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le monde parfaitement éclairé sur l'ambitioiî de l'empereur, il semblait naturel que chaci'.n désirât de s'en mettre i\ l'abri; et il était impossible de trouver une meilleure occasion : mais sur ces entrefaites est arrivée la nouvelle que l'empereur et le roi de France s'étaient accordés; que ce dernier cédait la Bourgogne et épousait la sœur de l'empereur, auquel il laissait les quatre cent mille ducats de dot de cette princesse, qu'il dotait lui-même dune somme pareille ; qu'il livrait pour otages ses deux plus jeunes fils, ou le Dauphin, et qu'il faisait l'a bandon de tous ses droits sur Naples, Milan, etc. Ceux qui ajoutent foi à cet arrangement sont en aussi grand nombre que ceux qui n'y croient pas : et je vous en ai dit les raisons. Quant à moi , je suis persuadé qu'il ne s'est arrangé avec le roi de France que pour empêcher tout rapprochement de ce prince avec l'Italie; il fera ensuite des difficultés, et finira par rompre entièrement. Nous verrons ce qui résultera de tout ceci.
Je comprends tout ce que vous me dites de votre affaire , et comme quoi il vous semble avoir le loisir d'y penser, attendu que les temps ne sont point favorables. Je vous répondrai en deux mots et avec cette franchise que me commandent l'amour et le respect que j'ai pour vous. Autant que je me souviens on a toujours fait la guerre, ou l'on en a toujours parlé: en ce moment on se contente d'en parler; dans peu de temps on la fera ; et lorsqu'elle sera terminée, on en parlera de nouveau : ainsi il ne sera jamais temps de penser à rien. lime semble même que ces temps-ci sont plus favorables qu'aucun autre pour votre affaire; car si le pape a le projet d'agir, ou s'il craint d'être inquiété , il ne peut nullement se passer de vous; et en conséquence il doit désirer de vous faire plaisir.
Nicolas Macchiavelli.
Florence, le 3 janvier 1525(1526).
LETTRE LXIV
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