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A PISE, DANS LE TEMPS DU CONCILE

LETTRE UNIQUE

MAGNIFIQUES SEIGNEURS

Les lettres des seigneurs commissaires vous auront instruits de la manière dont les choses se sont passées ici jusqu'à cette heure. Par la présente vous saurez que j'ai été ce malin rendre

2 Les deux précédentes légations en France et ia présente mission sont relatives aux célèbres différend* qui

visite au cardinal de Sainte-Croix , avec leqiHÎ j'ai eu un long entretien. Mon unique objet a été de lui faire sentir toutes les difficultés qu'entraînaient après eux et les lieux et les temps, difficultés qui ne feraient que s'accroître

eurent lieu entre le pape Jules II et le roi Louis Xll, â l'instigation duquel un concile s'éiait ouvert à Pise. Os faits sont trop connus pour qu'il soit nécessaire ds m'y arrêter ici davantage : je me bornerai k dire q-ie la

LÉGATIONS ET MISSIONS

h niesiireque le séjour des cardinaux se prolongerait et qu'il y viendrait plus de monde; qu'on conséi{uence vos seigneuries le priaient de vouloir )3ien les excuser, etc. Il m'a répondu relativement à cet article que. quoiqu'il n'y eut pas abondance, cependant la cherté était supportable; que ses collègues ne se plaignaient pas; qu'ils savaient bien que les palais n'étaient pas aussi beaux qu'à IMilan ni la vie aussi agréable qu'en France; que toutefois si, à cause d'eux ou de vos seigneuries, il était à propos de changer de lieu, il serait trè.s-possible de le faire. Je lui ai répliqué que je lui dirais franchement là dessus ce que je pensais en mon particulier; que j'étais persuadé qu'en s'éloignant d'ici on prendrait un parti sage; que d'abord on se délivrerait ainsi de tous les embarras du logement; qu'en second lieu le pape, voyant le concile s'éloigner de son voisinage, se refroidirait sans douie, et se montrerait moins empressé à s'y opposer ou par les armes ou par d'autres moyens; qu'en troisième lieu, si on transportait le concile dans une ville, soit de France, soit d'Allemagne, on trouverait des peuples plus disposés à l'obéissance que ne le sont les habitants de la Toscane, parce qu'il est plus aisé à l'empereur et au roi de contraindre leurs sujets que ne le voudraient ou ne le pourraient jamais faire vos seigneuries. L'occasion me paraissant favorable, je l'ai pressé de vouloir bien ne pas consentir à ce que vos .seigneuries fussent requises de faire ce qu'elles ne pouvaient ni ne devaient. J'ai ajouté qu'à mon avis une seule personne venue volontairement à ce concile lui donnait plus d'autorité que vingt autres forcées de s'y rendre. J'ai appuyé sur cet ariicle le plus que j'ai pu, dans l'espoir de le persuader ; et j'ai conclu par lui proposer encore de s'éloigner d'ici, lui faisant sentir, comme si cela venait de moi-même, que c'était un parti sage, utile et propre à produire le meilleur effet.

Il m'a répondu qu'il parlerait de cela avec ses

république de Florence, outre ie.s divers commissaires quelle avait envoyés à Pise à l'ocrasioa du concile, chargea aussi M.icchiavelii d'y conduire uu corps de troupes destiné à faire la garde du concile. Il avaii ordre en même temps de veiller aux inléréis de l'État, et surtout de déterminer les prélats à quitter celle ville, qu'on ne leur avait donnée qu'à conire-cœur [jour y tenir leurs séances.

collègues; mais qu'il était indispensable d'écrire à ce sujet an roi et à l'empereur. Je lui ai rappelé alors que lui et les autres cardinaux m'avaient assuré, à San-Donnino, qu'après deux ou trois séances ils quitteraient Pise pour .se transférer ailleurs L II a reparti que cela était vrai; qu'il réfléchirait à ce qu'ils devaient faire.;

* On croit faire plaisir au lecteur en rapportant ici la relation des séances du concile de Pise auxquelles Macchiavelli s'est trouvé présent, tirée des lettres des commissaires, qui, en écrivante la seii^neune, disent qu'ils s'en rapportent à la sagesse deMacchiavelli lui-même, plus expérimenté qu'eux dans ces sortes d'affoires.

«Ce matin, 5 novembre, le révérendissime cardinal € monseigneur de Sainle-Croix a célébré dans l'église du « Dôme une messe solennelle à laquelle ont assisté les trois «antres cardinaux, monseigneur de Laulrec, et les arcbe- « véques, é\êques et prélats, tous assis dans le plus grand «silence et le plus piofond recueillement. Apres la messe «le diacre, qui était l'abbé Zaccaria, a dit deux lois à «haute voix : Que les laïques s'éloignent du chœur! «Alors tous les évèqnes se .sont couverts la tète de leur «mitre, et monseigneur de Sainle-Croix s'est assis devant «l'autel, et, se tournant vers les prélats et le peuple, a «entoimé le psaume de David, Deus qui glorifîcotur in 'Concilio sanctoruni , magnas et terribilit super ' omnes qui in circuitu ejussunt. Il a exhorté vivement

• tous les prélats à se disposer à ce saint concile par la " prière et par les veilles ; et il est même allé, en parlant , «jusqu'à répandre des larmes, etc. Après ce discours, «monseigneur de Sainte-Croix a prononcé irès-dévote- «ment trois oraisons; puis le diacre précité a crié à «haute voix : Orate; cl tout le monde «'étant jeté trois « fois à genoux , chacun a prié dans le plus grand silence, « après avoir ôté sa mitre. Les chantres ont ensuite chanté «les litanies avec beaucoup de dévotion; et lorsqu'elles «ont été terminées et qu'on en est venu à ce passage. Ut lecclesiam tuani samtani j le président, c'est-à-dire «monseigneur de Sainte-Croix, s'est tourné du côté des «prélats et du peuple en leur donnant sa bénédiction et « en chantant à haute voix : Ut hanc sanctani sfnodum «ibenedicerej regere et obserfare digneris ; à quoi «toi:s les préiats ont répondu : Te vugamus audi nos. «Ensuite l'évéque de Lodèvc, fils du cardinal de Saint- «Malo, revêtu de la chape et la mitre en tê;e, est monté « en chaire et a publié quatre décrets arrêtés dans la pre- « mière séance du concile. Par le premier on a déclaré que «ledit saint concile de Pise, par les motifs allégués daos « les lettres de convocation , était légitimement convoqué «et réuni ; que la ville de Pise avait paru propre à rece- «voir ledit concile, s'il ne survenait point de nouveaux «événements qui en nécessitassent la translation dans uii <^ autre endroit. Par le .second on a déclaré que tous les «interdits , censures et destitutions faites ou à faire par «le pape Jules U contre ledit concile, .ses adhérents et

• ceux qui lui prêteraient appui, étaient de imlle valeur. » .1 que connue do fait elles avaient été prononcées, elh.-, «étaient déclarées nulles, et on défendait d'y obéir en «aucune manière. Par le troisième ou a déclaré que lou.s «ceux qui auraient été cités eussent à comparaître; que . s'ils ne comparaissaien; pas on passerait outre sans eus,

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