TROISIEME COMMISSION A
assurée. Quand on a su dans Pise notre réunion, Tartalino nous a écrit que, si nous voulions y consentir , les assiégés nous enverraient pour traiter avec nous quatre habitants, savoir: François del Torto, Mathieu di Gaddo, Antoine del Oste et Charles Bandella. Nous avons cru devoir y consentir et aussitôt ils sont arrivés : nous leur avons fait un accueil honnête et gracieux. Après s'être un peu reposés , François de Torto a pris la parole au nom des quatre ^, et nous a dit que les magistrats et le peuple de Pise avaient nommé douze habitants pour aller à Florence se jeter aux pieds de vos seigneuries et arranger tous les différends qui pourraient exister entre Pise et elles; qu'ils étaient venus pour nous communiquer cette délibération et nous demander des sauf-conduits pour leurs concitoyens. Nous leur avons répondu dans les termes les plus propres à leur faire connaître toute la bonne disposition de notre ville à leur égard ; nous leur avons dit ensuite que ce qui avait jusqu'à présent irrité contre eux, c'était qu'ils cherchaient toujours à gagner du temps ; que s'ils s'étaient conduits différemment ils auraient pu sauver leur récolte et n'auraient pas perdu leur été ; que si la nouvelle démarche qu'ils faisaient aujourd'hui avait encore le même objet , elle pourrait bien encore une fois , contre leur espérance , leur être comme les autres plus nuisible qu'avantageuse; que s'ils voulaient véritablement avancer leurs affaires ils pourraient, sans cependant conclure définitivement, les entamer plus facilement avec nous; qu'il ne fallait qu'un jour pour cela puisque nous n'étions qu'à un pas de Pise, et qu'ils auraient bien plus de peine en allant à Florence à cause des difficultés qui pourraient s'élever sur les différentes propositions ; qu'au reste nous leur offrions tous les sauf-conduits qu'ils désireraient ; qu'ils étaient maîtres de choisir le parti qui leur conviendrait le mieux, mais que le premier nous paraissait le meilleur parce qu'il était le plus court, lis nous ont répondu que notre avis leur était agréable, mais que cependant, comme ils n'avaient pas reçu d'autre ordre, ils ne pouvaient que demander lessauf-
:ARMEE qui ASSIEGEAIT PISE. 477
conduits ; qu'ils allaient retournera Pise, qu'ils communiqueraient notre observation, et qu'ils viendraient ou nous redemander des passe-ports ou conférer avec nous sur toute l'affaire. C'est à ce dernier parti que l'on s'est arrêté.
On a ensuite beaucoup discuté sur différents sujets, et tout ce que nous avons pu conclure de leurs discours et de leurs actions, c'est qu'ils paraissent être dans de bonnes dispositions : il est probable que s'ils reviennent ici ou s'ils vont à Florence on pourra conclure définitivement, au cas où leurs propositions seraient raisonnables. Ils nous dirent de n'être pas étonnés si la journée de demain ou même celle d'après se passaient sans que nous entendissions parler d'eux, parce qu'ils voulaient faire les meilleures dispositions. Nous les y exhortâmes et fîmes tout ce qu'il nous fut possible pour leur persuader qu'ils trouveraient chez nous plus de bonté , plus de sûreté et plus d'avantages qu'ils n'en demanderaient peut-être. Ils nous assurèrent qu'ils en étaient convaincus, et qu'ils tâcheraient d'en convaincre ceux qui paraissaient encore incrédules et d'une opinion contraire. Les choses en restèrent là. Nous ne pouvons penser de cette démarche que ce que vos seigneuries ellesmêmes en penseront. Nous allons voir actuellement quel parti ils vont prendre, et nous aurons soin d'en instruire sur-le-champ vos seigneuries. Nous ne vous envoyons pas ici le nom des douze députés, puisque notre collègue Nicolas vous les a fait passer ce matin. Toutes ces circonstances ne ralentissent pas notre vigilance, et nous continuerons de même jusqu'à ce que nous soyons bien convaincus que leur soumission est certaine. Cependant tout ce qu'ils nous ont dit , soit à nous trois en commun, soit à chacun de nous en particulier, nous donne assez bonne opinion d'eux , à moins que tout ne se brouille de nouveau , ce dont Dieu nous préserve !
Antoine de Filicaja, Alaivunno de Salviati..
Nicolas de Capponi, commiss. gén.
Au camp du Val-di-Cerchio, le 20 mai 1509.
' Ce fut là la première fois que les Pisans cherchèrent à traiter sérieusement avec les Florentins , qui entrèrent ensuite dans Pise en conséquence du traité signé le 8 juin
LETTRE X
magnifiques seigneurs, J'ai écrit ce matin à vos seigneuries tout ce qui se passait ici. Depuis ce temps-là. sur lu
LEGATIONS ET MISSIONS.
vingt-deuxième heure, j'ai reçu une lettre de Tarlatino par laquelle il m'instruit que les Pisans ont résolu de diminuer le nombre des députés de la campajOfne, c'esl-à-dire de huit de les réduire à cinq, et que tout cela s'est fait d'accord avec eux : on leur a prouvé qu'il était peu honorable pour la ville qu'il y eût tant de gens delà campagne dans la députalion. En conséquence on a décidé d'envoyer demain au camp les cinq hahitanis de la campagne avec les quatre bourgeois pour demander des sauf-conduits. Nous les verrons venir. Nous avons ici Simon de Pontremoli, comme vos seigneuries en sont instruites : il sollicite beaucoup pour Tarlatino; celui-ci s'est aussi occupé de ses intérêts, et il a enfin demandé qu'il lui fût permis de faire sortir son lit et ses autres gros meubles , ce qui prouve qu'en voulant ainsi faire sortir tous ses effets, même son lit, son projet est d'aller s'établir ailleurs; mais il ne serait pas étonnant qu'il cherchât encore à nous amuser quelques jours, et (ju'en donnant quelque éclat à celte conduite il ne voulût nous persuader que sa résolution est prise ou près de l'être, et par là faire contracter à son égard quelque obligation par vos seigneuries. En l'examinant bien on verra que toute sa conduite est la suite naturelle de ce principe; je n'ai jamais voulu le croire ni ne le croirai autrement, et si nous nous trompions, ce serait du moins avec quelque fondement. Simon de Pontremoli ne peut être venu que pour travailler à la sortie de Tarlatino : on n'a qu'à voir qui l'a envoyé, l'argent et les lettres qu'il a apportés, et sa conduite, et ses sollicitations dans toutes les lettres que Tarlatino m'écrit : elles sont toutes de sa propre main , et il me dit toujours quon peut compter sur sa fidélité, et qu'il mourra plutôt que de changer. Il est certain que plus les hommes de cette espèce sont élevés en grade , plus ils tiennent à leur parole. Quoi qu'il arrive, sf Tarlatino venait à quitter Pise, cela ne pourrait qu'être très utile à vos seigneuries et très-dangereux pour les Pisans. On ne pouvait pas eiiii)loycr d'autres moyens que ceux que l'on a employés pour l'en tirer ; mais il faudra qu'il sorte à la dérobée, et il ne peut le faire avec tous ses effets.
Voici les noms des cinq habitants de la campagne nommés décidément pour venir vous trouver : Tommeo da Caici, Matteo dl Gaddo ,
Antoine dell' Oste ou dell' Zana, ce qui est tout un ; Carlo Bandella ; Thomaso del Malasoma. Les bourgeois sont les mêmes que ceux que Nicolas Capponi vous a déjà nommés. Rien de nouveaiu Antoine Filicaja , commiss. géo.
Du camp de Saiiit-Jacques, le 21 mai 1509.
LETTRE XL
MACNIFIOUES SEIGNEURS,
Nous voici à la dix-huitième heure; je viens de recevoir une lettre de vos seigneuries : elle n'a pas besoin de réponse, parce quil n'y a pas encore quatre heures que je leur ai écrit tout ce qui se passait ici.
Je viens de recevoir de Pise la lettre ci-jointe de la part de Tarlatino: vos seigneuries verront ce qu'il me marque. 11 me semble que l'affaire marche, surtout d'après une lettre particulière que Tarlatino écrit au seigneur Muzio, pariaquelle il lui annonce que les ambassadeurs partiront ce soir ou demain matin. Dieu veuille que ce soit pour le bonheur de notre ville ! En partant pour Florence je laisserai à ma place, avec les instructions les plus précises, Raphaël Fedini : il me suppléera parfaitement ; ce sera comme si j'étais présent moi-même, vu surtout les bonnes dispositions et la bonne volonté des chefs ; de sorte ((ue vos seigneuries peuvent être tranquilles et n avoir aucune inquiétude. AiABiANNO Salviati , commiss. gén.
Du camp de Saint-Pierre in Grado, le 23 mai 1509.
LETTRE XII
Je suis parti du camp ce matin , sur la dixneuvième heure du jour, avec les neuf ambassadeurs Pisans. Nous voici actuellement à la vingtquatrième heure et nous sommes à San-Miniato.. Nous partirons demain matin, et j'espère arriver le soir sur la vingt-deuxième heure à Legnaia, chez Capponi, comme vous me le prescrivez" dans votre dernière lettre : là j'attendrai les ordres que vous devez m'y faire tenir.
Je rappelle à vos seigneuries de vouloir bien ordonner que les fonds pour la paye de l'infacterie des contingents soit sans faute à Saint-
Pierre dans la journée du 26 : qu'on ne l'oublie pas afin de prévenir les murmures des soldats. AiAMANNO Salviati, commiss. gén.
San-Miniato, le 24 mai 1509.
LETTRE XIII
MAGWIFIOIJES SEIGNEURS ,
J'ai reçu cette nuit à cinq heures votre lettre, par laquelle vous me marquez de faire assez de diligence pour arriver à l'heure du dîner, et qu'en entrant à Florence je conduise sans m'arrêter nullement les ambassadeurs au logement qui leur est destiné. Je ferai observer à vos seigneuries qu'il m'est impossible de conduire l'ambassade à Florence tout d'un trait, sans la faire rafraîchir en route : quelques-uns d'entre eux sont âgés , d'autres malades. En conséquence je me propose de leur faire boire un coup à la maison de campagne de François Antlnori, d'entrer dans Florence à la vingtunième heure du jour, et de les conduire par la route la plus courte à Saint-Pierre Scheraggio , où vous me marquez que leurs logements sont assignés.
Alamanno Salviati, commiss. gén.
De San-Miniato, le 25 mai 1509.
LETTRE XIV
MAGNIFIQtJES SEIGNEURS ,
Je suis parti hier matin de Florence avec les six ambassadeurs, et le soir nous sommes arrivés ici si tard qu'il nous a été impossible d'aller plus loin. Je croyais que celte dépiUation n'était pas dans de bonnes dispositions; aussi j'avoue que je le leur témoignais par mon accueil : cependant, m'étant entretenu pendant la route assez longuement avec chacun d'eux en particulier, ils m'ont tous paru d'aussi bonne foi qu'il est possible; quelques-uns ont même offert de donner leur enfant en otage à ceux qui douteraient de leur fidélité; de sorte ^ue si les faits répondent aux paroles, on peut dire que nous sommes dans Pise. Les six ambassadeurs sont actuellement , qu'il est onze heures, partis pour rentrer dans Pise et bien disposés comme je viens de le dire. Nous
allons attendre le succès de leur démarche et nous aurons soin d'en instruire vos seigneuries. Pour conduire toute cette affaire plus sûrement et pouvoir écrire à vos seigneuries je vais me rendre, d'après l'avis de mes collègues, à Mezzana, près de Nicolas Capponi; j'ai écrit à Antonio de s'y transporter s'il le trouve convenable : nous pourrons conférer tous trois ensemble sur cette affaire, et voir la manière dont nous devons nous conduire à l'avenir. Je ne me rappelle plus rien à dire à vos seigneuries. Je me recommande, etc.
AiAMANNO Salviati , commiss. gén.
Casana, le 31 mai 1509.
LETTRE XV
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
Nous n'avons pas écrit à vos seigneuries depuis notre dernière d'hier au soir , parce qu'il n'est rien arrivé et que nous voulions au moins avoir quelque résultat à vous mander. Ce soir il est arrivé un exprès de Pise : il nous a appris que les habitants de la ville et ceux de la campagne avaient passé toute la journée en délibération sur leurs intérêts particuliers ; que les derniers paraissaient décidés à vouloir et à accepter la paix ; que pour ne pas souffrir plus longtemps ils désiraient que les bourgeois se rangeassent à leur avis; que ceux-ci au contraire, après beaucoup de débats, voulaient remettre la décision au lendemain ; mais que les habitants de la campagne, voyant qu'on cherchait à traîner la délibération en longueur, leur ont fait entendre qu'ils ne sortiraient pas de la salle qu'ils n'eussent pris un parti; qu'on avait en conséquence fermé le palais pour que la délibération fût terminée ce soir, parce qu'ils ne pouvaient plus résister. Au fait, on prétend qu'ils ne peuvent plus tenir, et si on leur ôtait tout espoir de faire la paix la moitié de la ville mourrait de faim , parce que chacun renfermerait le peu de vivres qui lui reste. Nous croyons que demain matin on nous fera donner quelque réponse positive, et nous aurons soin d'en instruire aussitôt vos seigneuries.
Tarlatino nous a écrit aujourd'hui deux lettres par lesquelles il nous demande si on s'occupe de ce qu'on lui doit : par la dernière il a en-
LEGATIONS ET MISSIONS.
voyé son mémoire à son frère qui est arrivé aujourd'iiui ici. Nous ne lui avons fait qu'une réponse vague : que vos seigneuries étaient bien disposées en sa faveur, mais qu'Antoine n'étant pas ici, et qu'ignorant quelle sera l'issue de ce qui se passe à Pise , nous ne pouvions lui rien dire de positif. Nous imaginons qu'il n'a l'air si pressé que parce qu'il connaît assez bien les Pisans pour croire qu'ils prendront de bonnes mesures. Se trouvant d'un autre côté sollicité par Siraonelto, il voudrait faire ses conditions avant de s'éloigner, espérant en tirer meilleur parti. Pour nous , nous voudrions qu'il fût dehors pour n'être pas obligé de lui rien donner. S'il quittait Pise il ne pourrait plus brouiller les affaires , comme il serait capable de le faire et comme il le ferait s'il s'y trouvait et qu'il vît qu'on ne lui donnât que de belles paroles. Nous avons écrit à Antoine de le faire presser par Simonetto : nous verrons quel effet cela produira.
Tout Pise aurait voulu venir aujourd'hui ici, soit parce qu'on regarde l'affjire comme terminée, .soit pour montrer qu'ils ne sont plus nos ennemis. Si cependant on n'a pas pris un parti dans la journée de demain, nous signifierons à tous ceux d'entre eux qui voudraient venir au camp que nous les traiterons en ennemis : cela les engagera à conclure. Il n'y a pas grand mal de leur avoir fourni pendant quelques jours l'occasion d'apprivoiser et d'adoucir en quelque sorte cette férocité de courage. On assure que toutes les difficultés ne viennent que de quelques bourgeois qui ne sont pas au nombre de vingtcinq, qui ont tenu bon et qui ont empêché que la paix ne fût conclue.
Nous avons reçu ce soir le courrier que vos seigneuries nous ont envoyé ce matin. Nous avons été instruits de ce qu'on disait encore des cinquante fantassins pisans qui sont partis de Lombardie j)our se rendre à Pise : nous avons donné tous les ordres qui dépendaient de nous pour leur fermer le passage. Et quant à Tarlalino et Simonetto, nous vous avons dit plus haut tout ce qui se passe : nous y ajouterons qu'à l'heure qu'il est , environ la troisième heure du jour , nous recevons une lettre d'Antoine , qui nous marque que Tarlatino. lui a demandé un sauf-conduit pour lui et pour tous les Pisans qu'il pourra emmener avec
lui : or comme il veut partir demain , il demande notre avis. Nous lui avons répondu de donner le sauf- conduit , tant pour lui que pour tous les Pisans qui sortiraient avec lui, pourvu que ce fussent des soldats ; et que si Tarlatino demandait quelque récompense, il répondît qu'il ne pouvait rien faire sans nous consulter.
Moi , Nicolas , je rappelle à vos seignet ries l'argent qui est dû à Dorino et à Ga^^ tamelata : voilà aujourd'hui trente -six jours qu'ils n'en ont reçu.
ÂLAMAPJNO SalVIATI, NiCOLAS CaPPONI ,
commiss. gén.
Du camp de Mezzana. le 1^'' juin, à quatre heures de la nuit.
LETTRE XVI
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
Par ma dernière lettre d'hier j'ai écrit à vos seigneuries ce qui s'était passé ici. Quelques instants après je reçus une lettre d'Alamanno Salviati , datée de Cascina, qui m'apprenait qu'il avait envoyé les ambassadeurs à Pise , pour faire examiner et accepter à ses habitants les articles qui avaient été arrêtés à Florence ; qu'ensuite il se rendrait à Mezzana , où il resterait parce que c'était l'endroit le plus commode, soit pour les Pisans s'ils voulaient nous donner quelques avis , soit même pour nous trois s'il était nécessaire que nous nous concertassions pour quelque opération. Je me suis transporté sur-le-champ au lieu désigné, et le préfet Alamanno me fit part de tout ce qui avait été fait avec ses ambassadeurs : je n'ai à cet égard rien à ajouter. Nous sommes à présent ù attendre la fin de tout ceci. On m'a assuré qu'à l'arrivée des ambassadeurs dans Pise tout le peuple avait témoigné la plus grande joie ; qu'ils s'étaient rendus aussitôt au palais avec les principaux de la ville I>our examiner les articles de la capitulation , et qu'il avait été donné ordre au conseil de s'assembler aujourd'hui pour les revêtir de sa sanction , ce qui terminera, s'il plaît à Dieu , tous nos embarras. Nous n'avons pas encore entendu parler de la nouvelle qu'a donnée le capitaine Fivizano; si cependant l'ordreétaitvraion en aurait entendu parler. Nous n'avons jamais manqué et nous ne
TROISIEME COMMISSION A L'ARMÉE OLl
manquerons pas de veiller exactement nuit e'jour, et de suivre les ordres qui nous ont été donnés pour cela. Il ne me reste plus rien de nouveau à vous marquer. Je me recommande, etc. AiXTOiNE DE FiLicAJA, commiss. gén.
Au camp, le 1«''"juin 1509.
LETTRE XVII
iMAGNIFIQDES SEIGNEURS ,
Nous avons écrit hier à vos seigneuries tout ce qui s'était passé jusqu'à la quatrième heure de la nuit. Ce matin , à environ une heure et demie du jour, nous est arrivé un courrier de Tarlatino, avec une lettre par laquelle il nous disait que les ambassadeurs arrivés ûe Florence ayant rapporté que tous les arrangements relatifs A la troupe étaient laissés à la décision des trois commissaires du camp , les soldats l'avaient nommé, lui et quatre d'entre eux, pour venir régler tous ces objets avec nous ; mais nous, craignant que ces soldats ne voulussent terminer avant que l'on eût connaissance de ce qui était décidé dans le conseil , et pour avoir une meilleure composition , nous avons tâché d'amuser l'envoyé de Tarlatino, sous prétexte qu'avant de lui répondre nous voulions savoir ce qui avait été décidé dans le conseil : en gagnant ainsi du temps , la seizième heure du jour a sonné , et en même temps est arrivé André de Puccerello, frère de Philippe, de la part duquel il venait nous dire que les ambassadeurs se disposaient à partir pour venir nous trouver avec les articles acceptés et signés , et que tout était arrangé. Nous avons cru devoir vous envoyer un exprès pour en donner avis à vos seigneuries, afin qu'elles sachent exactement et successivement à quel point en sont les affaires. Nous tâcherons d'arranger le mieux qu'il sera possible l'affaire de Tarlatino et des soldats , et nous vous en donnerons avis surle-champ. Au reste tout ce que nous vous marquons ici n'est que d'après le rapport d'André : ainsi il faut encore attendre ce que nous diront les ambassadeurs à leur arrivée. Aussitôt que nous les aurons vus nous enverrons un autre exprès à vos seigneuries.
Alabiaivao Saiviati, Nicolas Cappom, commiss. gén.
Du camp de Mezzana, la 15« heure du 2 juiu 1509.
MACCHIAVELLI. II.
ASSIEGEAIT PISE.
LETTRE XVin.
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
La dernière lettre que j'ai reçue de vos seigneuries est du 30 du mois dernier: je n'en ai plus reçu depuis ce temps-là. Nous nous sommes réunis hier tous trois au camp de Mezzana, où se sont rendus aussi les ambassadeurs de Pise : nous avons causé longuement sur le traité: la conclusion fut qu'ils se rendraient à Florence pour la ratification ; et avec eux est parti Alamanno, qui instruira entièrement vos seigneuries de tout ce qui s'est passé. Je n'ai donc rien A ajouter ici que de recommander à vos seigneuries d'expédier promptement cette affaire , parce que la position actuelle des choses est plus avantageuse aux Pisans qu'à nous et qu'il serait peut-être actuellement bien difficile d'y apporter remède : hier il n'y avait pas moins de trois cents Pisans dans le camp de iMezzana ; et si je n'avais tenu ce matin nos troupes à leur poste, de manière qu'on ne laissait passer personne , le carap se serait trouvé rempli , tant il s'en est présenté : or tous ceux qui sont venus s'en sont retournés avec des provisions.
La paye des troupes fournies par contingent tombe le 5 du courant ; ce jour-là il sera encore dii celles des seigneurs François del Monte, Gianotto da Garda, Gianonne de Librafatta et Auzino. Quoique cette guerre tire à sa fin, jusqu'à ce que je la voie entièrement terminée je croirai de mon devoir de rappeler à vos seigneuries ce qui est dû aux soldats, parce que dabord les Pisans n'ont pas l'oreille basse, et que d'un autre côté , quand les troupes de trois communes ne reçoivent pas leur paye au jour de Téchéance , elles sont tout en rumeur. Vos seigneuries verront quelle est la marche que je dois suivre , et elles m'ordonneront ce qu'elles jugeront nécessaire. C'est tout ce qui me reste à vous écrire. Je me recommande, etc.
Aktoi^e FiLiCAJA , commiss. gén.
Au camp de Saint-Jean, le o juin 1509.
LETTRE XIX
J'ai reçu ce soir la lettre que vos seigneuries m'ont écrite ce matin à la quinzième heure, par laquelle elles m'apprenaient l'arrivée à Florence
LÉGATIONS ET MISSIONS
d'Alamanno et des ambgs fadeurs , sur quoi je n'ai rien à répondre à vos seijjneuries. 11 nous est arrivé hier de Pisp un grand nombre d'iiahilanls : ils avaient l'air de bonne foi , et de si bonne volonté que je ne crus pas devoir refuser de leur laisser emporter un peu de pain. Aujourd'hui ils sont encore venus, mais en moindre quantité, et je ne leur ai pas laissé emporter autant de pain. Demain je les resserrerai encore davantage : je leur ferai beaucoup d'iionnètetés, mais personne n'entrera dans le camp ni n'emportera de provisions. Vos seigneuries pensent bien que tout cela ne peut avoir lieu sans beaucoup de peine , comme Alamanno peut leur en rendre compte; enfin les choses en sont au point qu'il est à désirer qu'elles finissent bientôt. Les troupes des contingents ne sont pas payées depuis vingt-cinq jours, et Duccio et Gattamelata depuis trentesept : je prie vos seigneuries de donner des ordres pour y pourvoir. Pendant que les hostilités duraient encore j'écrivis à vos seigneuries au sujet de deux chevaux qu'avaient perdus Giovanni Capoccia et deux autres gens d'armes de Marc - Antoine , et que le service ayant été extraordinaire et fatigant , il serait bon de leur accorder quelque gratification : vos seigneuries me répondirent que je leur fisse connaître tous ceux qui en auraient perdu , parce qu'elles étaient dans l'intention de les dédommager. J'ai différé jusqu'à présent d'en parler à vos seigneuries pour voir si quelque autre n'aurait pas de pareille réclamation , mais puisque les hostilités sont finies je crois devoir les en fairesouvenir, parce que j'aidonné, d'après leurs lettres, quelque espérance. Le cheval de Giovanni Capoccia était le meilleur qu'il eût : il valait au moinscent ducats; les deux autres valaient ensemble soixante-dix à quatre-vingts ducats. Je les recommande à vos seigneuries , parce que cela donnera du courage aux autres et parce que d'ailleurs , comme vos seigneuries le savent très-bien, la perte d'un cheval de ce prix peut ruiner un homme. Il ne me reste qu'âme recommander , etc.
Nicolas Cappoim, commiss. gén.
Du camp devant Mezzana , le 3 juin 1509, quatre heures de la nuit.
P. S. Quoique je sois convaincu que vos seig^ieuries ont l'intention de renvoyer tous les
prisonniers pisans dès que le traité sera signé , cependant je serais bien aise qu'elles me marquassent si je dois me conduire à l'égard du frère d'Alphonse comme avec tous les autres.
Je pense que lorsqu'on sera entré dans Pise vos seigneuries voudront que l'on repare la citadelle le plus tôt possible : il faudrait donc d'avance pourvoir à tout ce qui sera nécessaire pour cela , surtout à la chaux , qui ne se trouve pas dans ce pays-ci , excepté cependant au four qui est à Yico, où j'ai ordonné de faire cuire. Vos seigneuries voudront bien donner des ordres pour s'en procurer , parce qu'il n'y a pas de temps à perdre.
LETTRE XX
MAGNIFIQUES SEIGINEURS,
J'ai écrit hier au soir à vos seigneuries , et quoique je sois bien certain qu'il est inutile de le leur rappeler , cependant je ne puis que les engager à terminer avec les ambassadeurs , car les besoins des Pisans sont si grands et leur sécurité si parfaite , ils ont l'air si bien disposé pour vos seigneuries et si résolus de tenir leur traité , que je ne puis venir à bout de les empêcher d'entrer dans le camp ni d'emporter quelque chose d'ici. J'ai mis des gardes à toutes les issues , mais comme ils ne se rendent pas aux bonnes raisons qu'on leur donne , je n'ose pas employer la force nu moment où tout va se terminer. Je continuerai donc de les empêcher d'entrer et de leur laisser emporter le moins possible. Dans cette position j'attends avec impatience la conclusion du traité. Je me recommande , etc.
Nicolas Capponi, commiss. gén.
Du camp de Mezzana, le 4 juin 1509.
LETTRE XXI
MAGNIf IQUES SEIGNEURS ,
Dans ma lettre d'hier à vos seigneuries je leur fis part de tout ce qui se passait ici. Le soir j'en reçus une de vos seigneuries que me doima Nicolas Capponi auquel elle était commune : je n'ai rien à répondre sinon que j'ai fait et ferai exactement tout ce que vos seigneuries m'ordonnent. Je vous répéterai ici de nouveau ce que
j« vous ai écrit hier , qu'elles fassent en sorte de terminer promptement avec les ambassadeurs parce que les clioses, au point où elles sont , sont très-avanlageuscs aux Pisans et (rès-con(raires à nos intérêts; et quoique l'on dise généralement que les Pisans et surtout les habitants des campagnes se portent avec plaisir à ce traité de paix, je ne cacherai pas à vos seigneuries que je crains qu'il n'y ait quelque anguille sous roche, car dans le dernier conseil qu'il y a eu, et qui occasionna le retour des ambassadeurs au camp, ce fut plutôt de guerre lasse qu'ils cédèrent ; et sans les habitants de la campagne, qui s'y trouvèrent et qui tinrent bon, ils seraient sortis du palais sans avoir rien conclu. Ce n'est pas d'ailleurs sans raison qu'ils continuent depuis ce temps-là d'empêcher qu'aucune lettre puisse en sortir ou y entrer. Tout ce que je vous écris m'a été communiqué par quelqu'un de sûr qui désire la fin de tout ceci.
- J'ai rappelé hier à vos seigneuries la paye de l'infanterie ; j'ai oublié d'y comprendre Bernardino di Carrara qui est à Librafatta, parce que sa paye échoit le même jour que celle du connétable. Vos seigneuries prendront aussi cet objet en considération pour hâter la conclusion : en finissant tout de suite elleî^épargncront encore de l'argent. Je n'ai plus rien à dire à vos seigneuries, si ce n'est, etc.
Antoine de Filicaja , commis, gén.
Au camp de Saint- Jacques , le 4 juin 1509.
LETTRE XXll.
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
Nous voici aujourd'hui réunis tous trois au camp de Mezzana : nous y avons mandé tous les chefs de l'armée, pour y convenir de la manière dont on entrera dans Pise et comment y resteront ceux qui garderont cette ville : nous donnerons avis à vos seigneuries par notre premier courrier du parti qui aura été pris. Moi , Alamanno je suis parti ce matin de San-Miniato: arrivé à Cascina, j'ai envoyé par le chemin le plus droit les ambassadeurs qui étaient revenus avec moi. Ils nous faisaient si bonne mine, et avaient fair si satisfaits d'avoir enfin conclu , qu'ils Il ont fait que redoubler nos bonnes dispositions à leur ég^ard. Macchiavelli rapporte la même
chose de ceux qui sont revenus avec lui, et qui avaient couché hier à Cascina. Ce matin, au lever du .'•oleil , ils ont dû entrer dans Pise. Nous voici à la dix-huitième heure du jour, et on ne sait encore rien de ce qui se passe dans cette ville. Nous avons vu, il y a trois heures, trois habitants de Pise : ils nous ont dit que dans les différentes conférences particulières que les ambassadeurs avaient eues ils avaient rendu le meilleur compte de leur mission, mais qu'ils n'avaient pas encore fait leur rapport à l'assemblée générale. Dès que nous apprendrons quelque chose nous le ferons aussitôt savoir à vos seigneuries. Nous leur écrivons ceci pour les tirer d'inquiétude, et pour qu'elles soient instruites de la situation exacte des affaires.
Nous apprenons en outre que, grâces à Dieu, Tarlatino est sorti de Pise ; qu'il a pris la route de Lucques et qu'il est actuellement en Lombardie.
Nous attendons avec impatience la fourniture de pain, qui est aujourd'hui l'objet le plus essentiel ; et après cela il ne nous reste qu'à nous recommander, etc.
Antoine de Filicaja, Aiamanno Salviati, NiC0L.\s Capponi, coramiss. généraux.
Au camp de Mezzana, le 6 juin 1509, à 18 heures et demie.
P. S. Nous recevons à l'instant votre courrier de ce matin : nous ne répondrons pas autre chose à la lettre qu'il nous apporte de votre part sinon que, dans tout ce qu'elles nous recommandent, nous mettrons tous nos soins pour que vos seigneuries soient contentes; que nous veillerons de près sur les soldats et sur tout ce qui arrivera dans Pise : que nous y entrerons le plus tôt qu'il nous sera possible; que nous suivrons les ordres que vos seigneuries nous donnent pour cela et le plan qui a été tracé. Une personne qui sort de cette ville nous apprend que le conseil se rassemble et que le peuple s'y porte en foule.
LETTRE XXIII
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
J'ai reçu hier au soir une lettre de vos sel= gneuries et cette nuit une seconde. Je ne compte pas leur répondre actuellement , parce que
ft
j'attends ce matin Alamanne pour dîner : Antoine arrivera après dîner, et s'il survient quelque chose de pressé nous en donnerons avis à
vos seigneuries Les trois ambassadeurs
n'ont pu arriver hier au soir jusqu'à Pise ; ils se sont arrêtés à Cascina , et ils en sont partis ce matin de très-bonne heure. Je présume qu'ils avanceront si fort les affaires aujourd'hui, que nous pourrons y entrer demain matin. Tout me paraît bien disposé, et je ne vois plus de difficultés. Depuis deux jours il n'a plus été possible d'empêcher les Pisans de venir au camp , mais nous sommes sûrs que tout est terminé : aussi ne les avons-nous empêchés que le plus honnêtement qu'il nous a été possible. Tarlatino est sorti ce matin, et a pris la route de Lucques. Voilà tout ce que j'ai à marquer à vos seigneuries , auxquelles je me recommande.
Nicolas Capponi, commiss. gén.
Du camp , le 6 juin lô09.
LETTRE XXIV
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
Nous avons mandé à vos seigneuries ce qui s'était passé aujourd'hui jusqu'à la vingt-unième heure du jour : environ sur la vingt-troisième, sont arrivés François del Lante et Thomas de Calci : ils nous ont appris qu'ils étaient venus nous trouver pour nous dire que, depuis leur arrivée à Pise, ils avaient communiqué les articles de paix à leurs magistrats; qu'ils avaient été fort contents de tout ce qui avait été fait; que , pour le prouver , ils avaient convoqué le conseil, auquel ils avaient adjoint beaucoup de citoyens , afin que cette affaire qui intéressait tout le monde fût sanctionnée par la plus grande majorité possible ; que, malgré tous leurs efforts, ils n'avaient pu rasseml^ler tous ceux qu'ils dé-
LEOATIONS ET MISSIONS.
siraient, parce qu'une partie était occupée à préparer les logements destinés à recevoir nous et nos troupes, et que beaucoup d'habitants de la campagne étaient à leurs travaux ou occupés d'autres affaires ; en sorte qu'ils ont été forcés de renvoyer à demain matin la sanction du traité de paix; que, ce soir, à une heure de la nuit, on fera avertir tout le monde pour demain de trèsbonne heure ; qu'on n'ouvrira pas les portes avant que tout ne soit définitivement arrangé ; qu'ils espèrent être ici avant le dîner avec la ratification de la capitulation. Ils nous ont paru trèssatisfaits, parce qu'ils ont trouvé tout le monde fort content et fort bien disposé, même ceux qui jusqu'à présent étaient d'un avis opposé. Nousles attendons donc demain matin comme ils nous l'ont promis. Nous tâcherons de nous mettre en possession ce jour-là de toute la ville, ou du moins d'une bonne partie; nous nous emparerons de l'artillerie, de quelque endroit fortifié, et nous aurons soin d'en donner successivement avis à vos seigneuries.
Tous les chefs ont été réunis ici toute la journée pour l'objet dont nous vous avons entretenus dans notre dernière lettre : il a été décidé que dans le commencement il fallait avoir mille hommes dans Pise, que Ton prendrait pour cela six cents hommes dans les troupes des contingents et le reste parmi les vieux soldats. Il ne nous reste qu'à nous recommander, etc.
Antoine DE Filicaja, Alomaknas Salviati, Nicolas Capponi , commiss. gén. •
Du camp de Mezzana, le 6 juin 1509, à quatre heures de la nuit.
» Les Florentins entrèrent dans Pise le 8 juin 1509. Parmi toutes les lettres que nous venons de rapporter, on n'a pas pu trouver celle des commissaires qui annonçait leur entrée. On peut voir dans Guicciardini, Biagio Buonaccorsi et autres, l'histoire du siège et de la prise de Pise, et l'extrémité i laquelle les habitants furent réduits.
LEGATION A MANTOUE.
INSTRUCTIONS
Données le 10 novembre 1509, à Nicolas Macchiavelli, envoyé à Manloue, et ce qui y donna lieu.
Macchiavelli, tu te rendras à Mantoue. Tu prendras avec toi deux ou trois cavaliers, et tu emporteras les fonds nécessaires pour y faire à l'empereur ou à son fondé de pouvoirs le payement du second terme de rengagement contracté avec lui lors de notre dernier traité '. 11 est nécessaire que vous vous arrangiez pour arriver, sinon tous ensemble, au moins toi dans la journée du 14 ou au plus tard dans celle du 15; et pour que tu le fasses plus aisément tu porteras avec toi des lettres de créance pour l'illustre marquise de Mantoue , dans lesquelles on te tracera tout ce que tu auras à faire. Tu la remercieras d'abord aussi honnêtement qu'il te sera possible des témoignages de bonté et d'intérêt dont elle a honoré nos envoyés , en insistant sur cet article autant que tu le jugeras convenable. La personne chargée de recevoir • l'argent de la part de l'empereur sera sûrement arrivée alors à Mantoue avec tous les pouvoirs suffisants pour toucher la somme convenue. Pour te mettre plus au fait , il faut que tu saches que sur l'argent que lu emportes tu dois donner mille ducats d'or à Lante-Bonifazio de Sarego , gentilhomme véronais , comme on en est convenu dans le traité; tu remettras tout le reste à celui qui se présentera de la part de l'empereur. Il est nécessaire, puisque c'est une affaire publique, que tu emploies tous tes soins à bien t'assurer de la réalité et de la légitimité des personnes auxquelles il faut que tu remettes
' ' Ce traité fut signé à Vérone entre l'empereur et les Florentins : ce prince y garantit à ces derniers toutes leurs possessions et s'engage à ne jamais attaquer, directement ou indirectement, leur existence politique ou leur liberté. D'un autre coté, les Florentins s'obligent à lui payer quarante mille ducats en quatre payements: un dans le mois d'octobre; l'autre le 25 novembre, qui était le payement dont il est ici question; le troisième dans le !)iois de janvier ; le quatrième dans le mois de février.
cette somme; tu seras moins difficile pour ce qui regarde le payement à Bonifazio. La personne qui viendra de la part de l'empereur doit être munie de tous les pouvoirs nécessaires. Celle à qui a été fait le premier payement avait des lettres de Sa Majesté qui ordonnaient de ne payer qu'à elle : il en doit être de même cette tbis-ci, ÎNous t'ordonnons de retirer une quittance et un reçu de la main de cette personne, et outre cela qu'il soit passé un acte public de ce payement comme on a fait la dernière fois Comme il y a apparence qu'à moins de raisons contraires tu iras loger chez Giovanni Borromei, celui-ci pourra t'indiquer le même notaire qui a dressé ce premier acte. Le payement effectué , tu nous renverras par un des cavaliers qui t'accompagnent les quittances et l'autre pièce authentique. Tu nous insiruii^as aussi par eux de tout ce que tu auras entendu dire des affaires de l'erapereuretdeson entreprise. Tu te rendras ensuite à Vérone et dans tous les endroits où tu jugeras être plus à portée d'être instruit de tout ce qui se passe : tu n'en partiras pas que nous ne t'en ayons doimé l'ordre, parce qu'une fois arrivé là pour faire ce payement , tu seras moins remarqué en y restant que si nous y envoyions quelqu'un exprès. Pendant ton séjour dans ce pays tu pourras aller et venir d'un endroit à l'autre suivant que tu le trouveras convenable. Tu nous écriras exactement tout ce que tu croiras digne de remarque, et quoique lu puisses écrire par la poste, tu nous enverras des exprès à cause du risque qu'il y aurait.
Nous te recommandons, ainsi qu'à ceux de la suite , de vous conduire avec beaucoup de modestie et de discrétion et de marquer le moins qu'il vous sera possible.
Tu seras aussi porteur d'une lettre de créance pour monseigneur de Gurck au sujet du payement que tu vas faire; et , en cas de besoin , lu t'en serviras, soit avant, soit après le payement, suivant que lu le jugeras nécessaire.
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Tu auras également avec toi copie de la leilre royale dont nous te parlons plus haut, afin de pouvoir en faire la comparaison , ainsi que des signatures , avec celle que l'on te présentera.
Celui qui vint recevoir le dernier payement était un secrétaire de Sa Majesté appelé Wolfgang Hemesle : c'était un petit homme d'environ trente à trente-deux ans, assez replet, la barbe et les cheveux roux et un peu crépus. Le notaire qui reçut la première quittance fut Gabriel, fils de Saint-Bartholomeo d'AIbo, Mantouan : il pourra modeler celle-ci sur l'acte précédent. Nous croyons inutile de t'en donner une copie ; il faudra seulement ajouter à celui-ci que c'est pour le second payement.