SCÈNE IV
MARGHERITA, frère ALBERIGO.
MARGHERiTA, à part. Oh! oh! voici le frère !
FRÈRE ALBERIGO , se parlant à lui-même. Et de cette façon, j'espère une bonne et joyeuse issue.
MARGHERITA. Appelous-lc. Elî ! pèpc !
FRÈRE ALBERIGO. Qui m'appelle ? Oh! Margherita !
MARGHERITA. Boutcz dessus , et grand bien vous fasse !
FRÈRE ALBERIGO. Pardicu ! je puis dire que tu es une aimable personne et une femme discrète ! on peut se reposer sur ta prudence ! Je n'ai eu que trop de confiance en toi.
MARGHERITA. Oh! oh! et qu'ai-je donc fait? à quoi donc ai-je manqué?
FRÈRE ALBERIGO. Vraiment tu me l'as envoyé trop vite, et il ne m'a pas été facile de sortir. Cependant les choses n'ont pas mal été.
MARGHERITA. Par ma foi ! j'ai pourtant lanterné un moment avant d'aller le trouver à Sainte-Croix, et je me suis mise d'abord à dire mon chapelet. Je l'avais dit à moitié quand il m'a aperçue; et alors il m'a appelée. Je l'ai instruit de tout, et la clef m'a servi de témoignage: il l'a reconnue, et il s'est alors fié à moi comme si j'étais la bouche de la vérité.
FRÈRE ALBERIGO. Oh ! puisque tu parles de la clef, tu ne sais pas ce que j'ai fait ?
MARGHERITA. Et qu'avcz-vous fait?
FRÈRE ALBERIGO. La plus grande balourdise du monde. Comme tu sais, je vous ai laissé les defs de la maison de la commère ; et puis , voulant entrer avant vous, je ne me suis aperçu que
FRÈRE ALBERIGO. —ACTE lïl, SCÈNE V.
je ne le pouvais pas qu'au moment où je me suis trouvé à la porte, et quand je l'ai vue fermée.
MARGHERiTA. Et Comment vous y êtes-vous pris pour entrer?
FRÈRE AiBERiGO. La fortuDC 3 voulu que, parmi ce trousseau de clefs , je sois tombé sur une qui a ouvert.
MARGHERiTA. Ccrtcs VOUS avcz du bonheur. Maintenant le bonhomme doit être aux mains, et nous ne pouvons pas tarder à entendre le grabuge. Mais j'ai cent choses à vous demander : comment l'affaire a-t-elle été? que dites-vous de ma maîtresse ?
FRÈRE ALBERIGO. C'cst la meilleure femme , la femme la plus accorte de Florence.
MARGHERiTA. Voilà qul me réjouit ; vous en devez être bien content!
FRÈRE ALBERIGO. Je lui ai mis en tête un plan qui, si elle consent à le suivre, sera, j'imagine, fort bon pour elle.
MARGHERiTA. Et il Sera bon aussi pour vous, n'est-ce pas ?
FRÈRE ALBERIGO. Tu peux bien en être sûre, car je ne m'embarrasserais pas tant de son plaisir si je n'y trouvais mon profit.
MARGHERiTA. Je suis si joyeusc de tout ceci, père, que je ne pourrai jamais trouver des paroles pour le dire.
FRÈRE ALBERIGO. Jc t'en dois bien quelque chose.