SCÈNE I
CLEANDRO , EUSTACHIO.
ciEANDRO. Comment se peut-il que ma mère ait été si peu avisée que de s'en être ainsi remise au sort pour une chose capable de ternir tout l'honneur de notre maison ?
EtJSTACuio. C'est pourtant comme je. vous l'ai dit.
CLEAKDKO. Je suis bien malheureux, bien inforliiiié ! il faut que je rencontre justement quelqu'un qui me retienne assez lon{}tcmps pour que ce mariage se soit conclu sans que je le sache, que les noces aient été fixées, que tout enfin ait réussi au {jré de notre vieillard ! 0 fortune ! tu as coutume pourtant, femme que tu es, d'être amie aux jeunes {^cns ; et cette fois tu t'es faite l'amie des vieux ! N'as-tu pas honte d'avoir voulu qu'un visage si tendre fût sali par une bouche si dé^ifoiitante, que de si tendres appas fussent flétris par l'approche de mains si tremblantes , de uiembres si ridés et si sales! car ce n'est pas Pirro, mais Nicomaco (je le sais trop bien) qui la possédera. Tu ne pouvais me faire une plus cruelle injure : tu m'enlèves d'un même coup ma bien-aimée et ma fortune! car pour peu que celle belle passion se prolonge, Nicomaco est capable de laisser à Pirro, et non tl moi, la meilleure part de son bien. Je crois qu'il y a mille ans que je n'ai vu ma mère, tant j'ai
besoin de me plaindre avec elle de cette déplorable résolution, et de me soulager par mes plaintes !
EusTAcnio. Console-toi, Cleandro : il m'a paru qu'elle rentrait au logis en riant sous cape. Je crois pouvoir être certain que le vieux ne cueillera pas le fruit qu'il espère. Mais le voilà qui sort avec Pirro. Comme ils sont gaillards !
CLEANDRO. Rentre à la maison, Eustachio. Moi je veux me tenir un peu à l'écart , pour entendre ce qu'ils complotent et voir si je n'en pourrais pas tirer parti.
EUSTAcmo. J'y vais.