LETTRES DE CRÉANCE
Les décemvirs de la liberté et de la paix de la république florentine à tous ceux qui verront les présentes, salut.
Nous faisons part à tous ceux qui reconnaissent notre autorité que nous envoyons Nicolas Macchiavelli, citoyen de Florence et notre cher et féal secrétaire, auprès du Roi Très-Chrétien. Nous leur recommandons en conséquence, lors de son passage , de L'aider de tout leur pouvoir dans tout ce dont il aura besoin pour accélérer son voyage et le faire avec sûreté. Us rempliront par là un devoir honorable pour eux et agréable pour nous. Nous engageons et prions même tous nos amis et tous les alliés de notre république, s'ils attachent quelque prix à notre amitié, de favoriser et d'aider sa marche autant qu'ils pourront, afin qu'il puisse arriver sain et sauf et promptement en France, où nous l'envoyons au Roi Très-Chrétien. Ce nous sera d'abord très-agréable, et nous nous en souviendrons toujours avec reconnaissance.
Moi Marcelius Virgilius.
Marqué du sceau du conseil des Dix^ de la liberté et de la paix.
INSTRUCTIONS
Données à Nicolas Macchiavelli, envoyé eu Lombardie et en Fiance par le conseil des Dix, et délivrées le tO septembre 1511.
Macchiavelli, tu es instruit à fond de tout ce qui s'est passé jusqu'à présent au sujet du concile de Pise, et sur quel fondement et à quelle occasion, à la première nouvelle de sa convocation, nous nous proposâmes d'offrir Pise pour y tenir le concile, et que bientôt après nous en prîmes l'entière résolution. Mais voyant que cette assemblée est privée de la majeure partie
de ses membres , et la plus intéressante ; que le pape en est offensé et que nous nous sommes exposés à un grand danger, nous nous croyons obligés de t'envoyer en poste , et avec toute la diligence dont tu seras capable, d'abord auprès de Leurs Éminences les cardinaux et de l'illustre lieutenant du roi à Milan, et puis à la cour du Roi Très-Chrétien en France. L'intérêt de tous les Florentins et le but de ta mission s'étend à ce seul point, savoir : de mettre tous tes soins pour obtenir la dissolution de ce concile, dont les commencements si faibles et si dangereux ne peuvent avoir une issue heureuse et durable. Si on ne peut parvenir à le faire dissoudre, tu te borneras à demander que le siège en soit transporté dans une autre ville, ce qui peut être facile , les fondés de pouvoirs de ces cardinaux ayant fait à Pise tout ce qu'ils avaient à faire et prononcé la validité du concile. Enfin si cette demande ne pouvait encore être obtenue, tu exigeras du moins une suspension de quelques mois, pendant laquelle toutes les difficultés existantes pourraient s'aplanir. Enfin il nous serait très-avantageux d'obtenirce délai de deux ou trois mois, quand bien même il ne devrait en résulter aucun autre avantage. Nous ne croyons pas que cette dernière deniande puisse nous être refusée, en mettant sous les yeux des cardinaux et de la France la position dans laquelle nous nous trouvons et l'état actuel des affaires qui doivent occuper cette assemblée.
Il parait sur que les prélats qui ne sont pas arrivés n'arriveront pas actuellement avant le printemps prochain , et quand même ils voudraient s'y rendre, ceux de France ne pourraient être à Pise avant deux mois. En conséquence, en faisant toute la diligence possible, tu prendras la routede Milan ; et avant d'arriver à Bologne, tu t'informeras avec soin oîi peuvent se trouver actuellement les cardinaux de Sainte-