I.ETTRE PREMIÈRE
Au seigneur Marco, prieur de Castel-Franco di Sotto, vicaire de l'é^êquc de Lucqiies.
Il nous est revenu qu'un cerlain prêtre nommé Antonio, fils de Simone da San-Pielro, inquiète à main armée, et de fait, le possesseur de quelques propriétés situées dans le virariat de Lari, qui ont été restituées, il y a déjà quelques mois, à une certaine Marie Tidda, veuve d'un nommé Piero, fils dudit Simone, en vertu des conventions faites avec la ville de Pise. Cette conduite ne peut que nous déplaire infiniment; car nous ne voulons pas que, sur le territoire de la république, personne, même un prêtre, puisse employer la contrainte. Si toutefois il croit avoir de justes prétentions sur la totalité , ou sur une partie de ces biens , qu'il les réclame par la voie ordinaire, comme il est du devoir de tout honnête homme. C'est pourquoi nous croyons devoir exhorter votre révérendissime seigneurie à faire venir devant elle ledit prêtre Antonio, qui se trouve sous son obéissance , et à lui ordonner de mettre fin à cette conduite violente; l'obligeant en outre à donner caution à cette dame, à ses travailleurs, et à ses hommes d'affaires, qu'il ne leur fera personnellement aucun tort à l'avenir, à raison de ces biens, ou de portion d'entre eus : car nous avons ap|)ris qu'il marche continuellement armé; ce qui ne convient en aucune iDimifcre à un ministre deTéglise. Vous lui intinerez cet ordre sous les censures et les peines |ue votre révérendissirae seigneurie jugera convenable de lui infliger.
S'ous ferez une chose agréable à notre sérénissime république , et digne en même temps
de vous-même. Et si cet individu poussait l'impudence et l'audace jusqu'à refuser d'obéir, et que votre seigneurie voulût permettre à notre vicaire de Lari, où sont situés ces biens, de mettre la main sur lui, nous lui écrirons de mettre cet ordre à exécution , afin de forcer ledit Antonio à onèir aux commandements de votre révérend issime seigneurie , quœ benè valeat. ISjulitlûlO.
LETTRE II
Aux Consuls de mer.
Messer Cristofano di Marco, Portugais, a comparu devant nous et nous a dit que. venant dans ce pays pour se rendre aux écoles de Pise, oti il a dessein d'étudier le droit canonique , il avait apporté avec ses habillements et ses autres effets, de l'argenterie dont il se sert pour boire et pour manjyer ; que cette argenterie , qui se trouvait au fond de ses malles, lui avait été enlevée à la porte delà ville, et qu'on avait exigé qu'il payât pour ces objets un droit de 1*2 ducats. Il nouo assure qu'il vient ici pour étudier , et qu'il a dans .son pays le rang de gentiliiomme; que partout oCi ses études l'appellent, il porte avec lui cette argenterie pour boire et pour manger, et qu'il ne croyait pas que des effets de ce genre fussent assujettis au* payement de quelque droit. C'est pourquoi nous estimons qu'il serait à propos qu'on lui rendit son argent, afin qu'il nVt pas lieu de se plaindre qu'on lui ait fait une semblable violence dans notre pays, et qu'on n'en prenne pas le prétexte dans le sien de payer nos négociants de la même monnaie:
572 CORRESPONDANCE
car si la vérité est que cette argenterie ait déjà été employée, qu'elle lui serve en elfet pour boire et pour man^q^er , et qu'il la porte , non pour en fuire commerce mais en qualité de (jeniilhomme, il faut avoir é^M'd à sa demande; et nous sommes persuadés que vous vous conformerez à notre invitation. Benè valete.
23 julii 1510.
LETTRE m.
Au capitaine de Campiglia, Aiamanivo Petrucci.
Nous pensons que tu pourras bientôt connaître que la récolte des {grains n'a point été aussi abondante qu'on respérail ; et, pour que nos sujets n'éprouvent cette année aucune difficulté relativement aux subsistances, nous voulons et nous t'ordonnons, qu'avec ta dili^^cnce et ton zèle tu mettes tes soins à faire en sorte que tous les j^pains et le froment qui se trouveraient dans le pays et dans la Marcmme de Campigiia ne pussent sortir du territoire sous aucun prétexte, punis«ant de la confiscation des grains et du blé, pour la première fois, quiconque serait surpris le portant hors du pays; et, en cas de récidive, de la perte même de ses bêtes de somme : ayant soin de mettre à ces exécutions le moins d'éclat possible; car, comme nous avons une grande quantité d'autres marchandises à exporter , nous ne voudrions pas que cette mesure \\i\\. apporter quelque gêne à notre commerce.
Tues prudent; tu comprends nos intentions: exécute nos ordres avec ta sagesse ordinaire. Quant aux grains, laisse amener sans obstacle à Florence tous ceux qu'on voudrait y apporter. Benè vale.
14 augusti 1510.
LETTRE IV
Au Vicaire de la République à Pise et à San-Miniato, et aux podeslâ de Buggiano et de Fucecco.
Nous avons été informés que des blés récoltés dans les terres de voire juridiction ont été transportés hors du territoire de nos États : nous ne pouvions rien apprendre qui nous fût
plus désagréable; car la récolte cette année n'a point été aussi abondante qu'on, avait lieu de l'espérer Et , comme nous ne voulons pas que nos peuples puissent souffrir du manque de subsistance, nous voulons et ordonnons que, par une proclamation, ou par tout autre acte de publicité, vous fassiez savoir que toute personne,, de quelque rang, état ou condition que ce soit , qui serait trouvée porter des grains, des blés, n'importe de quelle espèce, hors des domaines de l'État, sera punie par la confiscation des bêtes et de leur charge , et qu'aucune excuse ne sera admise. Après la publication de cette défense, vous ferez garder soigneusement jour et nuit tous les passap,es, et vous confisquerez à tous ceux qui seraient trouvés en faute les l)ètes de somme et leur charge. Nous connaissons votre sagesse; vous n'aurez pas de peine à saisir notre intention. Mettez à l'exécution de cet ordre toute la dilip,ence qui vous est ordinaire afin de reméilier aux inconvénients qui pourraient en résulter.
23 augusti 1510.
LETTRE V
A Buonaccorso Serracli , podestà de Palaggio.
Tommaso d'Antonio di Pagno , habitant de la ville de Pise, a comparu devant nous, et, comme citoyen de celle ville, a humblement imploré notre pardon; et nous, en vertu de la loi que nous avons rendue en faveur des Pisans qui rentreraient, nous lui avons librement pardonné, et l'avons réintégré dans tous les biens qu'il possédait, à ce qu'il dit, antérieurement à l'année 1494. dans la commune de Marti, lesquels consistent en maisons , oliviers et vignes. En conséquence, nous voulons et commandons que, lorsqu'il sera revenu habiter dans Pise comme à l'ordinaire, tu lui fasses restituer tous les biens qu'il dit lui appartenir dans la commune de Marti, en en faisant sortir quiconque les aurait maintenant en sa possession ; et à l'avenir tu le traiteras et le feras traiter avec amitié, et comme unhommecntièrement revenu à nous en vertu de la loi précitée. Fais en sorte que ce que nous te commandons ne manque pas d'avoir lieu. Benè vale.
26 augusti 1510.