LETTRES A ANT
avons écrit aussi au vicaire de Pescia de faire tous leurs efforts pour envoyer le pain nécessaire à ÎNIonte-Carlo, et de prendre leurs mesures pour qu'il y soit arrivé mercredi soir. Tu pourras te servir pour les autres approvisionnements des chevaux ou mulets qui l'apporteront, attendu que nous avions prescrit au vicaire de Pescia de te fournir le plus {^rand nombre de bêtes de somme qu'il pourrait trouver dans l'étendue de sa juridiction.
Nous n'avons rien d'important à te mander, si ce n'est que nous venons d'être informés , par des lettres de nos commissaires dans le pays d'en haut, que les troupes du duc se sont en grande partie retirées ou dispersées. Il est vrai que nous avons eu vent ce matin qu'il est arrivé à Piombinodeuxcents hommes d'infanterie venant de Pise. Si nous obtenons des renseignements plus exacts, nous le le ferons savoir par une autre lettre. Benè vale.
Ex palatio Florent., die 30 maii 1503.
Decemviri liberialis et balise reip. Florentinae.
LETTRE IV
MAGNIFIGB VIR , ETC.,
Convaincus que les approvisionnements de pain sont ce qui importe par -dessus tout à l'armée, outre ceux qui ont déjà été faits pour cet objet, nous avons cru nécessaire de l'envoyer seize à vingt charges de pain, que nous avons commandées à Antonio d'Ubertino,qui te remettra la présente. Nous voulons en conséquence que lu donnes l'ordre aux troupes de faire usage de ce pain ; et afin que le trésor public n'éprouve aucune perte, tu feras en sorte qu'à l'arrivée dudit Antonio ceux à qui l'approvisionnement du pain est confié dans le camp acquittent, en un seul payement, toute la valeur de notre envoi, au prix ordinaire; ou plutôt, si tu pouvais croire que cela valût mieux, lu prescrirais audit Antoniode le vendre lui-même, ainsi ;jue font les autres, et d'en retirer la valeur par .sa propre main. Benè vale.
Ex palalio Florent. , 31 niaii 1503.
Decemviri libertatis et balise reip. Florentinae.
ONIO GlACOMINL 59<
LETTRE V
Priores libertatis et Fcxilifer justitiœ perpétuas popiili llorenlini.
MAGNIFICE Vllî, ETC.,
Un des devoirs des princes et de ceux qui, dans une république, se trouvent à la tête du gouvernement, est d'instruire leurs sujets et leurs alliés de tous les événements qui peuvent accroître la splendeur et la gloire de l'État, et contribuer à son bonheur, afin que, s'ils partagent leurschagrins dans les revers, ils puissent prendre part également a ce qui leur arrive d'heureux. C'est dans cette considération que nous nous empressons de l'annoncer l'heureuse nouvelle que nous avons reçue aujourd'hui, que hier matin, avec la grâce de Noire-Seigneur Dieu tout-puissant. Sa Sainteté le pape a élevé ;ui rang de cardinal le révérend monseigneur Francesco Soderini, évêque de Volterra. Ce rare présent, que notre république désirait avec tant d'ardeur, est regardé par nous comme le commencement de son bonheur et de la ruine des rebelles et de nos ennemis. Nous n'avons donc pas cru devoir négliger de l'en donner connaissance. Nous verrions avec plaisir que l'on employât quelque moyen de faire parvenir cette nouvelle jusque dans Pise, afin que les habitants pressés par nous d'un côté, et fondant leur espoir sur les secours d'autrui, connaissent enfin jusqu'oii leur espérance peut désormais s'étendre. Tu le communiqueras en même temps aux seigneurs gouverneur, condottieri et autres chefs de l'armée, et tu en feras rendre ensuite des actions de grûces à Dieu , dont la bonté infinie a daigné donner un tel lustre à notre république, et accorder à l'un de ses enfants un rang digne de notre grandeur, de ses vertus et de sa sagesse. Benè valete.
Ex palatio Florent., die prima junii 1503.
LETTRE VI
HAGNIFICE VIR , ETC. ,
Depuis hier jusqu'à ce matm nous avons reçu deux de tes lettres d'avant-hier, toutes deux datéesde Filet to,runeà la douzième heure du mat in, etl'autreà la deuxièmeheuredu soir. Après avoir examiné d'abord le chemin que tu as dii parcourir pour arriver à ce campement, et toutes les opéra-
CORRESPONDANCE
fions que tu as faites dans lecourant de cette journée, nous n'avons pu qu'en être satisfaits, et nous t'en louons bien sincèrement, et comme tu nous as marqué qu'il te reste encore pour deux jours à opérer de ce côté du Cerchio, nous présumons qu'il n'est pas certain que tu le trouves aujourd'hui à Monte-Carlo, comme il avait été d'abord convenu; mais nous avons l'espoir que tu surmonteras en quelque sorte par ta prudence les difficultés relatives aux vivres. De notre côté, nous n'avons pas manqué de faire tout notre possible pour que tu trouves à Mont-Carlo des rafraîchissements en abondance : outre les approvisionnements ordinaires, nous avons ordonné des réquisitions de vivres à Prato et à Pescia ; et l'on nous a répondu de ces deux endroits que l'on prendrait toutes les mesures pour nous satisfaire. Mais tout cela ne nous ayant point paru suffisant, nous y avons envoyé d'ici vingt cliarges de pain ; et quoique nous ayons fait espérer aux voituriers qui les portent qu'ils seraient congédiés immédiatement après leur arrivée sur les lieux, nous voulons que tu les emploies, selon l'occurrence, à tous les besoins du camp : de cette manière nous comptons que lu ne manqueras pas de mulets, puisque nousavons d'abord ordonné qu'on en envoyât cent soixantecinq ; qu'ensuite nous en avons ajouté cinquante autres, qui ont dû arriver hier à Bientina; plus les vingt qui viennent avec le pain, et qui doivent être ce soir à Pescia; et qu'enfin le vicaire nous a promis en outre de t'en procurer quarante à cinquante autres tirés de son pays. Tu pourras encore retenir les bêles de somme qui t'apporteront des vivres de Praio. Nous sommes donc assurés maintenant qu'au moyen de ce pain et des bêtes de transport, tu pourras former un convoi assez considérable pour pouvoir continuer ton expédition pendant cinq ou six jours ; ce que nous désirons bien vivement , et à quoi nous t'engageons de faire tout ton possible. D'ailleurs, tu dois avoir des forces suffisantes, puisque le duc Savelli doit t'avoir déjà rejoint avec le quart de ses troupes. Tu les emploieras avec les autres dans ton expédition; et si le duc te touchait quelques mots de ia solde, prétextant de ne l'avoir pas reçue et de ne pouvoir par conséquent marcher en avant , comme il est d'usage parmi ses pareils, tu sauras que jusqu'à ce jour il a reçu mille ducats d'or ,
et qu'aujourd'hui même on lui en envoie trois
cent cinquante , laquelle somme dépasse ce qui lui revient, puisqu'il n'a avec lui que vingtquatre hommes d'armes et seize mousquetaires; tandis qu'il devrait avoir pour remplir ses engagements quarante hommes d'armes et vingt mousquetaires. Nous lui écrivons, et tu pourras le lui dire de ton côté , qu'aussitôt que sa troupe sera au complet il peut être certain que nous ne manquerons pas à nos engagements , et que nous ne craignons pas non plus qu'il puisse manquer aux siens envers nous. Les troupes de Gonzague sont aujourd'hui à Barberino; demain elles suivront la route du côté de Val-di-Nievole; en conséquence tu laisseras au vicaire les ordres relatifs à ce que tu veux qu'elles fassent, et à l'endroit où ton intention est qu'elles te rejoignent. Si tu croyais avoir d'abord quelque chose à leur communiquer, tu l'écriras à Pierre Francesco Ridolfi qui les commande.
Nous avons reçu hier une lettre de Pier Antonio Carnesecchi en date du 29 du mois passé, par laquelle il nous mande qu'il se trouvait sur le territoire de Lombardie ; qu'il s'était rencontré à Borgo-San-Donnino avec le bailli d'Occam, qui conduit quarante archers, et qu'ils étaient convenus ensemble de venir de ce côté par la route de Ponlremoli; se proposant de te; rejoindre, soit au camp , soit à Cascina, selon] qu'ils y trouveront plus de facilité et plus de sûreté. Nous t'en donnons avis afin que tu puisses tirer profit de son arrivée; et lorsque tu apprendras de ses nouvelles tu feras préparer les étapes sur le chemin qui te paraîtra le plus à propos pour t'aboucheraveclui. Nous avons adressé au vicaire de Pescia une lettre pour Pier Antonio Carnesecchi , avec ordre de la lui faire parvenir par la voie où il croira pouvoir le rencontrer. Cette lettre lui indique ce que nous désirons qu'il fasse. Tu trouveras à Monte- Carlo deux cents ducats, dont tu pourras te servir en partie pour les dépenses du matériel : tu prescriras à Pier Pitti d'en débiter les communes pour le compte desquelles ces payements seront faits, afin que nous ayons la faculté de pouvoir leur en faire l'abandon ou d'en exiger le remboursement. Benèvale.
Ex palalio Florent., die prima junii 1503, horâ 18. Decemviri liberiaiis et baliae reip. FloreutiuaB.
LETTRES A ANTONIO GIACOMINI.
P. S. Pour plus de sùrclé nous croyons devoir l'envoyer éjpleineni; une lettre adressée à Pier Antonio Cainesecclii , de la même teneur que celle que nous avons adressée au vicaire de Pescia. Tu feras tout ton possible pour la lui faire parvenir par le chemin où tu présumeras qu'on peut le rencontrer ; et si tu croyais devoir lui écrire de ton côté, ou lui donner quelques instructions particulières, tu en es entièrement le maître.
3vec la présente lettre tu recevras un paquet ficelé et cacheté, contenant cinq cents ducats d'or. Nous avions déjà ordonné au vicaire de Pescia de t'en remettre deux cents à ton arrivée de Monte-Carlo. Notre intention est que, sur ces sept cents ducats, lu en donnes trois cent cinquante au seigneur Luca Savello; quant aux trois cent cinquante autres, tu les emploieras aux dépenses du matériel, et à tous les autres achats nécessaires pour les besoins courans. Tu feras entendre en outre à Savello ce que nous t'avons dit précédemment; c'est-à-dire, que lorsque sa compagnie sera au complet , on lui payera le reste de son prêt.
Quant à l'argent qui te restera entre les mains après le payement du seigneur Luca Savello^ tu pourras, si tu le juges à propos, en donner une partie au seigneur gouverneur.
LETTRE Vil.
MAGINIFICE VIR, ETC.,
Nous avons reçu ta dernière lettre, en date d'hier soir, par laquelle nous sommes informés que tu as terminé l'opération que tu avais entreprise de l'autre côté du Gerchio, et que tu devais revenir aujourd'hui à Monte-Carlo pour y faire rafraîchir l'armée. Nous devons croire que tu y es arrivé maintenant, et que tu y auras trouvé de l'argent, des mulets et du pain; de même que tu auras vu, par plusieurs de nos lettres adressées à Monte-Carlo, les dispositions que nous avons prises et les ordres que nous avons donnés pour satisfaire à tous les besoins de l'armée. Nous n'aurions donc qu'à te répéter ce qu'elles contiennent, et ce serait le faire perdre le temps, ainsi qu'à nous. H ne nous reste qu'à te féliciter, ainsi que le gouverneur et les autres condottieri , de l'opération
UACCHIAVELLI. II.
qui vient d'avoir lieu, et de vous exhorter à montrer, dans ce qui reste encore à exécuter, le même courage que vous avez déployé jusqu'à présent. Chacun ici a la même confiance et espère le même succès.
Quant à l'avis de l'arrivée du bailli d'Occam, tu auras sans doute pris connaissance de ce que contenait notre dernière lettre. A l'égard des demandes que l'adresse Pier Antonio Carnesecchi, relativement à l'escorte et aux logements, tu n'es point tenu de faire l'impossible; et ce seigneur, en arrivant , ne pourra se plaindre d'être logé comme on l'est à l'armée. Nous nous bornons à te rappeler de bien recommander à Pier Antonio de faire attention au chemin qu'il doit prendre pour te rejoindre sans danger; et s'il n'y avait pas sûreté pour lui à venir au camp, tu lui écriras de se diriger par la route de Cascina. Ne manque pas surtout, quel que soit le lieu dans lequel tu entres en conférence avec lui, de lui rendre les honneurs qui conviennent à un personnage de son caractère et à un gouverneur général de toutes nos armées. Tu donneras avis de tout à Ercole , afin qu'il n'en résulte de sa part ni trouble ni ressentiment. Monseigneur de la Trémouille est parti le 26 du mois passé, de Lyon, pour venir en Italie, et ion nous a informés de Milan que le bailli de Dijon a déjà réuni sous ses ordres six mille Suisses. On attend à Gênes trois mille hallebardiers gascons , et l'on a donné des ordres pour l'équipement d'une flotte considérable. On croit qu'avant la fin du mois toute l'armée française aura traversé la Toscane pour se diriger sur le royaume de Naples. Fale.
Ex palalio Florent., 2junii 1503.
Deceinviri libertatis et baliae reip. florentinae.
P. S. Ainsi que nous te l'avons dit , nous croyons que lu trouveras à Monte-Carlo des approvisionnements^ suffisants : néanmoins , au moment de la levée du camp, tu nous informeras du liesi où tu veux aller l'établir, et tu nous donneras connaissance de ce qui te manque, de l'endroit où le besoin se fait sentir, du chemin par lequel nous devons t'envoyer ce qui t'est nécessaire, et enfin du point sur lequel il faudra diriger les vivres, afin que, de notre côte, nous prenions toutes les mesures qui dépendront de nous.
CORRESPONDANCE
LETTRE VIII
ItlAGIXinCE Vm , ETC. ,
i'a lettre d'hier au soir nous a causé
un
véritable chagrin; car nous étions persuadés qu'il te restait assez de vivres pour le temps (jue doit encore durer ton expédition. Jean Baptiste del' Nero étant arrivé ici aujourd'hui, nous l'avons fait venir devant nous, et lui avons donné lecture de ta lettre : il en a également témoigné son étonnement, et il assure qu'en comparant le second approvisionnement de pain avec le premier, ce second est au moins du double plus considérable, et que si l'un a suffi pour quatre jours, il ne peut croire que l'autre n'en puisse durer cinq. Nous lui avons répondu qu'il était nécessaire de faire des efforts et de veiller sur ce que, dans de semblables circonstances, l'abondance régnât; nous l'avons fait sur-le-champ monter à cheval , afin de faire arriver le plus de pain qu'il sera possible à Monte-Carlo, en exécution des ordres que tu as donnés. Il nous a promis de s'y conformer, et nous a dit qu'il en avait une certaine quantité à Fucecchio et dans les antres lieux environnants. Nous sommes tombés d'accord sur ce point avec lui , et nous nous en reposons entièrement sur ses promesses , attendu que le temps nous presse, et que nous ne pouvons prendre d'autres mesures. Tu donneras des ordres, ainsi que tu nous l'as écrit, pour qu'il trouve une escorte à Monte-Carlo,
Quant au bailli d'Occam, on a insinué à Pier Antonio Carnesecchi de tâcher de le conduire à Cascina : cette mesure nous paraît la plus convenable, attendu que sa compagnie a eu beaucoup à souffrir de la chaleur, et qu'elle pourra prendre là quelques jmu's de repos. Si tu avais à récrire à Pier Antonio, répète-lui la même chose. Quant à la lettre que le bailli t'a envoyée, nous voyons avec plaisir que tu aies envoyé à Lucques un de tes secrétaires pour y vérifier les plaintes des Lucquois. Il est nécessaire d'en agir toujours de même â l'avenir, et de constater les plaintes qui pourraient s'élever des deux côtés, sans rien négliger de fout ce que tu jugerais honorable et utile pour notre république et sans te laisser arrêter par aucune considération; car nous savons que Sa Majesté trèschrétienne ne voit qu'avec déplaisir que nous
soyons contrariés et maltraités par nos voisins. Benè vale.
Ex palatio Florent., 4junii 1503.
Decein viii liberlatis etbaliœ reip. florenlinap.
P. S, Le seigneur Giov. Gonzague est arrivé hier à Pralo. Emploie-le de la manière que tu croiras la dIus convenable.
LETTRE IX
MAGNIFICE VIR , ETC. ,
La dernière lettre que nous avons reçue de loi est sous la date du 4 du présent mois, à la vingt-deuxième heure. C'est avec une bien vive satisfaction que nous avons appris la fuite des ennemis et les dispositions que tu avais prises pour l'expédition ordonnée. Comme nous n'avons cessé de prescrire que l'on dirigeât continuellement sur Monte-Carlo des approvisionnements de pain, nous n'en disons pas davantage sur cet objet; d'ailleurs, nous espérons que tu as dû en être abondamment fourni, selon la promesse de Jean-Bapliste del' Nero. Estimant toutefois que toutes tes opérations pourront être terminées dans trois ou quatre jours, nous croyons devoir penser maintenant A quoi l'armée sera employée, afin de ne point perdre un temps inutile; et, bien que nous réclamions avec instance lA-dessus les conseils, ainsi que ceux du gouverneur et des autres chefs de l'armée, néanmoins, après un examen approfondi, nous avons pensé qu'il conviendrait de s'emparer de Vico, ou de Librafatta et de la Verrucola. Si l'on se décidait à faire une de ces entreprises, nous voudrions savoir de toi ce qui te serait spécialement nécessaire, c'est-à-dire le temps dans lequel tu croirais pouvoir la terminer; la quantité de poudre, de canons, munitions, et autres objets indispensables pour faire le siège d'une place telle que Vico, par exemple, ou telle autre de celles désignées, en ayant soin de ne rien oublier.
D'après un passage de ta lettre, il semblerait que l'on a laissé les blés trop longtemps sur pied, et que les Pisans pourraient en tirer quelque parti. Dans cette circonstance , nous avons dû examiner s'il ne vaudrait pas mieux différer un peu notre entreprise sur Vico, et s'arrêter avec nos troupes dans la Val-di-Cerchio, en les
LETTRES A ANTONIO GIACOMINI.
metlant à même de recueillir ces grains et les faire tourner au profit de notre pays. La conduite à suivre en celte circonstance mérite la plus sérieuse attention ; car rien ne serait plus honteux ni plus désavantageux pour nous que de voir les Pisans profiter du blé que nous aurions coupé pour eux. Examine donc cette affaire, et consulte-toi pour savoir s'il y aurait du profit ù s'arrêter quelque part dans cette dernière vue. Et si tu étais d'avis qu'on pût et qu'on dût suivre ce parti, instruis-nous de ce que nous aurons à faire de notre côté, des mesures à prendre et des lieux sur lesquels il faudra faire transporter les vivres. Tu ne négligeras point, dans ton examen, de considérer ce projet sous toutes ses faces , et tu nous donneras sur-le-champ connaissance de ta détermination. Comme nous désirons qu'on ne perde pas une heure de temps, tu nous instruiras en détail de tout ce qu'il conviendra d'entreprendre lorsque cette opération sera terminée.
Nous joignons à notre dépèche une lettre pour Pier Antonio Garnesecchi, et une autre pour le bailli : tu les leur feras remettre s'ils sont auprès de toi. S'ils étaient allés à Gascina, tu garderas ces lettres, parce que nous leur en avons envoyé un duplicata dans cette direction. Si le bailli se trouvait avec toi, comme nous le pensons, tu lui communiquerais tout ce que nous venons de te dire, et tu prendrais son avis, ainsi que celui de nos autres condottieri. Benè vale.
Ex palatio Florent. , die 6 jiinii 1503, Decem viri libertatis el balise reip. floi*enlinae.
LETTRE X
MAGniFlGE VIR, ETC.,
Nous avons écrit liier dans deux directions : nous te demandions ton avis sur ce qu'il conviendrait de faire de l'armée après qu'on aurait ravagé le pays; nous attendions ta réponse lorsque nous avons reçu ta lettre eu date du 6 , à la troisième heure de la nuit. Nous y avons vu avec plaisir la grande opération que tu as exécutée, mais d'un autre côté nous avons éprouvé quelque peine, pour deux raisons : d'abord, en apprenant que les Pisans ont versé dans Pise la majeure partie des grains de Barbericina et de Saint-Rossore,
et que l'ennemi pourra, suivant toi, tirer facilement parti des blés coupés par nous. Nous sommes persuadés qu'il n'a pas été en ton pouvoir de prévenir le premier de ces accidents, en empêchant les grains d'entrer dans Pise ; car nous pensons que tu ne saurais ignorer combien il en résulte pour nous de dommages Mais, puisqu'on n'a pu y mettre obstacle, nous désirons du moins qu'on remédie au second; c'est-à-dire qu'on ne laisse point les Pisans profiter des blés coupés : car, à notre avis, outre les graves inconvénients que nous en éprouverions , nous en retirerions encore une honte véritable. Gomme nous désirons ardemment que l'on remédie ù cet inconvénient par tous les moyens possibles, nous t'ordonnons de tout employer pour que l'armée ne s'éloigne pas des lieux où elle se trouve actuellement sans avoir rempli le double objet que nous t'imposons : l'un est de ravager tout le territoire ennemi , sans rien épargner ; l'autre est de faire en sorte que les Pisans ne puissent en aucune manière profiter du blé coupé; et , pour y parvenir , tu emploieras les moyens que tu jugeras les plus opportuns, comme de faire rentrer ces blés dans des lieux où nous en tirions parti nous-mêmes, ou de les mettre en tas et de les brûler, ou de les détruire par toute autre voie qui pourrait s'offrir à toi et dont il nous serait impossible de te donner l'ordre. Nous sommes convaincus seulement qu'instruit , ainsi que les seigneurs condottieri, de notre désir, tu n'épargneras aucun effort pour nous satisfaire; et si tu avais besoin, comme nous le croyons, de vivres frais , tu n'as qu'à envoyer l'escorte à Monte-Garlo , où Jean Baptiste del' Nero nous annonce avoir conduit de nouveau vingt moggia de pain. Tu feras en sorte également que le bailli presse les Lucquois de permettre le hbre passage sur leur territoire aux vivres qu'il faut porter de votre côté. Si l'on peut obtenir cette permission , tu prescriras la manière dont on devra se conduire , et tu nous en donneras avis. Et si, en envoyant nos mulets à Monte-Garlo pour y porter des vivres, tu jugeais à propos de les charger de ces blés coupés, nous te conseillons de le faire. Tu exhorteras enfin les troupes à continuer de donner à la république les mêmes marques d'amour, afin que nous puissions les en récompenser quand le temps sera
CORRESPONDANCE
venu ; et leur espérance ne sera pas trompée. Quant à la satisfaction que nous attendons de leur part , elle consiste à ne rien épar^jner sur le territoire ennemi, et à opérer de manière [(ue les Pisans ne puissent mettre à profit ni le blé déjà coupé, ni celui qui doit l'être. Vale.
Ex palalio Florent. , die 7 juiiii 1503 , horâ 2 noctis. Decemviri libertatis et balise reip. florentin»).
LETTRE Xî.
MAONIFICE Vm, ETC.,
Le porteur de la présente sera Rat'faello Rovai, notaire pour le recrutement : il vient te trouver avec un maréchal, que nous envoyons pour passer en revue les hommes d'armes qui restent encore. Nous n'avons pas cru devoir faire une plus grande dépense pour passer cette revue, dans la juste confiance que tu la feras faire en présence de l'un de vous, et que vous n'admettrez que des hommes et des chevaux propres au service. Benè valete.
Ex palatio Florent., 15 junii 1503.
Decemviri libertatis et baliae relp. florentlnae.
LETTRE XII
MAeniFICE vm , ETC.,
Cette lettre te sera remise par maestro Luca del Caprina , que nous envoyons vers toi pour l'affaire de la Verruca. Lorsqu'il sera arrivé, tu examineras tout ce qui est nécessaire pour une telle opération. Quant aux choses dont tu pourrais avoir besoin , tâche de t'en procurer de ton côté le plus qu'il te sera possible afin de nous donner moins d'embarras : ce qu'on ne pourra te fournir là-bas pour notre compte, tu nous en donneras avis, et nous nous efforcerons surle-champ d'y pourvoir. Tu examineras encore cette affaire avec ceux des condottieri en qui tu as le plus de confiance, et tu commenceras l'opération avec tout ce que tu pourras trouver sur les lieux afin de profiter du temps; car dans cette circonstance, une des choses auxquelles nous attachons le plus d'importance, c'est de ne point perdre un moment , et tu feras en sorte que l'on n'en laisse point échapper un seul. S'il le semblait que maestro Luca eût les qualités nécessaires pour bien conduire cette opération.
ainsi qu'il nous l'a assuré , tu ne nous le renverrais pas, mais tu mettrais sans délai la main à l'œuvre. Tu nous donneras une connaissance particulière de tout ce qui pourrait te manquer. Benè valete.
Ex palatio Florent. , die 27 junii 1503. Decem viri libertatis et baliae reip. florenlinac
LETTRE XIII
MAONIFICE VIR , ETC.
Nous n'aurions rien eu à t'écrire ce soir, tes lettres ne nous étant point encore parvenues, si nous ne venions d'apprendre que quatre cents hommes d'infanterie sont partis de Rome, se dirigeant vers Pise. Cette nouvelle pourrait être exacte , s'il était vrai , ainsi que tu nous l'as écrit plusieurs fois , que les Pisans s'entendent avec le duc : aussi avons-nous voulu t'en donner avis , afin que tu puisses prendre les mesures capables d'empêcher l'entrée de ces troupes .si elles arrivaient par terre, être sur tes gardes .si elles venaient par mer et nous en informer, pour que nous prenions ensemble nos précautions contre cet accroissement de forces. Quant à toi , tu écriras, dans tous les lieux des environs, qu'on s'oppose à leur passage si elles avaient l'audace de le tenter.
Jugeant qu'il était inutile à l'avenir de conserver le service des postes, nous les avons levées ce soir.
Quant à toi , Antonio , nous te disons de nouveau que sous deux jours, sans faute, nous t'enverrons ton changement ; ainsi tu peux être sans inquiétude. Benè valete.
Ex palatio Florent., dieUjulii 1503, horâ 2 noctis. Decemviri libertatis et baliae reip. florentinae.
LETTRE XIV
Les respectables Dix de la liberté et balià de la république de Florence, considérant que, dans les capitulations conclues entre la haute seigneurie de Florence, d'une part, et la commune de Pise, de l'autre, sous la date du 4 juin 1509, le dix-septième article est conçu de la manière suivante :
«Que toute dette contractée, soit par la com- «mune de Pise, soit personnellement par le.s
LETTRES A ANTONIO GIACOMiiM.
«particuliers de cette ville, ou les habitants de «la campagne résidant actuellement à Pise, en- « vers la commune de Florence, ses administra- « leurs ou ses magistrats, soit par la commune R seule de Pise, envers les administrateurs, ma- «gistrats ou simples citoyens de Florence, sera a définitivement annulée, et ne pourra donner « lieu par la suite à aucune réclamation. »
Désirant ôter tout prétexte aux discussions et aux difficultés que cet article pourrait faire naître, et en éclaircirle sens autant qu'il dépend d'eux, ils ont délibéré de leur côté, et, par suite de leur délibération, ils ont déclaré et déclarent avoir entendu casser et annuler toutes les dettes que, durant l'espace de temps prescrit par lesdites capitulations, auraient contractées un citoyen ou un paysan, ou plusieurs citoyens ou paysans de la commune de Pise , avec quelque administration, recteur ou magistrat de la commune de Florence, par suite de condamnation ou amende; et ils ne veulent pas qu'on puisse réclamer le montant de ces condamnations ou de ces amendes; comprenant sous le nom de citoyen ou de paysan pisan tous ceux qui habitaient la ville de Pise antérieurement au jour de ladite capitulation. C'est pourquoi nous voulons et ordonnons que chacun observe religieusement ces clauses, s'il attache quelque prix aux témoignages de notre satisfaction.
Mandantes^ etc.
Ex palatio Florent, , die 13 julii 1503.
PATENTE DOLIVIERI GUADAGNI.
Nous, Dix de la liberté et balià delà république florentine, signifions à quiconque verra les présentes lettres patentes, que, pleins de confiance
dans la vertu , l'expérience et les bonnes qualités de notre respectable et très-cher concitoyen Olivieri, fils de Simone Guadagni, actuellement vicaire de la république à Val-d'Arno, l'avons choisi pour notre commissaire dans toute l'étendue de ladite juridiction, avec les pouvoirs les plus amples dans toutes les affaires relatives à la guerre ou qui en dépendent. En conséquence, commandons et ordonnons à tous ceux qui habitent dans ledit vicariat, d'obéir audit Olivieri, dans toutes les susdites affaires, de la même manière que si c'était nous-mêmes qui commandassions.
Mandantes, etc. Datiim, etc.
In palatio Florent. , die 4 augusti 1505.