‹ Œuvres complètesChapitre 54 sur 323 · PIRRO , EUSTACHIO · texte numérisé non relu

PIRRO , EUSTACHIO

PIRRO. Que viens-tu faire à Florence, mauvaise pièce .^

EUSTACHIO. Ce n'est pas à toi que j'en veux rendre compte.

PIRRO. Te voilà bien requinqué ! tu me fais l'effet d'un privé badigeonné à neuf.

EUSTACHIO. Je ne sais comment il se fait que les enfants ne jettent pas des pierres après toi , fou sans cervelle.

PIRRO. Nous verrons bientôt qui aura le plus de cervelle de toi ou de moi.

EUSTACHIO. Prie le bon Dieu que le patron vive longtemps : sans lui tu irais mendier ton pain.

PIRRO. As-tu vu Nicomaco?

EUSTACHIO. Pourquoi veux-tu savoir si je l'ai vu ou non ?

PIRRO. Ce sera bientôt ton affaire de le savoir , car s'il ne change pas de sentiment tu peux t'en retourner au plus vite à la campagne, ou bien il t'y fera conduire par les archers.

EUSTACHIO. Mon arrivée à Florence te donue donc bien du fil à retordre ?

PIRRO. Elle en donnera plus à d'autres qu'à moi.

EUSTACHIO. Laisses-en donc le souci aux autres.

PIRRO, à part. En attendant nature pâtit.

EUSTACHIO. Tu regardes et tu ricanes!

PIRRO. Je regarde que tu ferais un beau mari!

EUSTACHIO. Or donc, sais-tu ce que je te veux dire ? Le duc aussi élevait des murailles '. Si

* Il y a ici une allusion et un jeu de mot.s qu'il faut expliquer. Il parait que le duc c'est Gauthier, duc d'Athènes, dont Macchiavelli a raconté ksavenluresdans son hisloiro de Florence, anuées 1325 à 1342. Ce duc. h qui ie

CLIZIA. — ACTE lli, SCÈNE I.

elle te prend , nous la verrons bientôt courir les carrefours. Mieux vaudrait pour elle que Nicomaco la noyât dans son puits : au moins la pauvre fille mourrait tout d'un coup.

piRRO. Ah! vilain manant parfumé de fumier ! Crois-tu donc avoir un museau à dormir aux côtés d'une fille si délicate ?

ECSTACHio. Elle aura vraiment un beau museau avec toi! Si sa triste destinée te la livre, ou d'ici à un an elle deviendra une fille de joie, ou elle sera morte de douleur. Dans le premier cas lu serais parfaitement d'accord avec elle; et tu as bien la mine d'être un cocu complaisant.

PIRRO. Laisse faire! que chacun aijjuise ses quolibets : nous verrons à la fie qui aura mieux dit. Je rentre à la qaaison, car il me faudrait te casser la tête.

Ei'STACHio. Et moi , je vais retourner à l'église.

piRRO. Tu fais prudemment de ne pas t'écarler des lieux de franchise.

C^NZONE.

Autant l'amour est gracieux dans un jeune coeur, autant il vous repousse dans l'tiomine qui a vu se faner les fleurs de l'âf^e. C"est de soii accord avec les années que naît tout le charme de l'amour. On le fête dans îe frais printemps de la vie; dans la vieillesse on le prise peu de chose ou rien du tout. Ainsi donc, vieillards amoureux , ce que vous avez de mieux à faiie, c"esi de laisser lesgalantescnlreprisesà l'ardente jeunesse, qui, disposée aux prouesses d'amour, peut faire plus d'honneur à ce dieu qu'elle appelle son niaiire.

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