SCÈNE II
FRÈRE ALBERIGO, MARGHERITA.
FRÈRE ALBERIGO. Jc vicns de visitcr un malade. Mais dis-moi : comment se porte ta maîtresse?... Que dis-je? ma vie!
MARGHERITA. Hélas ! si VOUS saviez! elle est à moitié morte de désespoir.
FRÈRE ALBERIGO. Qu'a-t-cUe doilC ?
MARGHERITA. Ma foi ! mille tourments.
FRÈRE ALBERIGO. Oucls SOnt CCS tOUrmCHtS ?
Dis donc ! tu me fais mourir !
MARGHERITA. Son mari s'est amouraché de sa commère.
FRÈRE ALBERIGO. Commcnt, dc sa commère !
MARGHERITA. Vous De savcz pas ? de la femme d'Alfonso.
FRÈRE ALBERIGO. Ah ! ah ! OUÏ , ouî , Vraiment ! Voyez le sot animal ! il laisse de côté le pain de pur froment pour courir après du pain de seigle ! Mais elle n'a pas de cœur si elle ne sait s'en venger à mesure comble. Va, dis !ui de ma part que si elle pense que je puisse II iètre bon à quelque chose , elle n'a qu'à dispos ^r de moi.
MARGHERITA. Hélas ! cIlc sc rccommandc en effet à vous.
FRÈRE ALBERIGO. Plût au cicl ! Dis-tu bicu vrai?
nuRGHERiTA. Je vous assure; je n'ai jamais parlé plus sérieusement.
FRÈRE ALBERIGO. Et quc veut-ellc que je fasse ?
nL\RGHERiTA. Quc VOUS l'aidicz comme vous pourrez.
FRÈRE ALBERIGO. En qUOi ?
MARGHERITA. A la délivrer de cet ennui par un moyen quelconque , et à guérir son mari de l'amour qu'il a pour cette femme.
FRÈRE ALBERIGO. J'cutcnds; mais si je la satisfais, quelle réconipense dois-je en espérer.^'
MARGHERITA. Je suis chargée de vous offrir, dans le cas où vous réussiriez , tout ce que vous })ourriez lui demander vous-même , et qui dépendra d'elle.
FRÈRE ALBERIGO. Laissc-moi ce soin; retourne vers elle : rassure-la, et dis-lui qu'avant que celte journée soit écoulée je ferai jouer en sa faveur tels ressorts, qu'elle m'en remerciera à jamais.
MARGHERITA. Je lui dirai cela.
FRÈRE ALBERIGO. Adicu douc ; quc le Seigneur t'accompagne.
MARGHERITA. Père, donncz-moi la bénédiction.
FRÈRE ALBERIGO. Va, et quc le bon Dieu soit avec loi. (Seul.) Si j'ai bien entendu ce qu'elle m'a dit, je vais aujourd'hui avancer comme il faut mes affaires. Cet Alfonso, mari de la femme qui a éveillé la pa.ssion d.e son Amerigo, est un de mes meilleurs amis. Oh! diable ! le voicijustement qui vient par ici. Hélas! mon Dieu! je n'ai pas eu seulement une minute pour penser à toute celte affaire. Pourtant j'ai là dans ma tète je ne sais quelle idée que je vais m'étudier à mettre à exécution. Allons à sa rencontre et saluons-le. Dieu vous garde , mon cher Alfonso.