C..., il faut homme- ci : il
être sur ses gardes avec cet est fin comme trente mille diables , et il me semble qu'il s'est aperçu que vous en vouliez faire votre jouet; car, lorsque votre messager est arrivé, il m'a dit : «Peste! «il doit y avoir quelque affaire importante, car «les messagers se multiplient;» puis, lorsque j'ai eulu voire lettre, i! a ajouté :«Je crois que le « gouverneur me promène, aussi bien que vous, w J'ai fait semblant de ne pas le comprendre, et je lui ai dit qu'il s'aj^issait d'une affaire que je n'avais pu terminer avant mon départ de Florence, et qui vous concernait, ainsi que moi; que je vous avais prié de m'informer si vous en entendiez parler à Modène, et que c'était pour cela que vous m'écriviez. Maintenanr, je tremble de tout mon corps, tant j'ai peur qu'il ne lui prenne une lubie, et qu'il ne me renvoie à l'auberge. Veuillez chômer demain, afin que cette plaisanterie ne tourne point à mal. Cependant on ne pourra m'arracher du corps le bien que j'ai reçu, tels que les bons repas, les lits somp-
CORRESPONDANCE
tueux , et mille autres douceurs, qui depuis trois jours m'ont entièrement restauré.
J'ai entamé ce matin l'affaire de la division : aujourd'hui je dois en venir aux mains; demain je lâcherai de l'expédier.
Quant au prédicateur, je ne crois pas en \oiiir à mon honneur : il fait le récalcitrant. Le père supérieur dit qu'il l'a promis ailleurs; et je crains de m'en reîourner avec ma courte honte. Je m'en veux assez de mal , ne sachant plus comment me présenter devant Francesco Vetîori et Francesco Strozzi , qui m'ont écrit en parliculier sur ce sujet, en me priant de faire tout mon possible pour qu'ils puissent {jouter pendant ce carême une nourriture spirituelle dont leur âme profite; et ils ne manqueront pas de dire que je les sers toujours de la même manière : car l'hiver passé me trouvant un samedi soir avec eux à la villa de Giovanni Francesco Ridclfi, ils me chargèrent de trouver un prêtre pour leur dire la messe le lendemain malin. Vous devez bien penser que la chose alla de .sorte que ce bienheureux prêtre n'arriva que lorsqu'ils eureiit dîné : aussi tout ce qui s'y trouvait alla sens dessus dessous, et chacun d'eux m'en sut très-mauvais ^ré. Si, dans cette circonstance, j'ajoute un nouveau mauvais tour au premier, songez quelle mine de possédés ils vont me faire. Je compte donc que vous leur écrirez deux lignes , et que vous m'excuserez du mieux que vous pourrez.
A l'égard de l'histoire et des républiques de gens à sandales, je crois que je n'aurai rien perdu à ce voyage , car j'ai vu une foule de contestations et de règlements qui conliennent d'excellentes choses , dont je compte me servir dans l'occasion, surtout comme sujet de comparaison. Ainsi . lorsque j'aurai à parler du silence je dirai : Ils étaient plus silencieux que des moines quand ils mangent; et ainj^i de suite j'amènerai à propos mille autres belles découvertes que m'a apprises une expérience de quelques jours seulement.
Nicolas .Maccuiavelh.
A Carpi 5 le 19 mai 1521.
LETTRE Lin.
Au même, en Romagne.
{Fragment.)
. . .Je me suis appliqué, et je me livre encore pendant que j'habite la campagne , au travail de mon histoire. Je donnerais volontiers dix sous , pour ne pas dire plus , pour que vou.s fussiez près de moi et que je pusse vous montrer où j'en suis; car étant sur le point d'aborder certaines particularités , j'aurais besoin desavoir de vous si je ne cours pas risque de déplaire , soit en rehaussant , soit en rabaissant les événements. Toutefois je tâche de me conseiller moi-même , et de faire en sorte que , tout en disant la vérité , personne ne puisse se plaindre de moi.
Nicolas Macchiavelli.
Le 10 août 1524.
LETTRE LIV. A Nicolas Macchiavelli.