SECONDE MISSION AUPRÈS DE F. GUICCIARDINI
seigneuries ont donné des ordres pour que les postes importants de Val-di-Tevcrc et de Valdi-Chiana fussent bien gardés, et que l'on abandonnât les autres, les ennemis en arrivant chez vous ne feront p;is plus de progrès qu'ils nen ont fait ici, parce qu'ils ne conduisent point avec eux de grosse artillerie; de sorte que l'on peut espérer que leur présence en Toscane, jusqu'à leur entrée dans le pays de Sienne, ne leur sera d'aucune utilité; et elle sera si prolongée que les trou|)es qui sont ici auront le temps de garnir les frontières. S'il est vrai qu'il faille faire de nécessité vertu, il faut convenir aussi que si on réunit le courage à la nécessité, le premier devient alors si grand qu'il est impossible de le vaincre. Vos seigneuries et notre république ont sauvé par leur seul courage la Louibardie et la Romagne: il est hors de doute, aujourd'hui que la nécessité de se défendre va se joindre à leur courage naturel, qu'elles réussiront à repousser l'ennemi.
Nous voici à deux heures de la nuit, et les ennemis sont logés sur les bords du fleuve Montone, presque sous Strada. Tous les avis se réunissent pour dire qu'ils prennent la route de la Toscane et qu'ils ont envoyé leur grosse artillerie à Lacques. Le lieutenant, avant de rien faire, attend qu'ils se soient mis en marche et qu'ils aient pris une première position ; et quand il saura au juste quel est le chemin qu'ils se déterminent à prendre, il commencera parfaire partir le comte Guido, avec une partie des troupes qui se trouvent à Imola. du côté qu'ils n'auront pas pris, et tout le reste de l'armée le suivra pour être arrivé avant eux i. Comme c'est un événement auquel on s'attendait, vos seigneuries ne doivent pas en être effrayées, parce qu'on a toujours été bien convaincu qu'il n'y aurait pas moyen de les empêcher de pénétrer en Toscane quand ils le voudraient. Tout ce qui reste à faire c'est de leur y susciter le plus d'obstacles qu'il sera possible, de sorte qu'ils y arrivent avec une réputation détruite. Or tout semble
* Le duc de Bourbon entra effeciivement en Toscane : on ne sait si ce fut à dessein d'endormir le pape trop crédule, ou bien parce qu"il vit qu'il ne pouvait faire aucun profipTcs. Ce qu'il y a de ceriai;!, c'esi qu'aprèsétre resté quelques jours sur le territoire d'Arezzo il tourna tout à coup et lestement vers Rome, où le pape se trouva pris au dépourvu sans qu'il fût possible à l'armée des alliés dele secourir.
concourir à notre projet, car n'ayant pu parvenir à s'emparer d'aucune ville dans ce canton, ils n'ont pu se procurer l'appui qu'ils auiaient désiré, et ils nejoiissent pas de la réputation que quelque succès éclatant leur aurait donnée ; en sorte qu'on peut dire qu'ils resi^emblent à ces fameuses bandes qui, il y a cent cinquante ans. parcouraient les campagnes, les ravageaient, et n'osaient jamais s'approcher des villes. On ne doute pas que la Toscane n'ait autant de moyens de défense que la Romagne : ainsi les secours que l'ennemi lirera de Sienne ne lui seront pas plus avantageux pour attaquer la première que ne lui ont été, pour soumettre la seconde, les secours qu'il a tirés de Ferrare. Vos seigneuries auront sûrement appris que le duc d'Ci bin a envoyé deux mille hommes de ses troupes dans son duché, ce qui a lait craindre qu'il ne permit sous main à quelques-uns des siens de fournir des vivres aux Impériaux : si cela éiait il leur rendrait le passage pluslibre. Il faut s'en rapporter à ce qui suivra. Vos seigneuries jugeront s'il est possible de faire quelques provisions de ce côté-ci par le moyen de l'envoyé de Venise. icoiAS Macciiiavelii.
Forli,lel3avril 1527
LETTRE XXI
Au seigneur lieutenant.
Le capitaine André ^ a répondu à ce que je lui ai dit de la part de votre seigneurie que toute sa flotte était ici, à l'excepiion d'une galère et d'un petit briganlin qu'il avait laissés à Livourne; qu'il ne pouvait disposer d'aucun vaisseau, à cause de toutcequi se passait, parceque d'un moment à l'autre le pape pourrait avoir besoin de lui, et que s'il se trouvait occupé ailleurs cela lui ferait grand tort; mais que la galère et le briganlin allaient revenir de Livourne, et qu'alors on pourrait se servir du briganlin. Il nous a appris que le mar(|uis de Manloue devait arriver le lendemain et .s'en aller à Livourne sur trois galères, et que nous pourrions nous en servir également. Enfin nous nous sommes décidés à nous en retourner sur le premier de
' Âudré Doris