‹ Œuvres complètesChapitre 272 sur 323 · QUATRIEME LEGATION LETTRE II · texte numérisé non relu

QUATRIEME LEGATION LETTRE II

MAGNIFIQUES SEIGNEURS

,Vai écrit samedi dernier à vos seigneuries du bourg de San-Donnino, et je leur ai donné connaissance de l'entrevue que j'avais eue avec les cardinaux. Je donnai ma lettre à Jean Girolami, qui me promit de vous la fiùre passer par la poste royale. J'espère qu'elle vous est parvenue : ainsi je ne la transcrirai pas ici. Je suis ensuite arrivé à Milan et j"ai exposé ma commission au vice-roi : je laisse à François Pandolfini !e soin de vous faire connaître la manière dont vos instructions ont été remplies et la réponse qui nous a été donnée. Comme c'est sous sa direction que tout a été fait, je m'en rapporte à cet égard-là entièrement à Son Excellence. Nous voici à la vingt-deuxième heure, et je pars à l'instant pour la cour de France, pour remplir le reste de la commission dont vos seigneuries m'ont chargé. Je me recommande, etc.

Nicolas Macchiavelu.

Milan, le 15 septembre 1511.

LETTRE m.

MAGNIFIQUES SEIGNEURS

Ma dernière lettre était du 17 : je l'ai envoyée par la poste royale et l'ai adressée à Pandolfini. Depuis ce temps-là est arrivé ici avanthier matin Macchiavelli, en fort bonne santé: il m'a remis la lettre que vos .seigneuries lui avaient remise pour moi et m'a communiqué les motifs de son voyage. Robertet était ici, mais le roi était éloigné de trois lieues. Je n'ai pas cru devoir l'aller trouver ce jour-là; j'ai attendu au lendemain matin, afin que Robertet fût auprès de lui et présenta notre entrevue, dans 1" cas où il serait iiéce.ssaire d'expédier queliiiioa ordres. En conséquence je me suis rendu à la cour le lendemain matin, après avoir auparavant bien étudié les instructions que vous m'aviez adressées, et avoir fait un abrégé de toutes vos raisons pour mieux convaincre le roi de la justice de vos demandes. Nous sommes ailés chez le roi, et après que Macchiavelli lui a eu présenté ses hommages suivant l'usage, je lui ai il! un écrit tracé d'après vos instructions t'i I^rt des raisons qui m'ont paru les plus con-

vaincantes en votre faveur, afin qu'il pût les mieux examiner et mieux sentir ce qu'on désirait. Il l'a écouté très-attentivement et avec plaisir, en témoignant le cas important qu'il fait de votre souvenir et de vos avis.

Vos demandes ont trois objets principaux en vue. Le premier est que le roi fasse la paix et que le concile soit dissous sous un honnête prétexte; et vous vous offrez à cet effet pour médiateurs , etc., etc. Il nous a répondu : « Plaise «à Dieu que vos seigneuries puissent y réussir ! «c'est l'unique objet de mes vœux, et je vous «saurai un gré infini de tout ce que vous ferez «pour cela. » Il a enfin témoigné sur cet article le même désir qu'il a toujours eu; il a dit qu'il n'aurait pas pensé à ce concile, si ce n'est pour forcer le pape à faire cette paix; et il a ajouté : «Si nous supprimons le concile, le pape ne vou- «dra plus en entendre parler (de paix),» Je lui ai répliqué qu'il était à cet égard dans l'erreur, puisque le concile était plutôt fait pour faire naître la guerre que la paix, à cause des intentions qu'il laissait apercevoir, et que le pape, dans cette crainte , aimait mieux s'exposer au hasard des armes que de demander la paix. Sur le second objet de vos demandes, qui était de transférer le concile dans une autre ville, il a répondu aussitôt d'un air décidé : «Cela est en- «core impossible;» et il a ajouté : «Je ne vois «pas comment on pourrait faire, parce qu'il «est nécessaire que les cardinaux et les prélats «se rendent à Pise pour y faire quelques actes «importants. On cherchera cependant les moyens «de les y laisser le moins de temps possible, et «je les y engagerai. Je ne puis actuellement dire « quels sont ces actes , parce que j'ignore les noms «dont on se sert dans ces sortes d'affaires.» Il a ajouté ensuite : « Nous avons pensé ces jours «derniers à tout cela, et à vous soulager de ces «embarras et de ces troubles. On a résolu de «revenir sur cet objet et de l'examiner de nou- «veau, afin d'éloigner le concile de Pise; mais «comme il a été convoqué dans cette ville, on «n'a pas pensé qu'on pût le révoquer .sans «nuire aux motifs de sa convocation. Si on l'avait «pu, on l'aurait volontiers transporté à Vercelli, «où se seraient rendus les cardinaux et les autres «prélats, après avoir tenu à Pise leur première «et leur seconde session, comme ils disent. «Ainsi je ne vois pas que cela soit possible ac-

LÉGATIONS ET MISSIONS

cîuellement. Je ne puis ensuite rien décider sans «le consentement du roi des Romains et des «cardinaux, sans lesquels je suis convenu de ne arien faire; et puisqu on aordonné à ces derniers «de se rendre à Pise, que j'ai fait prendre cette ;s route à l'Éj^lise gallicane, je ne crois pas qu'il «soit possible de se dédire.» Lorsque je lui ai démontré que la présence de ce concile à Pise, non-seulement mettait en danger et exposait à des représailles les personnes et les marchandises de nos négociants, mais encore qu'elle allumerait une guerre d'une nature telle que notre république ne pourrait y résister, et qui exposerait Sa Majesté A beaucoup de dangers et de dépense, il m'a répliqué qu'il fallait que les marchandsse tinssent plus renfermés quejamais, quoiqu'il fût persuadé que le pape n'en viendrait pas à ces extrémités. Quant à la guerre que vos seigneuries craignent, il paraît qu'il n'en a pas grand'peur parce qu'il ne croit pas que l'Espagne y donne jamais les mains : il a reçu des lettres très-amicales et plusieurs ambassades de celle puissance, et ilal'airde n'avoir aucun doute à cet égard. Telle est la réponse que nous avons reçue sur cet article du roi et de Robertet, et c'est tout ce que nous avons pu en tirer. Il a conclu en nous assurant que sa volonté et son intentionétaientbienquel'onfilcequedésiraient vos seigneuries, mais que les choses poussées au point où elles se trouvaient, il était impossible d'y rien changer. Tout ce que ses discours, son maintien , ses gestes et ceux de Robertet purent nous faire comprendre, c'est que c'est bien malgré elle que Sa Majesté a rejeté cette dernière partie de votre demande; que pour contenter vos seigneuries, et en considération des dangers que vous courez, de ceux qui le menacent luimême, et des dépenses dans lesquelles il va se trouver entraîné comme vous, il l'aurait accordée s'il avait pu prononcer tout seul. Mais les raisons que nous avons dites plus haut paraissent l'arrêter et l'empêcher de vous satisfaire; et ces raisons sont : les conventions faites avec l'empereur et les cardinaux, le départ de l'Église gallicane pourPise,rannoncequiaété faite publiquement de cet endroit, et enfin la crainte qu'on ne profitât de ce changement pour refuser entièrement de s'assembler.

Outre toutes ces raisons, il en existe encore une qu'il ne nous a pas dite mais que nous avons

apprise de Robertet , et qui ne mérite pas moins de considération que toutes celles que nous venons de rapporter , savoir : que Sa Majesté craint que quelques cardinaux , et même tous , ne soient fâchés de ce changement; que la suite de ce mécontentement ne les porte à s'adresser au roi des Romains, naturellement inconstant, et qui n'a jusqu'à présent déployé qu'un caractère assez faible. Après avoir beaucoup causé sur cet objet , et nous être, assurés qu'il était impossible de rien tirer de plus sur les deux premiers articles de vos demandes, nous nous sommes retranchés sur le troisième, qui était de retarder l'ouverture du concile pendant deux ou trois mois , dans l'espérance que pendant ce temps on pourrait ménager quelque accommodement; qu'on saurait à quoi s'en tenir sur la maladie du pape ; qu'on serait plus proche de l'hiver, et que par conséquent la guerre serait plus difficile; et enfin que pendant ce temps vos seigneuries pourraient prendre les précautions nécessaires à leur sûreté. Le roi y a consenti , et nous a promis qu'il allait tout mettre en œuvre pour que personne n'arrivât à Pise avant la Toussaint. Il a été convenu qu'on écrirait aux cardinaux de suspendre leur voyage, et il a ordonné qu'on écrivît les lettres et tout ce qui était nécessaire; mais comme je ne crois pas que Sa Majesté veuille que les cardinaux sachent positivement les raisons de ce retard, on l'obtiendra sous différents prétextes. Le premier dont on se servira sera qu'on ne leur enverra pas encore copie du sauf-conduit qu'ils ont demandé; car on m'a assuré qu'ils ne veulent pas du tout aller à Pise s'ils ne sont pas munis de ce sauf-conduit, soit en original, soit par copie coUationnée. En conséquence on ne leur écrira pas ce courrier-ci, pour mettre plus de retard dans la réponse : par la poste prochaine on fera la réponse convenue. Ce délai leur a paru venir à propos , car Leurs Éminences n'iront pas plus avant si elles n'ont pas toutes leurs sûretés. Vos seigneuries peuvent actuellement juger toutcequ'onafaitetobtenu jusqu'à présent. JNous n'oublierons rien à l'avenir, non-seulement pour solliciter l'exécution de ces promesses, mais encore pour tâcher de faire revenir sur ce qu'on nous a refusé jusqu'à ce jour.

11 ne paraît pas qu'on puisse élever le moindre doute sur les dispositions de l'Angleterre; on a

MISSION A PîSE.

l'air d'être ici fort trnnquille:on areçu du roi et ^, de son conseil des lettres qui rendent bien contents. Il n'y a rien de nouveau ni d'important du côté de Pempereur : seulement il y a quatre jours qu'on a eu avis queceprinces'cn retournait du côté de Trente. On a pris aussitôt le parti d'envoyer en poste l'ambassadeur de l'empereur, pour se rendre auprès de ce prince. La seule roison qui les y décide, c'est qu'ils craignent que l'empereur ne change d'avis : il n'y va donc que pour le faire tenir à ses premiers projets et prendre encore quelques arrangements avec lui. Cependant au moment où il allait partir, il est arrivé d'autres courriers qui ont fait abandonner ce projet, à cause des nouvelles rassurantes qui sont parvenues. N'ayant plus rien de nouveau à dire, je me recommande, etc.

Robert Acciaiolis, ambassadeur.

Blois, 24 septembre 1511.

P. S. En causant avec le roi sur la paix, il m'a chargé d'écrire à vos seigneuries dans le plus grand secret d'agir non pao d'après les ordres de Sa Majesté, mais co'.nme de vousmêmes , et de tâcher par tou*". les moyens possibles d'amener cette paix. J' m'a souvent répété qu'on n'employât et qu'en ne mît dans le secret que le moins de moEJe possible. Et pour que vos seigneuries y mettent plus de confiance, elles sauront que le roi catholique a fait dire au roi de France que , pour faciliter l'accommode-

ment, autant qu'il serait en lui, il consentait que Bologne restât comme il est. Nous avons communiqué à monseigneur de Tivoli quelquesuns des motifs du voyage de Macchiavelli : il en a été très-content, et il a promis d'employer ses bons offices auprès du pape pour faire réussir les demandes de vos seigneuries.

LETTRE IV

MAGNIFIQUES SEIGNEURS

Je suis arrivé ici dans la matinée de lundi dernier. Je n'ai pu arriver plus tôt à cause des trois jours que j'ai passés au bourg Saint-Donnino et à Milan. Nous avons été à pied chez le roi avec l'ambassadeur de vos seigneuries , et il s'est passé tout ce qu'il vous a détaillé dans sa lettre, à laquelle je me réfère totalement. Je resterai ici aussi longtemps qu'il plaira à Sa Majesté, et je pense que ce sera tant qu'elle croira ma présence nécessaire à l'objet de ma mission : je ne pense pas que cela puisse aller à plus de sept à huit jours. Je m'en retournerai ensuite à Florence avec sa permission et l'agrément de vos seigneuries, auxquelles je me recommande toujours.

Nicolas MACcraAVEiii.

Blois, le 24 septembre 1511.

MISSION

Page 1