus qu'il est possible de Pise et dans l'endroit qui sera jugé le plus convenable, d'employer tous les moyens que pourront fournir la force ou l'adresse pour sonder les dispositions des Pisans depuis la nouvelle de notre victoire récente, detâcherd'exciter dans la ville quelque soulèvement, et aussi de ne négliger aucun moyen de tenter si la fortune ne pourrait pas nous procurer quelque avantage sans avoir besoin de faire une plus grande épreuve. Si, après avoir tenté une telle expérience, les Pisans persistaient dans la même obstination, vous établiriez votre camp sur leur territoire, mais dans une position à pouvoir tomber tout à coup sur celui de Lucques; car notre intention formelle est qu'avant de se présenter devant Pise pour y donner l'assaut vous attaquiez l'état de Lucques pour le piller, le ravager, le détraire et le livrer aux fla:)imes d'une manière hostile, n'épargnant rien de ce qui pourrait leur faire quelque tort, et ayant soin surtout de démolir Yiareggio et toutes les autres places de quelque importance. Pour que cette entreprise vous présente de moins grandes difficultés, notre intention est qu'en même temps que les troupes pénétreront sur le territoire de Lucques ce pays soit simultanément attaqué par les habitants de Pistoja, de Barga, de Pescia, de la Lunigiane , et par tous nos autres sujets qui avoisinent ses frontières. Comme dans de telles entreprises le secret est ce qu'il y a de plus important, et qu'il est essentiel que l'ennemi ne sache qu'il va être a! taqué que lorsqu'il entendra nos trompettes rcientir à ses oreilles, nous n'écrirons à nos sujets ce qu'ils ont à faire qu'un ou deux jours 'avant l'époque où cette entreprise doit éclater. '>i tu pensais que ce fût à vous deux seuls à leur écrire, veuillez nous le faire savoir, et dans ce cas nous nous bornerons à leur mander d'agir conformément à vos ordres ; mais si tu croyais

HACC9UTELU. Il-

rnavenable que nous écrivissions , indique-nous les ordres que nous avons à donner et la manière dunt tu penses que nous devions diriger toute cette opération.

Pour conclure enfin et l'expliquer en peu de mots notre désir , nous voulons que tu nous adresses sur-le-champ l'état de tout ce qui t'est nécessaire pour donner l'assaut à Pise; que toutes les troupes se présentent devant celte ville pour sonder ses dispositions; et dans le cas où cette démarche n'aurait aucun résultat, que le camp soit établi dans une position qui permette d'attaquer sur-le-champ les Lucquois de la manière indiquée ci- dessus; que tu nous fasses connaître les ordres qu'il faut donner aux habitants des environs de Lucques, ou toute autre mesure à prendre pour pousser avec vigueur cette attaque contre les Lucquois, afin qu'après avoir reçu ta réponse à la présente nous puissions, dans notre première lettre , te faire connaître nos intentions sur la manière dont cette opération doit être dirigée, l'époque à laquelle on doit la commencer, et acquérir ainsi la certitude, en préludant par cette entreprise à l'attaque de Pise, que les Lucquois seront tellement occupés à guérir leurs propres blessures qu'ils n'auront pas l'envie de panser celles des autres, et qu'ils connaîtront quels sont les fruits que produit la guerre, puisqu'ils ont voulu rompre la paix. Et tous ces autres voisins, voyant , contre leur attente , que nous savons tirer une vengeance aussi éclatante de ceux qui nous offensent, y regarderont de plus près qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent avant de former des desseins aussi injustes contre nos États. Mais il faut agir avec la plus grande activité, et avant que notre armée ait oublié de vaincre, nos ennemis d'être vaincus , et qu'il s'élève quelque obstacle qui puisse refroidir notre ardeur.

Nous ne te recommandons point de changer la poste suivant le chemin que vous ferez, parce que nous sommes sûrs que tu as donné des ordres en conséquence.

Si parmi les prisonniers il se trouvait quelque

secrétaire ou agent de Lucques, de Pandolfo,

d'Alviano, ou du parti des Orsini, tu nous

l'enverras; de même s'il s'y trouvait quelque

Pisan , ou tout autre personnage ennemi de

quelque imporatice.

LEGATIONS ET MISSIONS.

LETTRE II

AU JIÉME.

Le 2 août 1505. Ayant vu par le contenu de ta dernière letlre qu'il était nécessaire d'envoyer Maccliiavelii près de toi , afin de pouvoir concerter entre vous les mesures qu'exi{ïe notre entreprise, nous l'avons fait partir ce malin de bonne heure, chargé de toutes les instructions néces.saires dans ks circonstances. D'ailleurs nos très-hauts seigneurs, voulant agir dans cette entreprise avec maturité et de manière ù satisfaire l'universalité des citoyens, quoique les fonds qu'ils ont obtenus aient dû leur donner l'assurance qu'elle était généralement approuvée et désirée , ont de nouveau, ce matin, dans le grand conseil, élevé la question de savoir si Ion devait ou non la faire. Cette proposition a été acueillie avec la faveur la plus grande et la plus extraordinaire, "et il a été arrêté qu'elle aurait lieu à tout prix. Ainsi celte affaire en est venue au point que, s'il plaît à Dieu, nous sommes dans la nécessité de la tenter, et cela sera ainsi. Comnie, au nombre des mesures qu'il faut mettre en vigueur les premières, la levée de l'infanterie nous paraît la plus essentielle, la plus nécessaire et celle qui réclame le plus de promptitude, c'est aussi une des premières sur lesquelles nous avons tourné nos regards; et, à cet effet, nous l'envoyons ci-incluse la note des connétables qui se trouvent là-bas, avec le nombre des soldats que chacun doit avoir. Tu les appelleras auprès de toi, et tu leur demanderas quelle est l'époque à la;iuelle ils pourront être au complet, et, si tu juges qu'ils puissent y être promptement, tu leur diras d'envoyer ici des gens pour recevoir de l'argent, qui leur sera remis sans le moindre retard, pour qu'ils puissent aller recruter au dehors. N oilà tout ce que nous avions à te dire en attendant le retour de Macchiavelli. Tu prendras les mêmes mesures ù ' l'égard des connétables qui ne se trouvent point au camp mais dans les environs, tels que Livourne, Rassignano, et autres lieux; tu t'assureras avec eux du temps dont ils ont besoin pour se trouver en ordre, et tu leur recommanderas également d'envoyer quelqu'un pour recevoir de l'argent afin que la levée ait heu promptement. Si tu croyais qu'il fût possible de réduire

la paye des troupes à quatorze livres dix-sept sous, tu nous le feras savoir afin que nous puissions en augmenter la quantité à proportion.

P. 6. Tu connais parfaitement le nombre des pièces d'artillerie que nous possédons, mais nous ne savons ni combien il faudrait de canonniers ni combien il s'en trouve près de toi : tu te concerteras avec le gouverneur; lu lui rappelleras cet article et toutes les mesures que tu croiras que nous devions prescrire de notre côté et tu nous en donneras connaissance sur-le-champ.

LETTRE III

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