‹ Œuvres complètesChapitre 61 sur 323 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

SOFRONIA, EUSTACHIO, NICOMACO, PIRRO.

SOFRONIA. Me voici : qu'y a-t-il de nouveau ?

'MCOMACO. Il faut pourtant prendre un biais dans cette affaire. Tu vois que ces deux prétendus ne peuvent s'accorder : il convient donc que ce soit nous qui nous accordions ensemble.

soFROiviA. Tu as une ra^q^e d'en finir vraiment extraordinaire! Ce qui ne se fera pas aujourd'hui se fera demain.

NICOMACO. Je le veux faire aujourd'hui.

- SOFRONIA. Que cela se fasse donc. Voici justement les deux rivaux. Mais quel expédient as-tu trouvé?

NICOMACO. J'ai pensé, pui.sque nous ne pouvons tomber d'accord, qu'il faut s'en remettre à la fortune.

SOFRONIA. Comment, à la fortune.^

NICOMACO. 11 n'y a qu'à mettre dans une bourse leurs noms, et dans une autre le nom de Ciizia et un billet blanc ton tirera le nom d'un de ces deux hommes, et celui auquel Ciizia écherra la prendra ; l'autre prendra patience. Qu'en penses-tu? Eh! tu ne réponds rien !

SOFRONIA. Va pour cela, je le veux bien.

EUSTACHIO , à Sofronia. Prenez garde à ce que vou.s faites!

SOFRONIA. J'y prends garde , et je sais trèsbien ce que je fais. Entre à la maison : écris les billets, et apporte deux bourses. Je veux sortir enfin de cet embarras... (A part.) pouren rencontrer peut-être un plus grand.

EDSTACHio. J'y vais.

NICOMACO. De cette manière nous finirons par nous entendre. Pirro, prie Dieu pour toi.

piRRO. Pour vous.

nicoMACo. Tu dis bien , pour moi : j'aurai en effet grand plaisir à ce que tu l'obtiennes.

EUSTACHIO. Voilà les bourses et le destin

mcoMACO. Donne ici. Ce billet, que dit-il? Ciizia; eX cet. mire ?U est blanc. Fort bien. Metsles dans la bour.se par ici. Que dit celui-ci? £;«.?. tac/do; cl ce\m-\À? Pirro. Plie-les et mets-les dans l'autre bourse. Ferme-les bien et tiens bien ΀8 yeux dessus, Pirro, afin que rien ne passe

dans la gibecière : il y a des gens qui saveni jouer des gobelets.

SOFRONIA. Gens qui se méfient ne valent rien.

NICOMACO. Ce sont des mots, ça : tu sais bien qu'on ne trompe que les gens confiants. Mais qui choisirons -nous pour tirer?

SOFRONIA. Fais tirer qui lu voudras.

NICOMACO, appelant. Viens ici, mon enfant!

SOFRONIA. 11 faudrait qu'il fût puceau.

NICOMACO. Puceau ou non, je n'y ai pas mis le nez. A l'enfant. Tire de cette bourse un billet quand j'aurai dit certaine oraison, (il se met en prière.) 0 sainte Apolline, et vous tous, saints et saintes qui protégez les mariages, accordez à Ciizia cette grâce, que le nom qui sortira de cette bourse soit celui que nous désirons si ardemment d'en voir sortir! (A l'enfant.) Tire maintenant en invoquant le nom de Dieu. Donne ici... Ah ! je suis mort ! Eiistachio!

SOFRONIA. Ou'as-tu donc? ô mon Dieu, fais ce miracle pour le désespérer !

NICOMACO, à l'enfant. Tire de cette autre bourse. Donne ici... Blanc! Oh! voilà qui me ressuscite! nous l'emportons! Pirro, fais-en ton profit; Eustacliio est mort! Sofronia, maintenant que Dieu a voulu que Ciizia fût à Pin^o, le veux-tu aussi, toi?

SOFRONIA. Je le veux.

NICOMACO. Allons , prépare les noces.

SOFRONIA. Es-tu si prcssé ? Ne pourrait-on pas différer jusqu'à demain?

NICOMACO. Non , non, non! n'entends-tu pas que je dis non? Pourquoi veux-tu imaginer quelque traquenard?

SOFRONIA. Voulons -nous faire les choses comme les brutes? ne doit-elle pas entendre la messe du mariage?

NICOMACO. La messe de la fête ? Elle la peut entendre un autre jour. Ne sais-tu pas bie:i qu'on donne l'absolution à qui se confesse après comme à qui se confesse avant?

SOFRONIA. Jecrains qu'elle n'ait Tordinairedes femmes.

NICOMACO. Elle aura l'extraordinaire des hommes. Je veux qu'il l'épouse ce soir. On dirait que tu n'entends pas !

SOFRONIA. Eh bien ! qu'il l'épouse et qu'il aille au diable ! Rentrons au logis , et va toimême faire cette ambassade auprès de la pauvre enfant; mais tu n'en auras pas les gants.

OUVRAGES DRAMATIQUES

KICOMACO , â part. J'en aurai mieux que cela. Rentrons.

EusTACiiio. Je ne veux pas rentrer avec eux : il faut que j'aille trouver Cleandro, afin qu'il voie s'il y a quelque moyen de parer ce coup.

CANZONE

Insensé celui qui à tort ou à raison a blessé une femme, et espère en obtenir merci par larmes ou prières! Lorsque la femme descend dans celte vie mortelle avec son âme également soumise aux passions, l'orgueil, l'adresse, l'oubli du pardon, la fourberie, la cruauté lui servent d'escorte, et lui donnent un si puissant secours que dès qu'elle a voulu son désir est saiisfait. Excitée par un dépit crud ou travaillée de jaliusic, un regard lui suffit, et toute force mortelle cède devant sa force.

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