SCÈNE IV
SOFROrSlA , seule.
Certes, pour qui a connu Nicomaco il y a un an et le fréquente aujourd'hui, il y a de quoi rester stupéfait ii voir la complète métamorphose qui s'est opérée en lui. C'était alors un homme grave, ferme, réservé. 11 employait son temps honorablement : levé le matin de bonne heure, il entendait la messe, et s'occupait de la provision da jour; ensuiie il expédiait les affaires qu'il pouvait avoir à !a place . au marché et auprès des magistrats; quand il n'en avait pas, il se livrait à d'intéressantes conversations avec quelqu'un de ses conciloyens, ou bien, retiré chez lui dans son cabinet, il établissait ses écritures et mettait ses comptes à jour: et puis le dîner de famille lui offrait un agréable passetemps; le dîner fini, il s'entretenait avec son fils, lui donnait de sages avertissements, lui enseignait à coimailre les hommes, et par quelques exemples anciens ou modernes lui apprenait la vie ; il sortait ensuite , et consacrait sa journée aux affaires ou û des délassements sérieux et honorables; le soir venu, VJçe Maria le trouvait toujours au logis ; il passait quelques instants avec nous au coin du feu si c'était l'hiver, et puis se retirait dans son cabinet pour donner encore un coup d'œil à ses affaires; enfin à la troisième heure il prenait gaiement place au souper. Cette vie régulière était un exemple pour tout le monde dans la maison, et chacun eût été honteux de ne le pas imiter ; aussi l'ordre et le bonheur y régnaient ensemble. Mais depuis que la fantaisie de cette jeune fille lui a passé par la tète ses affaires sont négligées , ses biens se détériorent , son commerce se perd ; il crie toujours et sans savoir pourquoi; il entre et sort mille fois par jour et il serait bien embarrassé de dire ce qu'il fait; il ne revient jamais aux heures fixées pour le diner et le souper ; si vou-
lu! parlez, il ne vous répond pas ou vous répond tout de travers. Les valets qui voient cela font de lui mille railleries, et son propre fils a mis bas tout respect; chacun agit à son caprice, et enfin personne ne se gêne pour faire ce qu'il lui voit faire A lui-même. Ce que je craim; maintenant, c'est de voir celle pauvre maison tomber complélCRient en ruines si Dieu ne nous donne secours. Je veux pourtant aller à la messe, et me recommander à Dieu deloute la force de mon âme. Mais voici Eustachio et Pirro qui se chamaillent. Beaux maris vraiment pourClizia!