LÉGATION A MANTOUE
dangers qu'ils courent el ceux qu'ils ont à craindre : on attend leur retour d'un moment à l'autre , quoiqu'il ne doive changer en rien la face des affaires. On assure qu'il doit y avoir une diète à Kemptea, ville éloignée de trois journées d'Innsbruck, et l'on croit que l'empereur veut y assister.
Les Vénitiens pillent à leur gré tous les châteaux des environs. On rapporte quils ont commis et qu'ils commettent encore beaucoup de dégâts sur le territoire de Ferrare; mais je suis convaincu que vous avez des nouvelles de ce pays-là : ainsi je ne vous en parlerai pas. On faisait courir le bruit aujourd'hui qu'ils avaient fait remonter le Pô à quelques galères, mais que le duc de Ferrare avait fait couler bas quelques barques derrière ces galères, de manière qu'elles sont pour ainsi dire perdues, et qu'on n'attendait plus que les Français pour s'en emparer.
Si l'empereur continue à séjourner à Trente je pousserai peut-être jusque-là, à moins que vos seigneuries ne me rappellent auparavant , ce dont je les prie bien instamment , parce que ce même prince ne veut avoir aucun envoyé auprès de lui, et que, si je suis obligé de rester à Vérone , autant vaut que je sois à Florence. Vos seigneuries ont d'ailleurs à deux pas d'ici François Pandolfàni , qui peut facilement les tenir au courant de tout puisqu'il est en relation avec la plupart des chefs. Nicolas IMacchuvelli.
Vérone, le l«f décembre 1509.
LETTRE IX
MAGNIFIQUES SEIG^fEUBS,
Je vous ai fait passer par François de Santa-Fiore, secrétaire de Pandolfe Petrucci, qui s'en retournait à Florence, la lettre que je vous écrivis hier : vous y avez vu qu'avant-hier on était assez mal disposé contre les Français , parce qu'ils avaient refusé de marcher quand on le leur avait proposé ; qu'ils s'étaient tenus sur pied presque tout le jour, et qu'enfin le lendemain l'affaire s'était un peu arrangée. On m'a dit ce matin que ce qui avait donné lieu à ce différend avait été la demande faite par le grand maître de la forteresse de Valleggio , qui, placée sur le bord du Mincio, se trouve ,
ainsi que Peschiera, maîtriser le cours de ce fleuve. Pour se procurer ce poste qu'ils ont jugé, comme il l'est en effet, très-important, les Français ont voulu essayer s'ils ne pourraient pas profiter de la circonstance pour s'en emparer. On dit que l'affaire est arrangée ; mais on varie beaucoup sur les promesses que les Français ont pu faire pour obtenir cette forteteresse : les uns prétendent qu'ils se sont engagés à la garder pour l'empereur, ne voulant s'en servir que pour pouvoir aller plus avant ; d'autres disent qu'ils promettent de servir l'empereur avec cinq mille Suisses et huit cents lances dans l'entreprise contre Vicence. J'ignore laquelle de ces deux opinions est la vraie. Tout ce qu'il y a de certain , c'est que cet accord a été fait entre eux : nous verrons quels en seront les résultats. Il ne me reste plus rien à vous écrire. On n'entend plus dire sur l'empereur que ce que renferme ma dernière lettre à vos seigneuries, auxquelles je m; recommande , etc
Nicolas Macchiaveih
Vérone, le 2 décembre 1509.
LETTRE X
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
Il y a deux jours que j'ai écrit à vos seigneuries; je leur ai fait passer ma lettre par Giovanni Borromei, auquel j'adresserai également celle-ci : je vous marquais qu'il paraissait constant que les Français voulaient qu'on leur cédât le château de Valleggio pour les services qu'ils allaient rendre à l'empereur.
{Quelques lignes écrites en chiffres dont on n'avait pas la clef. )
Les deux ambassadeurs qui avaient été envoyés à l'empereur, comme je vous l'ai écrit, sont arrivés hier. Us ont donné ici à tout le monde les plus belles espérances : ils ont rapporté de la part de ce prince qu'on n'avait qu'à se bien défendre , parce qu'il serait bientôt ici avec une armée considérable avec laquelle il espérait terminer en peu de jours cette guerre. Ces nouvelles ont rendu les habitants bien contents et leur ont fait concevoir l'espoir le plus brillant. Les ambassadeurs ont ajouté qu'ils avaient laissé l'empereur entre Saint-Michel et Rotzen, environ
LEGATIONS ET MISSIOîSS.
à dix-huit milles de Trente. Cependant on assure aujourd'hui qu'il est à Bolzen et qu'il fait tout ce qu'il peut pour tout terminer.
{Quelques lignes chiffrées!)
Les Vénitiens continuent à parcourir et piller tout le pays, et l'on veille ici exactement à la défense de cette ville. Le fjrand maître est retourné ces jours derniers à Brescia , mais on le dit revenu aujourd'hui à Peschiera pour l'objet en question. Il ne me reste qu'à me recommander à vos seigneuries. On dit que les Vénitiens font peindre dans tons les endroits dont ils s'emparent, un saint Marc qui tient dans ses raaiiis une épée au lieu d'un livre , ce qui semblerait prouver qu'ils ont enfin appris à leurs dépens que pour bien gouverner un État les livres et l'étude ne suffisent pas.
Nicolas Macchiavelli.
Vérone, le 7 décembre 1509.
P. S. J'oubliais de dire à vos seigneuries qu'il y a quatre jours, sur la vingtième heure environ, quelques Espagnols ayant voulu forcer une maison dans un des faubourgs de cette ville appelé San-Zeno , ceux qui étaient dans la maison se défendirent ; un des habitans du faubourg courut à une petite cloche , et se mit à sonner le tocsin , de manière que toute la troupe fut en un instant sous les armes. La position de la ville fut critique un moment, parce qu'on craignait qu'on ne profitât de cette occasion pour opérer un mouvement , mais dès qu'on en connut le sujet tout s'apaisa, et l'homme qui avait sonné le tocsin fut arrêté et pendu. Tous les Allemands furent aussi en un instant sous les armes et réunis au même point. On put alors voir quel était leur nombre : je comptai dix-huit compagnies ; ces compagnies sont d'environ trois cents hommes. Dès que le trouble fut apaisé les troupes rentrèrent dans leur quartier. Il y en eut qui avaient été jusque-là campées hors de la ville, qui avaient épuisé leurs provisions, et qui furent logées dans le quartier de Saint-Éiienne, dans l'intérieur des murs, sous la forteresse de Saint-Pierre.'Au total on n est pas du tout tranquille dans cette place, surtout par rapport aux habitants de la campagne : ils se reunissent tous les jours en troupes, et à une heure fixée ils se présentent devant l'évêque.
LETTRE XT.
MAGmFIOUES SEIGIVEURS ,
Ma dernière lettre, datée d'hier, sera jointe
à celle-ci. Il n'y a pas encore {chiffres).
Ainsi il m'est impossible de dire à vos seigneuries comment cela s'est passé. Ce qu'il y a de sûr c'est qu'elle est terminée. Cependant leur intérêt exigerait qu'ils se missent en mouvement, ayant surtout intention de soulager cette ville , de procurer quelques avantages à leurs soldats et de faire du mal à leurs ennemis; car il y a ici beaucoup de troupes, et il en vient tous les jours. Hier au soir encore arrivèrent quelques centaines de soldats gascons qui venaient de Peschiera , et les Espagnols qui sont ici ont été payés par les Français. Ceux-ci ne demandent pas mieux que d'aller en avant, mais il faut qu'ils reçoivent des ordres; et, comme je vous l'ai marqué, il est nécessaire que ce soit promptement, parce que l'on apprend tous les jours de nouveaux dégâts faits par les Vénitiens. 11 serait d'autant plus important de les arrêter que les gens instruitsdes affaires de ce pays prétendent qu'il serait trèsdifficile d'aller pendant l'hiver attaquer Vicence. D'ailleurs le duc de Ferrare doit avoir besoin, que les Vénitiens soient serrés de près de ce côté, afin qu'ils ne puissent pas l'aller attaquer aussi trantphilement qu'ils l'ont fait dans ces derniers temps. On a parlé diversement de cette affaire ; mais, comme je sais que l'ambassadeur de vos seigneuries auprès du duc les tient au courant de tout ce qui se passe là , je n'en parlerai pas à vos seigneuries.
J'ai causé aujourd'hui avec un homme qui a quitté avant-hieu Botzen : il m'a dit y avoir laissé l'empereur, qui se disposait à partir pour Innsbruck. Tous les étrangers qui étaient dans Tusage de suivre la cour sont restés à Trente, avec ordre d'y attendre Sa Majesté, et de ne j)as quitter cette ville qu'ils n'aient reçu des ordres ultérieurs.
J'espère , si le maréchal de Chaumont vient à Vérone, que François Pandolfini viendra avec lui ; alors, comme il pourra tenir vos seigneuries au courant de tout ce qui se passera ici, mon séjour y deviendra inutile, et mon voyage à limsbruck auprès de l'empereur, quand même Pandolfini ne se chargerait pas de tout, ùt