E LA RÉPUBLIQUE
sûreté, nous avons établi un poste de soldats au Poggio impériale ; mais ceite précauiion ne remplit pas encore le but que nous nous étions proposé : en conséquence , ce que nous avions projeté de faire dans l'espace d'un mois ou deux, nous désirerions qu'on l'exécutât , s'il est possible , dans cinq ou six jours. C'est pourquoi nous voulons que tu te rendes sans délai sur les lieux , sans faire semblant de rien , et comme sous prétexte de te promener , et que lu examines les murailles : lu verras de quel côté il serait nécessaire en ce moment de faire des fossés, et en quel endroit il faudrait creuser pour mettre ce lieu entièrement à l'abri d'un coup de main. Si tu pouvais en outre engager les habitants du vicariat de concourir volontairement et à l'amiable à ces travaux particulièrement ceux qui demeurent le plus près de Castel Fiorentino in Sii , il ne faudrait rien négliger pour que cet ouvrage fût terminé en cinq ou six jours. S'il était nécessaire, pour accélérer les travaux, q^un de tes cavaliers y restât de planton, et que tu y allasses toi-même une fois tous les deux jours, ne manque pas de le faire. Mais si tu voyais trop de difficultés dans ces travaux , ou une mauvaise volonté trop prononcée parmi les habitants , tu différeras , et tu nous feras un rapport où tu nous donneras connaissance de tout ce que tu auras pu apprendre sur les lieux.
29 aufïusii 1510.
LETTRE VIII
Aux Commissaires et aux Officiers des canaux et des digues de la commune et du district de Pise
Nous avons ici deux députés , l'un de la paroisse de Saii-Cassiano, et l'autre de San-Lorenzo alla Corte, dans le bailliage de Cascina, qui nous ont exposé que vous leur aviez donné 1 ordre d'envoyer des homuies pour travailler aux canaux et aux digues que Ton fait sur le territoire de Pise, et que, comme ils avaient refusé d'obéir, vous les aviez condamnés à l'amende pour cette contravention à vos ordres. De leur côté, ils souliennent qu'en vertu des conventions avec notre république, ils sont libres et exempts des charges de cette nature, ainsi que vous pouvez le voir vous-mêmes par Va teneur de cet acte que
CORRESPONDANCE
nous vous envoyons , et dont ils réclament la stricte observation. Comme vous le savez , les engafrements que létal contracte envers ses sujeis doivent être inviolablement observés. En cjuséquence , examinez avec attention leurs capitulations ; et si Cil effet elles les exempte de ces charges, nous voulons que vous teniez la main tUeuf exécution, et que vous les fassiez exécuter à leur égard d'une manière scrupuleuse. Et si les condamnations qu'ils ont encourues pour cet objet sont en opposition avec k'sdites capitulations, vous les abolirez, et vous les annulerez comme illégalement prononcées , d'après la teneur de ces traités. Ayez soin que tout ce que nous vous ordonnons reçoive une prompte exécutions.
29 augusli 1510.
LETTRE IX
A messer Bernardino Diivi , de Colle , vicaire de la République à Moate-Castelli.
Il est venu devant nous deux envoyés de la commune de Sant-Almazio, qui nous ont exposé qu'il y a une rivière nommée le Pagone , qui coule entre le territoire de lacommunede Sant- Almazio et celui de la commune de Monte-Castelii,et que quand les habitants deSant Almazio vont abreuver leurs bestiaux , si quelque bète traverse la partie de la rivière qui est du cô'é de Monte-Castelli , les habitants de ce dernier villajje les font dénoncer par leurs gardes pour dommages causés ; et versa vice, les habitants de Sant-Almazio se conduisent de la même manière envers les bestiaux de ceux de Morite Castelli lorsque ces derniers vont les mener boire. Ces accusations se sont multipliées et se multiplient encore à un tel |)oinl , que les habitants se ruinent eux-mêmes par le tort que leur font mutuellement les fréquentes condamnations qu'ils encourent chaque jour. Ces accusations réciproques nous paraissent bien i)eu raisonnables ; car chacun doit pouvoir se servir des rivières de cette espèee sans être sujet à aucune peine. En conséquence , nous voulons et nous te coiimiandons qu'au reçu de la présente, qui te sera remise par les habitants de !a commune de Sant-Almazio, tu fasses paraître devant toi les représentants de la commune de Monte-Gastelli,
et que tu prennes connaissance, hinc indè , de tous les désordres qu'occasionnent ces condamnations pour le fait de mener boire les bestiaux à la rivière ; et lorsque tu te croirassuffisamment instruit, tu tâcheras, tout en évitant d'employer la contrainte , de les décider, par la douceur , à examiner si , même dans l'intérêt de la justice, ils ne feraient pas mieux de s'arranger entre eux à l'amiable. Ce serait une œuvre digne de louange. Si , malgré toutes les démarches , tu ne pouvais réussir, tu renverrais cette cause devant nous , avec tous les éclaircissements nécessaires , et un plan de la rivière à l'endroit où elle traverse le territoire de ces deux communes. Nous entendrons les parties en même tempr-, et nous userons de toute notre diligence pour que la justice ait son cours. Dans ce dernier cas , et pour te mettre en règle , tu donneras connaissance des ordres qui te sont donnés, au jour et de la manière qui te paraîtront le plus convenable.
2 septembr. 1510.
LETTRE X
Aux Consuls de mer.
Quoique nous eussions désiré que les travaux des canaux se conduisissent avec le plus de celé- J riié possible, à cau.-,e de la richesse, des ressour- ' ces et de la salubrité qu ils peuvent procurer au pays ; considérant néanmoins (ju'un grand nombre de communes et de'paroisses, en vertu de leurs capitulations , ne sont point tenues à de semblables travaux ; que les autres, quoique n'ayant pas de capitulations qui les en préservent , sont cepeadaut tellement accablés de misère , par suite des événements passés de la guerre de Pise , et par le défaut de récolte , qui a été presquenuUe cette année, qu'elles se trouvent sans ressource , et qu'elles ne peuvent implorer que notre miséricorde : voulant en conséquence ne point les pousser au désespoir et leur ôter tout moîif d'abandonner le pays, nous voulons. ;U'égard de celles qui refusent de concourir aux travaux par suite des privilèges qn«; leur accordent les capitulations , que vous les observiez et les fassiez observer dans toute leur étendue ; car il ne convient pas qu'on puisse reprocher à cette noble république de mauquer
LETTRES AU NOM DE LA REPUBLIQUE
âses enfïagements. Quanl à celles que l'on peut contraindre à ces travaux, attendu qu'elles n'ont ni conventions ni privilégies qui les en exemptent, nous voulons par les rai.sonsque nous vous avons fait connaître , que vous les traitiez avec ménagement , e( que vous ne vous hâtiez pas de les condamner et de les accabler d'amendes pour avoir refusé de travaillera ces canaux, niais que vous vous conduisiez en celte circonstance envers elles avec une telle douceur , qu'elles semblent plutôt obéir à leur propre volonté qu'à la contrainte. Nous sommes persuadés que votre sagesse saura mettre à profit et le lieu et le temps.
A l'égard des travaux des canaux, s'ils ne pouvaient être terminés dans le courant de l'année en employant les moyens indiqués, on les achèvera l'année prochaine ; car , comme vous comprenez fort bien, nous avons et nous devons avoir bien plus à cœur le bonheur de ces communes et de ces paroisses que ne peut l'être en ce moment l'entreprise des canaux.
Vous avez entendu nos intentions. Usez, en cette circonstance , de votre sagesse ordinaire , de façon gue ces travaux marchent de la manière la plus convenable et la plus prompte, mais en même temps la plus douce , afin de ne point jeter des malheureux dans le désespoir, etc.
5 septembr. 1510.
LETTRE XL A Filippo A&RiGucci , podestà de Colle.
Il paraît qu'un certain Alessandro di Mariano, natif de Colle, et qui se trouve maintenant dans les prisons de Florence à la requête des respectables Huit de la garde et balià de notre ville, a abusé, par force , d'une de ses servantes, âgée seulement de onze ans, de manière qu'il l'a blessée; il paraît en outre que cet événement est parvenu à la connaissance de la femme de Crustofisno, huissier de ton tribunal, de celle du serrurier Lazzaro, et d'une autre femme nor/imée la Parvola. qui se trouvaient, nous at-ondit, avec cette jeune fille, à laver du linge à une fontaine située hors de la porte Passerina de Colle.
Comme nous désirons avoir actuellement une
pleine connais.sance de toute cette affaire, nous voulons et nous te commandons de faire comparaître devant toi les trois femmes ci-dessus nommées, ainsi que la jeune fille; et, sous la foi du serment, de les faire interroger soigneusement, et chacune en particulier, par ton procureur et ton notaire, sur toutes les circonstances de ce fait, avec le plus de décence et de retenue qu'il sera possible, pourvu toutefois que nous ayons une exacte connaissance de l'affaire. Après leur interrogatoire, tii nous feras parvenir une copie de leur déposition, close et cachetée de ton sceaa, par une personne de confiance ; tu nous enverras en même temps la jeune fille, bien accompagnée, et de manière que son honneur ne coure aucun danger.
Ne manque pas d'exécuter ce que nous t'ordonnons avec toute la célérité possible, ayant soin de nous instruire de la personne pa"r laquelle tu nous envoies ces dépositions, et quelle est celle que tu charges d'accompagner la jeune fille.
11 septembr. 1510.
LETTRE XII
A Fraocesco Tommaso Capoxsacchi , irésorier de Saii- Giovauni.
Un député de la commune de Lannolina a comparu devant nous, et nous a exposé que les fréquents orages qui ont eu lieu cette année ont entièrement détruit les récoltes des grains, des vins et des châtaignes; de sorte que les habitants sont réduits cette année à mourir de faim, et qu'ils ne savent où donner de la tête. Ils se recommandent à nous avec instance et nous prient d'avoir pitié d'eux, parce que si on les met en prison pour ne pouvoir payer la taille ni la dîme, ils ne pourront qu'y expirer de besoin.
Comme rien n'est plus convenable que d'avoir pitié des pauvres et des malheureux, si tu acquérais la certitude que ces gens ont en effet perdu celte aimée tout ce qu'ils possédaient par suite desdits accidents , tu aurais pour eux , dans ce cas , lors de la perception de la taille et de la dîme, la compassion et les égards que demande une pareille infortune ; car c'est agir cruelle-
ment que de vouloir tirer quelque chose là où il n'y a rien. Tu es sage et discret, lu pénétreras sans peine nos intentions : comporte-loi donc envers ces malheureux, rclalivemenl à ce que nous venons de le dire, de manière à mériter notre approbation.
ô ociobr. lolO.
LETTRE XIII
Au magnfique Capitaine et Commissaire de la ville de Pise, le seigneur Giov. Batiista Bartoli?!!.
Nous avons vu, par les lettres (jue tu ;is écrites dernièrement au conseil des Dix, qu'il était arrivé près de toi un médecin et quelques individus du Portugal, munis d'un sauf-conduit du dernier conseil des Dix, lesquels passent pour Maures et pour professer une fausse croyance, et que par cette raison lu avais résolu de les renvoyer. De notre côté . considérant que l'on doit plus d'égards à ceux qui viennent sous la foi d'iine autorité publique (quoique cette autorité n'existe plus dans le momeul), et qu'il est extrêmement difficile de juger les sentiments religieux, bons ou mauvais, des hommes; désirant d'ailleurs attirer dans Pise le plus grand nombre possible d'habitants, nous voulons que le susdit médecin et les aun-es Portugais, qui passent , suivant ce que lu nous mandes, pour Maures, soient tolérés à Pise, et qu'ils puissent y demeurer tranquillement, un, deux et même trois ou quatre mois, durant lequel temps on pourra mieux connaître leurs sentiments et la conduite qu'ils tiendront; et, au bout de ce temps, si l'on reconnaît que leur séjour est nuisible , on sera toujours en mesure de les renvoyer. Benè vale.
22décembr. 1510.
CORRESPONDANCE
convient de faire. Nous croyons donc qu'il serait à propos de surveiller attentivement leurs mœurs et leurs i.ahiludes, et de tolérer ceux qui se conduiraient en honnêtes gens et en bons chrétiens, surtout si leur i-éjour dans Pise pouvait être avantaî',eux à la ville. Ceux qui, au contraire, se conduiraient mal, et dont le séjour n'offrirait aucun avantage à la ville, ou qu'on y verrait à contre-cœur, il faudrait leur donner congé sans balancer : c'est une chose que Ton peut mieux juger sur les lieux que nous ici. C'est pouniuoi lu surveilleras avec soin leur conduite, et tu le délermineras selon que tu la trouveras conforme à ce que Ion t'a dit. Pour ce qui est de la maladie, s'il était certain que quelqu'un d'entre eux \înt d'un pays inficté, tu le forceras sur-le-champ à s'éloigner, pour ne pas exposer à la contagion toute une ville si renommée par sa salubrité. Benè vale.
30 décembr. 1510.
LETTRE XIV
Au précédent.
Par la lettre du 24 du présent , en réponse à la nôre, relative aux Maures, nous avons conij)ris tout ce que tu nous marques de leur caractère cl de leurs habitudes; et nous ne pouvons que louer les bons et salutaires avis. .Maintenant, nous avons à cœur de pouvoir connaître ce qu'il
LETTRE XV
A Giov. Serracli, podestà de Piccioli.
Tu verras , d'après la loi rendue au mois d'aot^t 1492, parles conseils alors existants à Florence, que quiconque à l'avenir ira s'établir avec sa famille dans la campagne et banlieue de Pise, sera exempt, pendant les vingt années qui suivront la promulgation de la loi, de toute imposition ordinaire et extraordinaire, tant dans le territoire et la banlieue de Florence que dans le te^j-riioire de Pise, excepté qu'il sera tenu de contribuer à la réparation, au rétablissement et à l'entretien des canaux, chemins, ponts et ponceaux, contigus à la commune sur laquelle il liabiterait, mais seulement pour une portion égale à celle à laquelle sont taxés les autres habitants. ■ de la même commune, ainsi que tu pourras le ' voir plus en détail dans la loi dont il est question.
Or, quelques habitants de la commune de Fabrica ont comparu devant nous, tant en leur propre nom (ju'en celui de plusieurs autres étrangers qui sont venus s'établir en famille dans ladite comnume, et ils se sont plaints de ce que ces jours passés tu leur avais imposé l'obligation de fournir des étoffes et d'autres objets à l'instance de la commune de Fabrica, qui veut même que ces étrangers contribuent