‹ Œuvres complètes;Chapitre 11 sur 51 · Qui ne sont relevez que par la patience · texte numérisé non relu

Qui ne sont relevez que par la patience

Monstrent en leur douceur plus d'art que de science

POESIES 3l

Leurs vers ont par travail plus de subtilité Que de force requise à l'immortalité; Semblables aux muguets, plus soigneux du visage

i3o Que des effects d'honneur qui partent du courage ; Car comme ces beaux fils, remplis de vanité, Recherchent le parfum premier que la santé, Ces ignorans fardez de parolles des jointes Premier que leur sujet vont recercher les pointes;

i35 Si bien que les premiers sont trop près du berceau; Les derniers en naissant ont trouvé leur tombeau. Des-Portes, tout rempli de lumière et de gloire, Qui de l'éternité limite sa mémoire, Ny trop près de la fin ny du commencement,

i^o Seul quant et la fureur (i) a eu le jugement.

Car, pour estre tousjours à luy-mesme semblable, Il empesche qu'aucun ne luy soit comparable : Et sans monter trop haut ny trop bas devaller, Fait qu'estant tout égal, on ne peut l'égaller.

il\b L'Amour n'auroit sans luy ny flame ny cordage. Et comme cet Amour débrouille le nuage De la masse confuse où tout le monde estoit, Lorsque chaque élément sans ordre combattoit, De tant d'esprits confus cest esprit nous desgage,

lao Et la France luy doit la règle du langage.

On devient tout sçavant quand on sçait l'admirer, Et cest œuvre si net ne se" peut comparer Qu'à ce chemin de laict que marqua dans la nue Cette belle Junon, quand dormant toute nue,

i55 Et sur un lict d'oeillets ses nymphes attendant, Hercule à ses tetins elle trouva pendant, Et vist à son resveil une sente blanchie Des perles de son laict à jamais enrichie, Et des lys argentez, que la terre conceut

i6o De la blanche liqueur qu'après elle receut.

(i) fureur : Délire poétique.

Esprit, qui des plus grands la louange surpasses, Dormant dedans le sein des Muses et des Grâces, Tu nous feis un chemin net et délicieux, Qui peut en le suivant nous mettre dans les cieux.

i65 Ces parolles d'amour qu'Amour t'a révélées, Plus pures que les lis qui croissent es vallées, Sont lis pris sur un mont où personne n'atteint, Qui ne perdront jamais la couleur de leur teint; Car aux jardins du ciel ils ont eu leur naissance,

170 Et plantez en la terre à l'honneur de la France, D'une immortelle main, la mère des Amours Les va d'une eau de Meurthe arrouser tous les

[jours.

Escrire encore après ces parolles divines, C'est bien .auprès des lis approcher les espines.

170 Si ce que l'on peut de mieux, c'est de les imiter, Puisqu'il est impossible, il ne faut plus chanter. Rare exemple d'amour et des âmes fidelles, Qui mets dans nos esprits des créances nouvelles De ton sexe tenu plein d'infidélité,

180 Belle Anae qui fais honte à la pudicité D'une qui la perdant se rendit éternelle, Et fist quitter aux Rois leur terre paterneiUe, (i) Qui portes sur le front un printemps de beautez, Ouvrant devant nos yeux des fleurs de tous costez :

i85 Je ne laisseray pas, belle et chaste maistresse, Avant que de mourir d'acquitter ma promesse, Sans espoir du renom des autres attendu; Et tandis que je vay chercher ce qui t'est deu, Gomme un de qui l'Amour, comme moy tributaire,

190 Se rencontre en resvant sur une eau solitaire, Et parmy tous les lieux d'un désert écarté, Songeant toujours aux yeux, Rois de sa liberté,

(i) Allusion à Lucrèw. Nous allons rencontrer plus loin une variante proposée : Belle Ame au lieu de Belle Anne.

Voit dedans le crystal de cette onde de verre Les monts, les prez, les bois, comme il fait sur la

[terre :

190 Dans ce livre tout plein de nos affections. Contemple mon tourment et tes perfections.

A plusieurs reprises, on a contesté cette pièce à Des Yveteaux. L'auteur des Basions rompus sur le Vieil de la Montagne, violent pamphlet dirigé contre Des Yveteaux (i), l'accuse de s'être approprié une élégie que son père avait composée :

Je veux enrichir ton histoire D'un vieil registre du passé, Que le temps n'a point effacé D'une si fidelle mémoire.

Pour une vilaine action Tu receus malédiction • De ton Père sç?avant et sage.

Ne fust-ce pas un grand forfaict De luy dérober son ouvrage, Et te vanter de l'avoir faict?

Comme on voit, l'allusion était vague. Queîlle pièce visait l'auteur des Basions rompus? M. Pichon. dans ses Notices, a prétendu qu'il s'agissait précisément de cette Elégie sur les Œuvres de Desportes. M. Rathery ajoute : « Si l'on compare ({ cette épître (une épître de Vauquelin de la Fresnaye) avec (( V Epître sur les œuvres de Desportes, on se convaincra par (( l'analogie des idées, plus encore que par certaines circons- « tances matérielles que cette pièce est du père et non du « fils. »

Tout d'abord une simple analogie d'idées ne prouve rien ; de plus ce pamphlet des Basions rompus est semé du commencement à ïa fin d'injures et de calomnies qui ne méritent même pas qu'on y prête attention.

(i) Voir à l'Appendice.

Donc, ces deux assertions n'ont aucune valeur; d'autre part, des Yveteaux était un ami personnel de Desportes et il est tout naturel qu'il ait songé à composer cette Elégie pour placer en tête de l'édition des œuvres de son ami.

On a encore fait remarquer, pour essayer d'attribuer cette pièce à Vauquelin de ila Fresnaye qu'au vers i8o, l'auteur s'adresse à Anne ; or, la femme de Vauquelin de la Fresnaye s'appelait Anne de Bourgueville; s'il s'agit d'elle, il est difficile d'admettre que Des Yveteaux ait appelé sa mère <( belle et chaste maistresse », expression qui serait au contraire toute naturelle dans la bouche du père. Peut-être s'agit-il d'une autre Anne, amie ou maîtresse de Des Yveteaux ou de Desportes, dont nous ignorons l'existence. Mais une explication meilleure avait déjà été entrevue par Blanchemaiii : Certains éditeurs ont imprimé, avec juste raison, croyons-nous, belle Ame au lieu de belle Anne, ce qui semble être le véritable texte de Des Yveteaux, car, en supposant qu'il ait « volé » cette élégie à son père, il n'aurait pas été assez maladroit pour laisser ce nom, indice de son larcin.

M. Lemercier, dans sa thèse sur Vauquelin de la Fresnaye, propose cette transaction qui me semble inadmissible ; Des Yveteaux n'aurait pas dérobé la pièce à son père, il l'aurait plagiée : «... Ne pourrait-on dire qu'il s'est laissé aller à tailler largement dans les biens paternels.»^ S'il n'a pas copié mot pour mot l'élégie sur le manuscrit de Vauquelin, il a pu le remanier, l'enjoliver, l'arranger, y mettre du sien... »

Le fait que cette Elégie est signée Des Yveteaux dans l'édition de 1600 des œuvres de Desportes et dans les divers recueils collectifs, où elle a été successivement publiée, ne serait pas une preuve définitive qu'il en est bien l'auteur, car les Recueils collectifs se copiaient les uns les autres et il a suffi d'une signature erronnée au début pour que tous les autres l'aient reproduite sans vérification. Mais cette pièce de vers est signée Des Yveteaux dans les différentes éditions de» Délices, de la Poésie française (161 5, 1620), publiées chez Toussaint du Bray ; or, si l'on considère la série des recueils collectifs publiés chez cet éditeur, on est porté à croire qu'il demandait leurs poésies aux auteurs eux-mêmes et qu'il ne se contentait pas de piller les recueils de ses prédécesseurs (Voir la Bibl. des Rtc, Col., de M. Lachèvre, t. I, Introduction,

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p. xi). Et c'est là l'argunient décisif qui permet d'attribuer définitivement cette pièce de vers à Des Yveteaux.

Cf. : A (feuillets préliminaires non chiffrés) signé : Des Yveteaux. — L (pp.435-442). Elégie... Du S. des Yveteaux. — Li Elégie... Du S. des Yveteaux. — H. (pp. 676-682) signé : Des Yveteaux. — V. (pp. iS-ig). Cette pièce a été réimprimée en tête de diverses éditions des œuvres de Desportes, postérieure® à celle de 1600, signalée plus haut (A):

AUTRE VOEU DE CONSTANCE Stances

C'est fait, j'arreste icy le cours de mes services : Esprit chaste et divin reçoy mes sacrifices, Et plus que leur valeur considère ma foy : La grandeur de l'autel rend l'offrande petite, Mais pour en faire cas c'est assez de mérite Qu'ils viennent d'une main qui n'immole qu'à tby.

J'ay beau voir des cheveux, jamais je ne

[m'enlace.

Au feu des plus beaux yeux je demeure de glace, Pas un de leurs appas mon ame ne retient, Elle demeure vostre, et jamais ne varie, Tout ainsi que sans foudre aux chaleurs de Syrie Dessus le mont Liban la neige se maintient.

Ce qui m'outrage plus, c'est qu'il faut que je

[pense Qu'un jour je dois souffrir la rigueur d'une abs-

[cence i5 Et qu'à la lin tous deux il nous faut séparer. A i'heure je mourr^y; car je suis trop sensible Pour souffrir sans prévoir ceste perte indicible, i8 Et j'ayme mieux mourir que de m'y préparer.

Au désir d'un chascun mon désir est contraire, En la Guerre est mon bien, en la Paix ma misère, 21 Et du malheur commun vient ma félicité.

Quand nos Princes contents auroient (i) quitté les

[armes, Je verrai tous en ris, et serai tout en larmes, 2 4 Gomme on dit que le Nil se desborde en esté.

Rare exemple d'Amour et des Ames fidèles, Qui fais naistre en nos cœurs des créances nou-

[velles 27 De ton sexe tenu plein d'infidélité,

A l'honneur de ton sexe immole ta constance, Augmente loing de nous en nous ceste créance. 3o Et d'une opinion fais une vérité.

De moy, je jure bien, divine Magddaine, (2) Qu'on ntènera mon cœur quelque part qu'on te

[meine, 33 C'est pourquoi si quelqu'un te dit, pour me

[blasmer Que je ne t'aime plus, et qu'un autre œil m'es-

[claire, Respons-luy seulement. Gela se peut-il faire? 36 Quand on n'a plus son cœur, peut-on encore

[aimer?

(i) Aarant(T).

(3) heniilé trop inhumaine (T. — Ms. Monthéli-ard).

Cf. : Mi (p. iSg-i/jo) n. s. ~ M2 (ff. 74-75) n. s. — M3 (f. 89) n. s. — M4 (f. 89) n. 9. — T (pp. 29-30). Les vers 25-3o manquent. — P (f. 76) n. s. — Pi (f. io3). Par le Sieur des Yveteaux. Les iS premiers vers seulement. — P2 (f. 7^) n. s. — F (pp. 99-100) n. s. — L (pp. 446-447) Du S. des- Yveteaux. Vers i3-i8, 19-24, 3i-36. — Li Du S. Des- Yveteaux. Vers i3-i8, 19-24, 3i-36 — H (pp. 123-124) n. s. — Ms Moqfhéfiard (ff. 3o-3i). Du vers i3 à la fin. — V (p. 5o) vers i3-i8, 19-24, 3i-36. Cette pièce, publiée incomplètement, comme on vient de le voir, dans certains rci^ueils il. en particulier dans l'édition Blanchemain, a été reproduite intégralement dans : F. Laclièvre. Bibl des Rec. Coll. t. I, p. 3<)2.

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