SCÈNE m
ALFOiNSO FRÈRE ALBERIGO.
ALFONSO. Eh! frère Alberigo, comment vous portez- vous?
FRÈRE ALBERIGO. Bien, poiir VOUS servir. ALFONSO. Où donc allez-vous ainsi tout seul ? FRÈB^ ALBERIGO. Je cherchais quelqu'un i
FRERE ALBERIGO. -
qui j'avais à demander un petit service, et je n'ai pu le rencontrer.
ALFOivso. Si c'est quelque ciiose que je puisse faire, employez-moi en ami.
FRÈRE ALBERiGO. Tu pourras peut-être bien faire mon affaire. Mais, dis-moi : ta femme estclle chez toi?
AiFOASO. Non, père : avant hier elle est allée chez sa mère, où elle restera plusieurs jours.
FRÈRE ALBERIGO. Et toi ?
ALFOXSO. Moi j'y suis avec elle.
FRÈRE ALBERIGO. Ainsi votrc maisou ?...
ALFOKSO. Elle est déserte maintenant.
FRÈRE ALBERIGO. Fort bien 1 cela ne pouvait se présenter plus à propos.
ALFONSO. Usez-en , et de moi aussi si je puis vous être bon à quelque chose.
FRÈRE ALBERIGO. Je vais te dire : une sœur à moi est arrivée de Fegf^hine avec sa belle-mère, pour passer ici quelques jours chez un de nos parents qui est tisserand, ainsi qu'elles ont coutume de faire à peu près tous les ans. Cependant ce parent, pour diminuer son loyer, a changé de demeure et s'est logé avec un autre locataire; de sorte qu'il n'a pas pu les recevoir comme par le passé, et elles ont eu recours à moi. Mais vous savez qu'il ne convient pas de loger des femmes dans un couvent, et cela est même défendu : je désirerais donc me servir de ta maison pour un jour ou deux tout au plus.
alfo:nso. Volontiers et de grand cœur. Une chose me contrarie pourtant : c'est qu'il n'y ait là personne; mais si vous voulez , j'enverrai une servante.
FRÈRE ALBERIGO. Rien, ricD ; c'est inutile.
ALFORSO. Comment ferez-vous? vous n'y trouverez pas une bouchée de pain.
FRÈRE ALBERIGO. Nous y en porterons.
ALFOKSO. Je mets à votre disposition l'huile, le sel, le vin, le bois et autrts provisions.
FRÈRE ALBERIGO. Grand merci : il me suffit du logement; j'enverrai du reste tout ce qui sera nécessaire.
ALFONSO. Je ne suis pas homme à paroles inutiles : voilà la clef.
FRÈRE ALBERIGO. Je l'acceptc, en te priant de disposer également de moi au besoin. Je te l'ai dit, ce n'est que pour un ou deux jours seulement.
ALFOKSO. Comme il vous plaira : gardez- la