ACTE iV, SCÈNE IL i
LIGURIO. Pourquoi ? Que ne t'expliques-tu ? Ote donc tes mains de dessus ton visage.
CALLIMACO. Tu ne te souviens pas que je suis convenu avec messer Nicia que toi, lui, Siro et moi nous irions nous saisir de quelqu'un pour le faire coucher avec sa femme?
LIGURIO. Qu'imporle ?
CALLIMACO. Comment, qu'importe! Si je suis avec vous , je ne pourrai pas cire celui que vous prendrez ; et si je n'y suis pas , il se doutera de la fourberie.
LIGURIO. Tu as raison ; mais n'y a-t-il point de remède ?
CALLIMACO. Je ne crois pas.
LIGURIO. Si fait, il yen aura.
CALLIMACO. Et lequel ?
LIGURIO. Laisse-moi un peu y penser.
CALLIMACO. C'est comme cela que tu me tires d'inquiétude ! Me voilà bien, vraiment, si c'est à cette heure que tu te mets à y penser !
LIGURIO. Je l'ai trouvé !
CALLIMACO. Quoi ?
LIGURIO. Je vais faire en sorte que le moine qui nous a aidés jusqu'à présent fasse encore le reste.
C4LLÏMAC0. De quelle façon?
LIGURIO. Nous devons tous nous déguiser : je ferai travestir le moine; il conirefera sa voix, son visage, ses manières, et je dirai au docteur que c'est toi ; il le croira.
CALLIMACO. Voilà qui me plaît; mais que ferai-je , moi ?
LIGURIO. Aie soin de te mettre une casaque sur les épaules, prends un luth dans la main, et viens du côté de sa maison en fredonnant une chansonnette.
CALLIMACO. A visage découvert?
LIGURIO. Sans doute : si tu mettais un masque, cela lui donnerait quelque soupçon.
CALLIMACO. Il me reconnaîtra.
LIGURIO. Il ne te reconnaîtra pas : il faut te disloquer le visage, ouvrir la bouche et faire uu museau pointu , grincer les dents , fermer un œil. Essaie un peu.
CALLIMACO. Est-ce comme cela?
LIGURIO. Non.
CALLIMACO. Et comme cela?
LIGURIO. Pas tout à fait.
CALLIMACO. De cette manière?
LIGURIO. Oui, très-bien; retiens bien ceb.
18 OUVRAGES DRAMATIQUES
J'ai chez moi un nez postiche : je veux que tu l'appliques sur le tien.
CALLiMACO. Fort bien; et ensuite?
UGiiRio. Aussitôt que tu paraîtras au coin de la rue nous serons là : nous t'arracherons ton luth, nous te saisirons , nous te ferons faire dix tours, nous te mènerons dans la maison, nous te mettrons au lit. Quant au reste, il faudra bien que tu le fasses de toi-mùrne.
CALLiMACO. Oui; mais après tout cela il y a encore la manière de s'y prendre.
iiGiiRio. ïu t'y prendras comme tu l'entendras. Quant à faire ce qu'il faut pour que tu y puisses reloiirner , c'est toi et non pas nous que cela regarde.
CALLinuco. Que faut-il faire?
LiGURio. La gagner à toi cette nuit, et te faire connaître avant de la quitter. Découvre-lui le stratagème, montre-lui la passion que tu sens pour elle , dis-lui tout le bonheur que tu lui promets, fais-lui bien comprendre que sans honte elle peut rester ton amie, tandis que son inimitié pourrait entraîner son déshonneur. 11 est impossible qu'elle ne s'accorde pas avec toi et qu'elle veuille que celte nuit soit la dernière.
CALLinuco. Le crois-tu ?
LioDRio. J'en suis certain. Mais nous avons déjà perdu assez de temps et nous voici à la dernière heure. Appelle Siro, envoie la potion à messer Nicia, et attends-moi au logis. Je vais aller trouver le moine : nous le ferons déguiser, nous l'amènerons ici , nous irons ensuite chez le docteur et nous ferons tout ce qu'il faudra faire.
CALLiniACO. C'est bien dit. Dépèche-toi !
Quoique je ne lui aie ritn dit de notre ruse , il la devine, car il est malin eu diable; et je vois qu'il s'y prèle volontiers.
SIRO , apportant le gobelet. Voilà ce que VOUS demandez.
CALLinuco. C'est bien. Dépèche-toi : va chei messer Nicia et dis-lui que c'est là cette drogue que sa femme doit prendre aussitôt après le souper, et que plus tôt elle aura soupe mieux ce &Hra; dis que nous nous trouverons au coin de la rue à l'heure convenue, et qu'il fasse en sorte de s'y trouver lui-même. Va vite.
SIRO. J'y cours. '
CALLiaiAco. Écoute ici. S'il veut que tu l'attendes , attends-le et reviens avec lui ; s'il ne le demande pas, retourne prompteraent ici dès que tu lui auras donné cela et que ta commission sera faite.
SIRO. Oui , monsieur.